{"id":498,"date":"2008-08-30T13:05:51","date_gmt":"2008-08-30T11:05:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/?p=498"},"modified":"2017-09-18T13:43:21","modified_gmt":"2017-09-18T11:43:21","slug":"lettre-au-prs-argentine-et-a-la-lsi-aout-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/2008\/08\/30\/lettre-au-prs-argentine-et-a-la-lsi-aout-2008\/","title":{"rendered":"Lettre au PRS \/ Argentine et \u00e0 la LSI (aout 2008)"},"content":{"rendered":"<p>R\u00e9ponse au camarade Antonio B\u00f3rmida<\/p>\n<h1>Ne pas croire que ce qui a fait temps pour nous a fait son temps pour la classe<\/h1>\n<p>Chers camarades de la LSI,<\/p>\n<p>Au nom du Groupe bolchevik, la cellule centrale remercie le camarade Antonio B\u00f3rmida d\u2019avoir examin\u00e9, dans sa lettre du 14 d\u00e9cembre 2007, la tactique \u00e9lectorale formul\u00e9e en janvier 2007 par un petit groupe qui intervient dans un pays lointain et qui utilise une autre langue.<\/p>\n<p>Elle appr\u00e9cie aussi la volont\u00e9 de s\u2019appuyer sur l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019Internationale communiste du temps de L\u00e9nine, l\u2019Opposition de gauche et la 4<sup>e<\/sup> Internationale du temps de Trotsky, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 du mouvement ouvrier rejette leur h\u00e9ritage, de mani\u00e8re ouverte (sociale-d\u00e9mocratie, rescap\u00e9s du stalinisme) ou honteuse (les \u00e9pigones du trotskysme).<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Pour le camarade Antonio, la tactique du GB est \u00ab\u00a0\u00e9clectique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0incoh\u00e9rente\u00a0\u00bb\u00a0; elle a des effets d\u00e9sastreux\u00a0:<\/p>\n<p><em>Cette position peut seulement contribuer \u00e0 la confusion des travailleurs.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 2)<\/p>\n<p>La cellule centrale n\u2019est pas offusqu\u00e9e de ce s\u00e9v\u00e8re jugement. La responsabilit\u00e9 des cadres du PRS et de la LSI est de critiquer notre politique \u00e9lectorale s\u2019ils estiment que c\u2019est la question essentielle de la lutte des classes en France ou que c\u2019est la principale erreur du Groupe bolchevik.<\/p>\n<p>La cellule centrale a fait traduire la critique du camarade Antonio (et a soumis la traduction au camarade pour qu\u2019il la v\u00e9rifie). Les cellules en ont discut\u00e9. Sur cette base la cellule centrale m\u2019a charg\u00e9 de r\u00e9pondre, ce que j\u2019ai fait avec la m\u00eame franchise. Evidemment, cette r\u00e9ponse n\u2019engage pas chaque membre du groupe et encore moins les autres camarades du Collectif.<\/p>\n<p>Je sais que des sections de l\u2019Internationale \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb contemporaine sont en Am\u00e9rique latine, des partis bourgeois et que le PRS (<em>La Causa Obrera<\/em>) n\u2019est pas confront\u00e9 \u00e0 des partis ouvriers bourgeois de masse puisque le nationalisme bourgeois a occup\u00e9 cette place en Argentine. Je comprends aussi que le camarade Antonio veuille gu\u00e9rir le GB du lambertisme qui a effectivement capitul\u00e9 tout un temps devant la sociale-d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>D\u00e9buter par une question \u00e9lectorale en France n\u2019est pas de bonne m\u00e9thode. Si des courants communistes sont d\u2019accord sur les grands \u00e9v\u00e9nements de la lutte des classes et sur la strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire, les questions des \u00e9lections se r\u00e9soudront ais\u00e9ment. Mais je vais essayer de r\u00e9pondre, sur le terrain que le camarade Antonio a choisi.<\/p>\n<p>\u00c0 mon avis, sa contribution souffre de trois d\u00e9fauts\u00a0: elle est unilat\u00e9rale et simplificatrice, elle tourne le dos \u00e0 la position de la 4<sup>e<\/sup> Internationale, elle ne d\u00e9bouche sur aucun conseil pratique alors que la discussion avec MI d\u2019Allemagne fournie en note manifeste la persistance de l\u2019illusion d\u2019un \u00ab\u00a0mouvement trotskyste\u00a0\u00bb. Quant au noyau de v\u00e9rit\u00e9 que contient l\u2019argumentation, pour qu\u2019il devienne utile, il faut cesser d\u2019isoler le PS du reste du mouvement ouvrier fran\u00e7ais, il faut cesser d\u2019isoler le PS du reste de la sociale-d\u00e9mocratie et analyser les partis \u00ab\u00a0socialistes\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0partis communistes\u00a0\u00bb comme un aspect particulier de la lutte entre les deux grandes classes.<\/p>\n<h2>\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, une question sans r\u00e9ponse\u00a0: que fallait-il faire lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de mai 2007 en France\u00a0?<\/h2>\n<p>La critique se fonde sur moins de deux phrases de l\u2019\u00e9ditorial de notre bulletin de janvier. Le seul autre texte utilis\u00e9 est une traduction grossi\u00e8re d\u2019une r\u00e9ponse de la CC du GN au camarade Walter Daum de la LRP (qui avait invent\u00e9 lui aussi une r\u00e8gle permettant de ne jamais voter pour un parti r\u00e9formiste), sans que le camarade Antonio ne donne son opinion sur cette discussion (alors que la LSI discute avec le Collectif et la LRP).<\/p>\n<p>Ainsi, la contribution du camarade Antonio ne prend en compte ni l\u2019attitude du groupe fran\u00e7ais face \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente consultation \u00e9lectorale (le r\u00e9f\u00e9rendum de 2005 pour lequel le Groupe bolchevik appelait \u00e0 l\u2019abstention), ni la r\u00e9solution de sa conf\u00e9rence de 2006 (qui examine justement la question des partis ouvriers bourgeois), ni l\u2019\u00e9ditorial suivant, de mars 2007. Pourtant, cela aurait \u00e9vit\u00e9 de pr\u00eater au Groupe bolchevik une analyse qui n\u2019est pas la sienne, \u00e0 savoir qu\u2019un parti ouvrier bourgeois est un parti qui a des voix de travailleurs.<\/p>\n<p>Je pense qu\u2019il est int\u00e9ressant, pour les camarades de la LSI, de conna\u00eetre les arguments du GB, comme le passage qui pr\u00e9c\u00e8de la citation\u00a0:<\/p>\n<p><em>Le PS d\u00e9fend \u00ab\u00a0la France\u00a0\u00bb depuis 1914 et le PCF depuis 1934. Ils ne mobilisent plus depuis les travailleurs, mais ils s\u2019adressent aux \u00ab\u00a0citoyens\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Pourtant, les travailleurs se tournent p\u00e9riodiquement vers eux, comme ils essaient de se servir des syndicats malgr\u00e9 la corruption de leurs appareils dirigeants. Ils le feront tant qu\u2019ils ne disposeront pas de formes d\u2019organisation sup\u00e9rieures, \u00e0 savoir des conseils ouvriers et un parti ouvrier r\u00e9volutionnaire.<\/em><\/p>\n<p><em>Donc, le prol\u00e9tariat et une partie de la jeunesse tenteront d\u2019utiliser les urnes pour r\u00e9aliser ce que les directions syndicales, le PS, le PCF, leurs adjoints de LO et de la LCR les ont emp\u00each\u00e9s de faire par la lutte de classe depuis le premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2002. Au printemps 2007, des millions de travailleuses et de travailleurs voteront \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle (puis aux \u00e9lections l\u00e9gislatives) pour balayer Sarkozy, Villepin, Chirac (et aussi contrer les autres candidats bourgeois Le Pen, de Villiers, Bayrou, Voynet\u2026). Il est probable que, par souci d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9lectorale, le vote des ouvriers et des employ\u00e9s profitera au PS, plus qu\u2019au PCF, \u00e0 la LCR et \u00e0 LO, sans qu\u2019il y ait pour autant beaucoup d\u2019illusions envers Royal et le PS.<\/em><\/p>\n<p>\u2026et le paragraphe qui suit\u00a0:<\/p>\n<p><em>Pour autant, dans le cadre de l\u2019\u00c9tat bourgeois et du mode de production capitaliste, aucune \u00e9lection ne r\u00e9soudra les probl\u00e8mes d\u00e9cisifs de la classe ouvri\u00e8re et de l\u2019humanit\u00e9\u00a0: racisme, ch\u00f4mage, pauvret\u00e9, guerres, crises \u00e9conomiques, environnement\u2026 Il faudra une tout autre politique que les unions de la gauche-fronts populaires et que la collaboration avec la bourgeoisie, \u00e0 savoir l\u2019expropriation du capital et la r\u00e9volution. Il faudra une d\u00e9mocratie bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la 5<sup>e<\/sup> R\u00e9publique gaulliste, c\u2019est-\u00e0-dire celle des conseils ouvriers. Il faudra agir \u00e0 une autre \u00e9chelle que les \u00e9troites fronti\u00e8res de la France, celle des \u00c9tats-Unis socialistes d\u2019Europe et de la f\u00e9d\u00e9ration socialiste mondiale.<\/em> (\u00ab\u00a0Pour se d\u00e9barrasser de Sarkozy et de Le Pen, il faut rompre avec la bourgeoisie et ouvrir la voie du gouvernement ouvrier et du socialisme\u00a0\u00bb, <em>R\u00e9volution Socialiste<\/em> n\u00b0 22, p.\u00a05)<\/p>\n<p>Le camarade Antonio ignorait peut-\u00eatre l\u2019existence de la r\u00e9solution de la pr\u00e9c\u00e9dente conf\u00e9rence du Groupe Bolchevik (<em>Construire un nouveau parti communiste et internationaliste pour r\u00e9soudre la crise du mouvement ouvrier par la d\u00e9limitation des r\u00e9volutionnaires et par la politique du front unique, <\/em>29 octobre 2006)\u00a0; en tout cas, il connaissait le num\u00e9ro suivant de notre bulletin qui pr\u00e9cisait la position du groupe \u00e0 la veille de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de mai 2007 et des \u00e9lections l\u00e9gislatives de juin 2007\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u2026S\u2019il y avait dans ce pays un parti ouvrier r\u00e9volutionnaire, il pr\u00e9senterait des candidats aux \u00e9lections l\u00e9gislatives et \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle pour d\u00e9fendre le programme communiste devant des millions de travailleuses et de travailleurs. Si une organisation d\u00e9fendait les revendications ouvri\u00e8res, le renversement de l\u2019Etat bourgeois et l\u2019expropriation des grands groupes capitalistes, le Groupe bolchevik lui apporterait son soutien.<\/em><\/p>\n<p><em>Aucun parti ouvrier ne m\u00e8ne de campagne sur ce terrain. Il en r\u00e9sulte une aggravation de la confusion politique qui p\u00e8se sur la classe ouvri\u00e8re. Dans ces conditions, le Groupe bolchevik ne peut soutenir aucune candidature. N\u00e9anmoins, il appelle les travailleuses et les travailleurs qui peuvent et qui d\u00e9sirent voter \u00e0 choisir, lors des premiers tours, une candidate ou un candidat d\u2019une organisation issue de la classe ouvri\u00e8re (PS, PCF, LCR, LO) contre tous les candidats bourgeois. Pour les m\u00eames raisons, le Groupe bolchevik appelle, si une candidate (ou un candidat) d\u2019une organisation ouvri\u00e8re reste au second tour, \u00e0 lui apporter son vote, sinon \u00e0 s\u2019abstenir.<\/em><\/p>\n<p><em>Cette attitude d\u00e9coule de toute la tradition marxiste, qui comprend que la classe ouvri\u00e8re doit s\u2019opposer \u00e0 l\u2019ennemi de classe en toute circonstance. Mais l\u2019histoire contemporaine a aussi montr\u00e9 que rien d\u2019essentiel ne change par les urnes. Quand le r\u00e9sultat lui agr\u00e9e, la bourgeoisie invoque la d\u00e9mocratie pour l\u00e9gitimer l\u2019exploitation et l\u2019oppression\u00a0; quand le r\u00e9sultat lui d\u00e9pla\u00eet, elle d\u00e9fend malgr\u00e9 tout ses privil\u00e8ges par tous les moyens, du chantage au coup d\u2019Etat. Par cons\u00e9quent, si la lutte pour le front uni de classe inclut un aspect \u00e9lectoral, elle se d\u00e9roule au premier chef dans les lieux de formation et de travail, dans la rue et dans les quartiers populaires\u2026<\/em><\/p>\n<p><em>Le prol\u00e9tariat a la capacit\u00e9 de bloquer toutes les attaques dont il est la cible, car il produit la quasi-totalit\u00e9 des richesses sociales et il est de plus\u00a0 la classe sociale la plus nombreuse aujourd\u2019hui. S\u2019il est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 affronter la minorit\u00e9 capitaliste, il ralliera une grande partie des autres travailleurs et la majorit\u00e9 de la jeunesse et il sera en mesure de vaincre les corps de mercenaires de la bourgeoisie, d\u2019instaurer une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie sur le mod\u00e8le de la Commune de Paris ou des soviets de 1917. Le gouvernement des travailleurs qui en sera issu ouvrira la perspective des \u00c9tats-Unis socialistes d\u2019Europe et de la f\u00e9d\u00e9ration socialiste mondiale.<\/em><\/p>\n<p><em>Pour cela, il faut aux travailleurs les plus r\u00e9solus se regrouper sous le drapeau rouge, renouer avec le marxisme, mettre sur pied, au sein des luttes elles-m\u00eames et par la d\u00e9limitation la plus stricte envers la collaboration de classes et le chauvinisme, un nouveau parti ouvrier, vraiment socialiste, vraiment communiste, donc r\u00e9volutionnaire et internationaliste.<\/em> (\u00ab\u00a0Pour enrayer l\u2019offensive de la bourgeoisie, il faudra autre chose que des bulletins de vote\u00a0\u00bb, <em>R\u00e9volution Socialiste<\/em> n\u00b0 23, avril 2008, p.\u00a07-8)<\/p>\n<p>M\u00eame la citation choisie par le camarade Antonio prouve que la consigne du GB n\u2019\u00e9tait pas le vote pour le PS\u00a0:<\/p>\n<p><em>Les bolcheviks ne s\u2019opposent pas \u00e0 l\u2019expression, aussi d\u00e9form\u00e9e et limit\u00e9e soit-elle, de la lutte entre les classes au cours des \u00e9lections. Au premier comme au second, \u00e0 la pr\u00e9sidentielle comme aux l\u00e9gislatives, les voix des travailleuses et des travailleurs ne peuvent aller qu\u2019aux partis et organisations ouvri\u00e8res (PS, PCF, LO, LCR), jamais aux candidats de formations bourgeoises.<\/em> (\u00ab\u00a0Pour se d\u00e9barrasser de Sarkozy et de Le Pen, il faut rompre avec la bourgeoisie et ouvrir la voie du gouvernement ouvrier et du socialisme\u00a0\u00bb, <em>R\u00e9volution Socialiste<\/em> n\u00b0 22, p.\u00a05)<\/p>\n<p>Clairement, il s\u2019agissait d\u2019un vote pour quatre formations\u00a0: le Parti socialiste, le Parti communiste fran\u00e7ais, Lutte ouvri\u00e8re ou la Ligue communiste r\u00e9volutionnaire au premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 22 avril 2007\u00a0; puis pour le\/la candidate qui, parmi eux, figurerait au second tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 8 mai. Il s\u2019agissait aussi d\u2019un vote PS, PCF, LO ou LCR lors du premier tour des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 10 juin 2007 et, quand il y a un second tour dans la circonscription, pour celui\/celle d\u2019entre eux \u00e9ventuellement pr\u00e9sent\/e aux \u00e9lections l\u00e9gislatives le 17 juin.<\/p>\n<p>Pourquoi le camarade Antonio ne reproche pas au Groupe bolchevik le vote pour le PCF\u00a0? En fonction de sa d\u00e9finition, le PCF est d\u00e9sormais un simple parti bourgeois\u00a0:<\/p>\n<p><em>Parmi les communistes qui exercent une activit\u00e9 professionnelle, le poids des ouvriers s\u2019amenuise\u00a0: ils repr\u00e9sentaient 45\u00a0,5\u00a0% des adh\u00e9rents en 1979, ils ne sont plus que 31,3\u00a0% en 1997.<\/em> (Fabienne Greffet, \u00ab\u00a0Le PCF\u00a0\u00bb, Pierre Br\u00e9chon, <em>Les Partis politiques fran\u00e7ais,<\/em> La Documentation fran\u00e7aise, 2005, p.\u00a0136)<\/p>\n<p>Le camarade Antonio ne traite pas de la v\u00e9ritable consigne du GB. Il la transforme en vote PS, sans jamais se prononcer sur les autres candidatures, de sorte que les militants du Groupe bolchevik ignorent s\u2019il fallait, au premier tour, s\u2019abstenir, voter PCF, voter PCF-LO-LCR ou voter LO-LCR\u2026<\/p>\n<h2>Au d\u00e9part, un d\u00e9finition aussi simple que fausse<\/h2>\n<p>L\u2019analyse du camarade Antonio part de choses qui existeraient en elles-m\u00eames, sans relation entre elles, du type\u00a0: A est A. Il croit disposer ainsi de classifications simples et d\u00e9finitives (\u00ab\u00a0parti ouvrier bourgeois\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0parti de toute la classe ouvri\u00e8re organis\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0front unique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0gouvernement ouvrier\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9lections\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0propagande\u00a0\u00bb\u2026).<\/p>\n<p><em>Nous insistons sur ce qui nous para\u00eet central\u00a0: nous ne consid\u00e9rons pas que le PS soit un parti ouvrier.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 6)<\/p>\n<p>Ensuite, le texte applique ces d\u00e9finitions pour d\u00e9terminer des tactiques tout aussi atemporelles. Ainsi, si le ph\u00e9nom\u00e8ne a appartient au type A et si le ph\u00e9nom\u00e8ne b appartient au type B, alors a rel\u00e8ve pas de B (voir la le\u00e7on de tactique I, ci-dessous)\u00a0;\u00a0 si A r\u00e9unit les caract\u00e9ristiques Z et Y, et si b ne rel\u00e8ve ni de Z ni de Y, b n\u2019appartient pas \u00e0 A (voir la le\u00e7on de tactique III, ci-dessous)\u00a0; etc.<\/p>\n<p>Voici quatre exemples\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Les d\u00e9finitions correctes permettent de comprendre ce qu\u2019est une \u00e9lection.<\/li>\n<li>Le front unique est pour l\u2019action.<\/li>\n<li>Les \u00e9lections sont pour la propagande.<\/li>\n<li>Conclusion\u00a0: le front unique ne s\u2019applique pas aux \u00e9lections.<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>Nous, nous croyons qu\u2019elle n\u2019est en aucune fa\u00e7on une tactique pour les \u00e9lections ou alors seulement dans certaines circonstances tr\u00e8s particuli\u00e8res. La politique du front unique, est une politique pour l\u2019action, et non pas pour la propagande ni \u2013 par cons\u00e9quent \u2013 pour les \u00e9lections.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 3)<\/p>\n<ol>\n<li>Par la n\u00e9gative, on peut prouver que toute autre d\u00e9finition du parti ouvrier bourgeois est fausse.<\/li>\n<li>Comme le p\u00e9ronisme a un \u00e9lectorat ouvrier,<\/li>\n<li>Si le PS \u00e9tait un parti ouvrier \u00e0 cause de son soutien \u00e9lectoral,<\/li>\n<li>Alors, il faudrait voter en Argentine pour le PJ.<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>Vous caract\u00e9risez le PS comme un parti \u00ab\u00a0ouvrier-bourgeois\u00a0\u00bb et vous dites qu\u2019un grand pourcentage d\u2019ouvriers votera pour lui. Cependant cela ne suffit pas a caract\u00e9riser un parti, sinon nous devrions consid\u00e9rer que le p\u00e9ronisme en Argentine, ou le parti de Chavez sont des partis ouvriers.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 2)<\/p>\n<ul>\n<li>La m\u00e9thode d\u00e9bouche sur une recette infaillible pour les \u00e9lections.<\/li>\n<\/ul>\n<ol>\n<li>Il faut r\u00e9unir deux conditions pour soutenir un parti bourgeois (sic) lors d\u2019\u00e9lections\u00a0: une situation r\u00e9volutionnaire ou au moins pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, le parti bourgeois en question doit avoir une composition ouvri\u00e8re.<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>Les conditions pour la tactique du \u00ab\u00a0soutien critique\u00a0\u00bb sont donc la composition ouvri\u00e8re du parti bourgeois-lib\u00e9ral-r\u00e9formiste, une situation au minimum pr\u00e9r\u00e9volutionnaire et des rapports de forces entre la bourgeoisie et le parti ouvrier tels qu\u2019ils mettent la question du gouvernement ouvrier \u00e0 l\u2019ordre du jour.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 5)<\/p>\n<ol>\n<li>Le PS n\u2019a pas de composition ouvri\u00e8re.<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>Le Parti socialiste n\u2019est pas un parti ouvrier\u2026 par sa composition sociale.<\/em> (p. 2)<\/p>\n<ol>\n<li>Conclusion\u00a0: il ne faut pas voter pour le PS.<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>Dans ce sens, nous estimons que vous commettez une erreur en caract\u00e9risant le PS comme un parti ouvrier, en le pr\u00e9sentant comme tel aux travailleurs fran\u00e7ais et en pr\u00e9tendant que le vote pour le PS est un vote de classe contre la bourgeoisie.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 2)<\/p>\n<ol>\n<li>Proc\u00e9der autrement n\u2019est pas conforme \u00e0 la logique.<\/li>\n<li>Appuyer un parti ouvrier bourgeois lors d\u2019\u00e9lections a pour but que les ouvriers fassent l\u2019exp\u00e9rience de ce parti au pouvoir.<\/li>\n<li>Seul le PS peut acc\u00e9der au pouvoir (cette pr\u00e9misse est implicite dans le texte).<\/li>\n<li>Conclusion\u00a0: si le PS \u00e9tait un parti ouvrier bourgeois, il faudrait appeler \u00e0 voter seulement pour le PS.<\/li>\n<\/ol>\n<p><em>Votre tactique, est par ailleurs incoh\u00e9rente, parce que, si vous caract\u00e9risez le PS comme un parti ouvrier-bourgeois (et que vous utilisez la tactique de L\u00e9nine avec le Parti travailliste anglais par analogie), vous auriez d\u00fb appeler \u00e0 voter exclusivement pour Royal et non pour tous les partis \u00ab\u00a0ouvriers\u00a0\u00bb sans distinction, afin que les ouvriers fassent l\u2019exp\u00e9rience de leurs dirigeants PS au pouvoir.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 5)<\/p>\n<p>M\u00eame en restant dans le cadre de la logique formelle, la contribution resterait critiquable, par exemple, sur la \u00ab\u00a0situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0propagande\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0tactique d\u2019application permanente\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le camarade Antonio ne voit pas l\u2019incoh\u00e9rence des ses deux conditions de la le\u00e7on de tactique III ci-dessus avec la suggestion de Trotsky au SWP de soutenir la candidature du PCUS contre les partis bourgeois, lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1940 aux \u00c9tats-Unis (p.\u00a05). Il est douteux que le PCUS comport\u00e2t une majorit\u00e9 d\u2019ouvriers\u00a0; il est s\u00fbr que la conjoncture n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Dans la le\u00e7on de tactique II ci-dessus, le camarade pose que les \u00e9lections sont de la \u00ab\u00a0propagande\u00a0\u00bb (pr\u00e9misse 2) en oubliant que les \u00e9lections sont peut-\u00eatre de la \u00ab\u00a0propagande\u00a0\u00bb pour l\u2019organisation communiste, mais pas pour la majorit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re et des masses semi-prol\u00e9tariennes. En effet, le probl\u00e8me est que la plupart des travailleurs croient, \u00e0 cette \u00e9tape, que les \u00e9lections permettent de les repr\u00e9senter et d\u2019influencer l\u2019\u00c9tat. Pour eux, le vote est une forme d\u2019action (pr\u00e9misse 1), et non de propagande (pr\u00e9misse 2). C\u2019est cela qui oblige l\u2019organisation communiste \u00e0 y participer le plus souvent, c\u2019est la tactique habituelle dans de telles occasions, m\u00eame si le camarade dit qu\u2019une tactique ne peut \u00eatre d\u2019application permanente (p.5).<\/p>\n<p>D\u2019une certaine mani\u00e8re, sa remarque ne s\u2019applique pas \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle et aux \u00e9lections l\u00e9gislatives qui ont, normalement, lieu en France tous les cinq ans, car une consigne qui appara\u00eet tous les 5 ans ne peut pas \u00eatre qualifi\u00e9e de permanente. Pour autant, il n\u2019y a pas une tactique unique face aux \u00e9lections\u00a0; \u00e0 mon avis, l\u2019organisation communiste n\u2019appelle pas \u00e0 voter pour un autre parti lors des situations suivantes\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019organisation communiste doit boycotter le scrutin dans certaines situations (r\u00e9volutionnaires)\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019organisation communiste n\u2019appelle pas \u00e0 voter pour les candidats r\u00e9formistes concurrents quand elle pr\u00e9sente elle-m\u00eame un\/e candidat\/e\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019organisation communiste qui ne pr\u00e9sente pas de candidat\/e appelle \u00e0 l\u2019abstention s\u2019il n\u2019y a pas de candidatures d\u2019organisations ouvri\u00e8res\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019organisation communiste ne doit pas appeler \u00e0 voter pour des candidatures r\u00e9formistes quand celles-ci sont manifestement marginales dans la classe ouvri\u00e8re\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019organisation communiste doit choisir l\u2019abstention quand il s\u2019agit de listes qui comportent des candidats bourgeois (cas de la plupart des listes soutenues par le PS et le PCF aux \u00e9lections municipales en France)\u00a0;<\/li>\n<li>quand l\u2019organisation communiste pratique l\u2019entrisme, elle est contrainte d\u2019appeler \u00e0 voter pour les candidats du parti dans lequel elle intervient\u2026<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par contre, selon la le\u00e7on de tactique III ci-dessus, la tactique \u00e9lectorale du camarade est, de fait, un boycott quasi-total car les cas de partis \u00e0 composition majoritairement ouvri\u00e8re pr\u00e9sentant des candidats dans des situations pr\u00e9r\u00e9volutionnaires ou r\u00e9volutionnaires sont exceptionnels. L\u2019abstention semble devenir une \u00ab\u00a0tactique d\u2019application permanente\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle concerne 95\u00a0% des \u00e9lections et 95\u00a0% des partis.<\/p>\n<h2>En chemin, quelques impasses politiques<\/h2>\n<p>Le camarade Antonio se base sur sa d\u00e9finition du parti ouvrier bourgeois\u00a0:<\/p>\n<p><em>Un parti avec un programme r\u00e9formiste (c\u2019est \u00e0 dire bourgeois), mais avec une base majoritairement ouvri\u00e8re, est un parti \u00ab\u00a0ouvrier-bourgeois\u00a0\u00bb.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 2)<\/p>\n<p>Donc, un parti avec un programme r\u00e9formiste est un parti bourgeois (tout court)\u00a0:<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"232\"><em>Parti<\/em><\/td>\n<td width=\"232\"><em>Programme r\u00e9formiste<\/em><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"232\">Composition ouvri\u00e8re<\/td>\n<td width=\"232\">Parti ouvrier bourgeois<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"232\">Composition non ouvri\u00e8re<\/td>\n<td width=\"232\">Parti bourgeois<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Selon la m\u00eame m\u00e9thode, faut-il supposer qu\u2019un parti r\u00e9formiste est un parti qui fait des r\u00e9formes et qu\u2019un \u00c9tat ouvrier est un \u00c9tat forc\u00e9ment dirig\u00e9 par les ouvriers\u00a0? Vouloir r\u00e9duire une contradiction \u00e0 un seul aspect de la r\u00e9alit\u00e9 a conduit la LRP, et bien d\u2019autres avant elle, \u00e0 analyser l\u2019URSS des ann\u00e9es 1930 comme une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Pour en rester \u00e0 la d\u00e9finition du \u00ab\u00a0parti ouvrier bourgeois\u00a0\u00bb selon le camarade Antonio, elle soul\u00e8ve bien des difficult\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Le r\u00e9formisme a-t-il un sens en dehors du mouvement ouvrier\u00a0? Est-ce qu\u2019il existe des partis bourgeois avec un programme \u00ab\u00a0r\u00e9formiste\u00a0\u00bb\u00a0?<\/li>\n<li>Qu\u2019est-ce qu\u2019il appelle une base \u00abouvri\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0? Quelle est sa d\u00e9finition de la classe ouvri\u00e8re\u00a0?<\/li>\n<li>Qu\u2019est-ce que la \u00ab\u00a0majorit\u00e9\u00a0\u00bb ouvri\u00e8re\u00a0? Une majorit\u00e9 relative (plus d\u2019ouvriers que d\u2019autres classes\u00a0?) ou une majorit\u00e9 absolue (plus de 50\u00a0% d\u2019ouvriers)\u00a0?<\/li>\n<li>Comment sait-il que \u00ab\u00a0la base\u00a0\u00bb est \u00ab\u00a0majoritairement ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0? Comment conna\u00eet-il la composition sociale des partis\u00a0?<\/li>\n<li>Ne faut-il pas tenir aussi compte de l\u2019implantation du parti dans la classe\u00a0? Est-ce qu\u2019un parti de 2\u00a0100\u00a0000 membres, dont un million d\u2019ouvriers repr\u00e9sentant 25\u00a0% de la classe ouvri\u00e8re est moins ouvrier qu\u2019un parti de 2\u00a0000 membres qui comporte 1\u00a0100 ouvriers repr\u00e9sentant 0,3\u00a0% de la classe ouvri\u00e8re\u00a0? En Argentine, le mouvement p\u00e9roniste n\u2019avait-il pas beaucoup plus d\u2019ouvriers en 1945 ou 1950 que le GCI et le POR\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>La m\u00e9thode de la contribution est superficielle et m\u00e9canique et donc se r\u00e9v\u00e8le inapte \u00e0 rendre compte des \u00e9volutions, des changements.<\/p>\n<p><em>La repr\u00e9sentation ordinaire saisit la diff\u00e9rence et la contradiction, mais pas le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, or c\u2019est cela le plus important.<\/em> (Vladimir L\u00e9nine, \u00ab\u00a0R\u00e9sum\u00e9 de la <em>Science<\/em><em> de la logique <\/em>de Hegel\u00a0\u00bb, 1914-15, \u0152uvres compl\u00e8tes, Progr\u00e8s, t.\u00a038, p.\u00a0135)<\/p>\n<p>De l\u00e0 viennent de multiples confusions\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>la n\u00e9gligence des rapports entre les classes (la bourgeoisie ne semble pas agir)\u00a0;<\/li>\n<li>la transformation du contexte d\u2019une tactique employ\u00e9e par L\u00e9nine ou par Trotsky (un pays donn\u00e9e dans une conjoncture donn\u00e9e) comme une condition indispensable au recours \u00e0 cette tactique\u00a0;<\/li>\n<li>un contresens fondamental (si Trotsky ou L\u00e9nine dit qu\u2019un parti est petit-bourgeois, le camarade Antonio en d\u00e9duit qu\u2019il n\u2019est pas un ouvrier bourgeois)\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019abandon de fait de la cat\u00e9gorie de parti ouvrier bourgeois et, par cons\u00e9quent, du front unique ouvrier\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019oscillation entre le gauchisme et l\u2019opportunisme.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le camarade Antonio aboutit, sans s\u2019en rendre compte ou sans en convenir, \u00e0 ce r\u00e9sultat\u00a0: les partis r\u00e9formistes ont disparu, la cat\u00e9gorie de \u00ab\u00a0parti ouvrier bourgeois\u00a0\u00bb est caduque, elle ne sert plus \u00e0 rien. En effet, le camarade Antonio ne donne aucun exemple de parti r\u00e9formiste contemporain. Tous ses exemples de partis ouvriers bourgeois remontent \u00e0 presque un si\u00e8cle\u00a0; dor\u00e9navant, tous les partis semblent \u00eatre bourgeois\u00a0:<\/p>\n<p><em>Si vous vous d\u00e9terminez seulement en fonction du nombre de voix que r\u00e9colte ce parti et non sur son caract\u00e8re de classe vous risquez de vous trouvez sur la m\u00eame position que les divers courants trotskystes (y compris le PTS) qui ont appel\u00e9 \u00e0 voter pour Chavez au r\u00e9f\u00e9rendum rejet\u00e9, ou que le PO qui appelle \u00e0 voter pour Evo Morales contre le candidat de l\u2019oligarchie et de l\u2019imp\u00e9rialisme. Peut-\u00eatre faudrait-il l\u2019\u00e9tendre au vote pour Cristina Kirchner, pour Lula, pour Tabar\u00e9 et jusqu\u2019\u00e0 Bachelet ? Fallait-il appeler \u00e0 voter pour le Parti travailliste de Blair-Gordon Brown et pour le PSOE de Zapatero\u00a0?<\/em>\u00a0(\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 6)<\/p>\n<p>La caract\u00e9risation de \u00ab\u00a0courants trotskystes\u00a0\u00bb est plut\u00f4t confuse pour d\u00e9signer des partisans du \u00ab\u00a0front unique anti-imp\u00e9rialiste\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0partis larges\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0l\u2019assembl\u00e9e constituante\u00a0\u00bb dans les d\u00e9mocraties bourgeoises. Surtout, cette liste est \u00e9clectique car elle met sur le m\u00eame plan d\u2019une part le PJ fond\u00e9 par le d\u00e9magogue Per\u00f3n, un colonel issu de l\u2019appareil r\u00e9pressif de l\u2019\u00c9tat bourgeois, et d\u2019autre part des partis construits par la classe ouvri\u00e8re (PS de France, Parti travailliste en Grande-Bretagne, PT du Br\u00e9sil, PS du Chili, PSOE d\u2019Espagne\u2026), envers qui les communistes ont pr\u00e9conis\u00e9 la participation puis le front unique. Entre autres, le camarade supprime du mouvement ouvrier le Partido Socialista et le Partido Comunista de la Argentina.<\/p>\n<p><em>Nous connaissons le PS d\u2019Argentine, qui vient de gagner les \u00e9lections dans la province de Santa F\u00e9 (la seconde, en terme de PIB et de nombre d\u2019habitants, apr\u00e8s la province de Buenos Aires), celui-ci, bien qu\u2019il ait remport\u00e9 une grande quantit\u00e9 de votes de travailleurs, correspond tout \u00e0 fait \u00e0 la caract\u00e9risation de Trotsky cit\u00e9e plus haut.<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 2)<\/p>\n<p><em>Aujourd\u2019hui nous croyons que le PC, au moins en Argentine, n\u2019est pas un parti ouvrier, ni par son programme, ni par sa composition sociale, laquelle co\u00efncide dans une large mesure avec celle du PS<\/em>. (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 6)<\/p>\n<p>Il m\u2019est difficile de me prononcer sur la vie politique argentine. Une chose est s\u00fbre, le Parti Socialista et le Partido Comunista de la Argentina sont apparus dans un cadre mondial. Je ne sais pas si le PS a jamais eu de programme v\u00e9ritablement ouvrier. Ce n\u2019\u00e9tait pas le cas des partis travaillistes d\u2019Australie, de Grande-Bretagne\u2026. Le PS de France, unifi\u00e9 par la 2<sup>e<\/sup> Internationale en 1905 et dirig\u00e9 par Jaur\u00e8s, n\u2019a jamais eu de doctrine cons\u00e9quente et m\u00eame le SPD, officiellement marxiste mais tr\u00e8s impr\u00e9gn\u00e9 de lassalisme, \u00ab\u00a0oubliait\u00a0\u00bb la dictature du prol\u00e9tariat. Le PCA n\u2019a plus de programme ouvrier depuis longtemps \u00e0 cause d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne international, la stalinisation de la 3<sup>e<\/sup> Internationale. \u00c0 ma connaissance, la sociale-d\u00e9mocratie et le stalinisme ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u2019autant plus pernicieux en Argentine qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas des partis de la bourgeoisie, mais des partis repr\u00e9sentant historiquement la classe ouvri\u00e8re. L\u2019alliance avec le radicalisme bourgeois (UCR) des r\u00e9formistes (PS et PCA) a laiss\u00e9 le champ libre au nationalisme bourgeois (PJ). Plus tard, le PCA et une fraction du PS ont soutenu la dictature des militaires.<\/p>\n<p>Je doute que l\u2019influence du PRS soit vraiment sup\u00e9rieure \u00e0 celle du PS et du PCA, car la faillite du \u00ab\u00a0mouvement trotskyste\u00a0\u00bb, depuis 50 ans, a probablement contribu\u00e9 \u00e0 leur survie (ainsi qu\u2019\u00e0 celle du PCR stalino-mao\u00efste). Admettons que les partis traditionnels tra\u00eetres aient disparu de la classe ouvri\u00e8re argentine, reste que la contribution du camarade ne dit pas quand cela est arriv\u00e9. Or, la date a son importance\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>En1971, quelle est la composition sociale de la branche du PS dirig\u00e9e par Juan Coral\u00a0? Quand le PRT (<em>La Verdad<\/em>) rejoint le PSA (avant de prendre le nom de PST en 1972), est-ce une fusion de trotskystes avec un parti bourgeois\u00a0?<\/li>\n<li>En 1985, quand le MAS fait un bloc politique et \u00e9lectoral avec le PCA (\u00ab\u00a0Frente del Pueblo\u00a0\u00bb, Front du Peuple), est-ce une alliance avec un parti bourgeois\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il me semble que c\u2019est le contraire de la politique communiste\u00a0: marcher s\u00e9par\u00e9ment (y compris en pr\u00e9sentant ses candidats), frapper ensemble (y compris avec les staliniens)\u00a0:<\/p>\n<p><em>Tant que le PCF existe et d\u00e9ploie une certaine activit\u00e9, nous devon toujours en tenir compte et nous orienter dans la pratique \u00e9galement \u00e0 partir de cette activit\u00e9. Cela implique avant tout l\u2019application du front unique\u2026<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0Remarques sur les th\u00e8ses de la LC\u00a0\u00bb, 8 ao\u00fbt 1933, <em>\u0152uvres<\/em> t. 2, EDI, p.\u00a071)<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, il n\u2019y aurait, selon le camarade Antonio, en Argentine, que des partis bourgeois d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les \u00ab\u00a0courants trotskystes\u00a0\u00bb de l\u2019autre\u2026 auquel le PRS (<em>La Causa Obrera<\/em>) a autrefois propos\u00e9 de constituer un bloc pour les \u00e9lections\u00a0:<\/p>\n<p><em>Dans la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant les \u00e9lections de 2005, en revanche, nous avons propos\u00e9 un front \u00e9lectoral \u00e0 ces organisations (PTS \u2013 MAS &#8211; PO)\u2026<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 8)<\/p>\n<p>Quand il discute avec Marxistischen Initiative d\u2019Allemagne, le PRS semble oublier la le\u00e7on qu\u2019il donne au Groupe bolchevik\u00a0:<\/p>\n<p><em>Trotsky\u00a0: Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans le domaine de la propagande qu\u2019un tel bloc est inadmissible. La propagande doit s\u2019appuyer sur des principes clairs, sur un programme pr\u00e9cis. Marcher s\u00e9par\u00e9ment, frapper ensemble. Le bloc n\u2019est cr\u00e9\u00e9 que pour des actions pratiques de masses. Les transactions au sommet sans base de principe ne m\u00e8nent \u00e0 rien, sauf \u00e0 la confusion. L\u2019id\u00e9e de pr\u00e9senter aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles un candidat du front unique ouvrier est une id\u00e9e fondamentalement erron\u00e9e. Pourquoi un bloc PTS-MAS-PO est-il meilleur que leur s\u00e9paration\u00a0?<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 3)<\/p>\n<p>Si le PTS, le MAS et PO sont \u00ab\u00a0trotskystes\u00a0\u00bb, il est l\u00e9gitime qu\u2019ils se rassemblent, mais pas seulement pour les \u00e9lections, et le PRS devrait aussi participer \u00e0 cette fusion.<\/p>\n<p>Si le PTS, le MAS et PO sont des centristes qui ont abandonn\u00e9 le programme du communisme, pourquoi semer l\u2019illusion chez les travailleuses et les travailleurs que l\u2019unit\u00e9 \u00e9lectorale de centristes dans une \u00e9lection serait positive\u00a0?<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0front unique des r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb, h\u00e9rit\u00e9 du SU et de la LIT, s\u00e8me une grave confusion politique chez les travailleurs car il estompe la d\u00e9limitation de l\u2019organisation communiste envers le r\u00e9formisme et le centrisme, en m\u00eame temps qu\u2019il s\u2019oppose au front unique ouvrier.<\/p>\n<h2>La 4<sup>e<\/sup> Internationale du temps de Trotsky a toujours consid\u00e9r\u00e9 la sociale-d\u00e9mocratie comme un parti ouvrier bourgeois<\/h2>\n<p>Les d\u00e9finitions \u00e9ternelles et unilat\u00e9rales tournent le dos \u00e0 tout progr\u00e8s de la politique marxiste au fil du temps. Parmi une centaine de pages d\u2019un ouvrage de d\u00e9fense de la dialectique et de d\u00e9molition acharn\u00e9e de ceux qui, dans l\u2019IC, abandonnent les syndicats \u00e0 leurs directions, s\u2019abstiennent lors des \u00e9lections et refusent tout accord avec les partis r\u00e9formistes, le camarade Antonio a retenu la phrase suivante\u00a0:<\/p>\n<p><em>On ne saurait parler de l\u2019exclusion des \u00ab\u00a0partis capitalistes, bourgeois\u00a0\u00bb, puisque les partis des Scheideman et de MM. Kautsky-Crispien sont des partis d\u00e9mocrates petits-bourgeois\u2026<\/em> (Vladimir L\u00e9nine, La Maladie infantile du communisme, p. 106)<\/p>\n<p>Le camarade Antonio oublie que, en 1920, la tactique du front unique ouvrier (et la tactique, qui r\u00e9pond au m\u00eame probl\u00e8me, du soutien \u00e9lectoral aux r\u00e9formistes) est seulement esquiss\u00e9e. Elle va \u00eatre enrichie par l\u2019intervention du KPD, confront\u00e9 durablement \u00e0 deux partis r\u00e9formistes (SPD et USPD). Le mot d\u2019ordre n\u00e9 en Allemagne va \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e par l\u2019IC en 1921, peu apr\u00e8s son 3<sup>e<\/sup> congr\u00e8s. Alors, le bloc des partis ouvriers pour la lutte et, sym\u00e9triquement, \u00ab\u00a0l\u2019exclusion des partis bourgeois ou des partis capitalistes\u00a0\u00bb, que L\u00e9nine r\u00e9futait devient pr\u00e9cis\u00e9ment le mot d\u2019ordre de l\u2019Internationale communiste. Le 4<sup>e<\/sup> congr\u00e8s de l\u2019IC pr\u00e9cise la tactique du front unique ouvrier, qu\u2019il couronne par le mot d\u2019ordre de gouvernement ouvrier\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00c0 la coalition ouverte ou masqu\u00e9e entre bourgeoise et la sociale-d\u00e9mocratie, les communistes opposent le front unique de tous les ouvriers et la coalition politique et \u00e9conomique de tous les partis ouvriers contre le pouvoir bourgeois pour le renversement d\u00e9finitif de ce dernier.<\/em> (\u00ab\u00a0R\u00e9solution sur la tactique\u00a0\u00bb, 1923, <em>Les 4 premiers congr\u00e8s de l\u2019IC<\/em>, Maspero, p.\u00a0158)<\/p>\n<p><em>\u00c0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0bloc des gauches\u00a0\u00bb, le Parti communiste doit syst\u00e9matiquement opposer, dans toute sa propagande quotidienne de tous les travailleurs contre la bourgeoisie.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0R\u00e9solutions et messages de l\u2019IC\u00a0\u00bb, juin 1922, <em>Le Mouvement communiste en France<\/em>, Minuit, p.\u00a0191)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une riche exp\u00e9rience de 15 ann\u00e9es, le congr\u00e8s de fondation de la 4<sup>e<\/sup> Internationales est encore plus clair\u00a0:<\/p>\n<p><em>L&rsquo;accusation capitale que la 4<sup>e<\/sup> Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prol\u00e9tariat, c&rsquo;est qu&rsquo;elles ne veulent pas se s\u00e9parer du demi-cadavre politique de la bourgeoisie. Dans ces conditions, la revendication adress\u00e9e syst\u00e9matiquement \u00e0 la vieille direction\u00a0: \u00ab\u00a0Rompez avec la bourgeoisie, prenez le pouvoir\u00a0!\u00a0\u00bb est un instrument extr\u00eamement important pour d\u00e9voiler le caract\u00e8re tra\u00eetre des partis et organisations de la 2<sup>e<\/sup> et de la 3<sup>e<\/sup> Internationales, ainsi que de l&rsquo;Internationale d&rsquo;Amsterdam.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, <em>L\u2019Agonie du capitalisme et les t\u00e2ches de la 4<sup>e<\/sup> Internationale<\/em>, 1938, GB, p.\u00a026)<\/p>\n<p>Donc, la 4<sup>e<\/sup> Internationale s\u2019adresse aux \u00ab\u00a0organisations traditionnelles du prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb affili\u00e9es \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration <em>syndicale internationale<\/em>, \u00e0 l\u2019Internationale communiste et \u00e0 l\u2019Internationale socialiste (donc au PS-SFIO).<\/p>\n<p>Pourtant, \u00e0 cette \u00e9poque, le PS-SFIO est, selon le camarade Antonio, un parti bourgeois pur et simple. C\u2019est ce qu\u2019il croit lire chez Trotsky (qui aurait \u00e9t\u00e9 singuli\u00e8rement incoh\u00e9rent comme r\u00e9dacteur du programme cit\u00e9 ci-dessus)\u00a0:<\/p>\n<p><em>Non seulement la SFIO n\u2019est pas un parti r\u00e9volutionnaire mais m\u00eame pas un parti prol\u00e9tarien. Elle est petite bourgeoise, non seulement par sa politique, mais aussi par sa composition sociale.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0Une nouvelle \u00e9tape\u00a0\u00bb, 10 juin 1935, \u0152uvres, EDI, t. 5, p. 327)<\/p>\n<p><em>Le Parti socialiste n\u2019est pas un parti ouvrier, ni par sa politique, ni par sa composition sociale. C\u2019est le parti des nouvelles classes moyennes, fonctionnaires, employ\u00e9s, etc., partiellement celui de la petite bourgeoisie et de l\u2019aristocratie ouvri\u00e8re.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tape d\u00e9cisive\u00a0\u00bb, 5 juin 1936, La France \u00e0 un tournant, GB, p. 26 ou \u0152uvres, EDI, t. 10, p. 47)<\/p>\n<p>Le camarade fonde toute sa critique sur une interpr\u00e9tation totalement erron\u00e9e de ces deux citations\u00a0:<\/p>\n<p><em>Qu\u2019est ce qui a donc chang\u00e9 depuis lors dans la direction, la politique et le programme, ou dans la base sociale du PS pour que vous le caract\u00e9risiez comme un parti ouvrier\u00a0?<\/em> (\u00ab\u00a0Sur la caract\u00e9risation du PS et les tactiques \u00e9lectorales\u00a0\u00bb, Chronique du GB vol.\u00a07, n\u00b0\u00a01, p. 2)<\/p>\n<p>Selon le camarade Antonio, le PS \u00e9tait bourgeois en 1935. Soit nous avons fait en 1934 de l\u2019entrisme dans un parti bourgeois, soit le PS est devenu bourgeois en 1935. Ni l\u2019un, ni l\u2019autre.<\/p>\n<p>Il est impossible de prouver que la composition sociale s\u2019est brusquement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e entre notre entr\u00e9e et notre sortie de ce parti\u00a0:<\/p>\n<p><em>Aucune statistique, aucun sondage ne permet d\u2019\u00e9tablir la composition socioprofessionnelle du PC et de la SFIO, ni de suivre leur \u00e9volution\u2026<\/em> (Georges Lefranc, \u00ab\u00a0Le socialisme en France de 1918 \u00e0 1945\u00a0\u00bb, Jacques Droz, <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du socialisme<\/em>, PUF, t.\u00a03, p.\u00a0401)<\/p>\n<p>En fait, il comprenait probablement plus de prol\u00e9taires en juin 1936 dans ses rangs qu\u2019en mars 1934, m\u00eame si le PCF en a gagn\u00e9 bien davantage.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage d\u2019un bolchevik-l\u00e9niniste de l\u2019\u00e9poque confirme que, en 1934, il n\u2019y avait qu\u2019une minorit\u00e9 de prol\u00e9taires dans les sections du PS\u00a0:<\/p>\n<p><em>Les militants de la Ligue communiste avaient l\u2019impression de tomber dans un autre monde\u2026 Ils assistaient, stup\u00e9faits, aux effets oratoires de petits-bourgeois\u2026 presque tous pr\u00e9occup\u00e9s d\u2019\u00e9lections municipales et de scandales locaux\u2026<\/em> (Yvan Craipeau, <em>Le Mouvement trotskyste en France<\/em>, Syros, 1971, p.\u00a0120)<\/p>\n<p>Le mouvement de jeunesse sociale-d\u00e9mocrate, dans laquelle nous avons eu un certain succ\u00e8s en 1934-1935, n\u2019avait, \u00e9videmment, pas une composition sensiblement diff\u00e9rente.<\/p>\n<p><em>Officiellement fortes de 11\u00a0000 membres, les Jeunesses socialistes comptaient seulement une petite minorit\u00e9 d\u2019ouvriers.<\/em> (Yvan Craipeau, <em>Le Mouvement trotskyste en France<\/em>, Syros, 1971, p.\u00a0126)<\/p>\n<p>Le PS-SFIO n\u2019a jamais eu de base majoritairement ouvri\u00e8re, pour les m\u00eames raisons qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un parti aussi implant\u00e9 dans la classe ouvri\u00e8re que le Parti travailliste ou SPD\u00a0:<\/p>\n<p><em>L\u2019\u00e9chec de la constitution d\u2019une sociale-d\u00e9mocratie \u00e0 l\u2019allemande tout comme d\u2019un trade-unionisme aboutissent \u00e0 une rupture entre le parti et le syndicat\u2026 Il en r\u00e9sultera, non seulement l\u2019absence de militants et de dirigeants d\u2019origine syndicale, ce qui explique les effectifs limit\u00e9s, o\u00f9 les ouvriers et les employ\u00e9s seront toujours minoritaires\u2026<\/em> (Hugues Portelli, \u00ab\u00a0Le Parti socialiste\u00a0\u00bb, Pierre Br\u00e9chon, <em>Les Partis politiques fran\u00e7ais<\/em>, La Documentation fran\u00e7aise, 2005, p.\u00a0100)<\/p>\n<p>Jusqu\u2019en 1936, il n\u2019y avait pas de parti ouvrier de masse en France. C\u2019est le PCF qui va jouer ce r\u00f4le, accompli avant la premi\u00e8re guerre mondiale dans d\u2019autres pays par le travaillisme et la sociale-d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 les bolcheviks-l\u00e9ninistes militaient dans la SFIO, Trotsky remarquait\u00a0:<\/p>\n<p><em>La SFIO est dans une certaine mesure une organisation petite-bourgeoise, non seulement \u00e0 cause de sa tendance dirigeante, mais de sa composition sociale\u2026 Le Parti ouvrier belge au contraire englobe la classe ouvri\u00e8re\u2026<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0Il faut entrer dans les JGS\u00a0\u00bb, 1<sup>er<\/sup> novembre 1934, <em>\u0152uvres<\/em>, EDI, t. 4, p. 240)<\/p>\n<p>Les citations dont fait grand cas le camarade Antonio ne mettent pas en cause la nature de parti ouvrier bourgeois de la SFIO, car elles poursuivent un autre but. Trotsky argumente en juin 1935 contre la prolongation de l\u2019entrisme (qui tente encore la plus grande partie du GBL) et en juin 1936 contre la tentation de l\u2019opportunisme envers la gauche du PS, la GR de Marceau-Pivert et Gu\u00e9rin (que manifeste surtout la fraction Molinier et Frank).<\/p>\n<p>\u00c0 aucun moment, le camarade Antonio ne consid\u00e8re la sociale-d\u00e9mocratie comme un courant international. Pourtant, le \u00ab\u00a0tournant fran\u00e7ais\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. En 1935, le SI de la Ligue communiste internationaliste conseille l\u2019entr\u00e9e des bolcheviks-l\u00e9ninistes dans le POB en Belgique (ce que le camarade mentionne) et dans le SP aux Etats-Unis (dont la composition n\u2019est pas \u00ab\u00a0majoritairement ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb). En 1936, il pr\u00e9conise l\u2019entr\u00e9e dans le Parti travailliste en Grande-Bretagne et dans le PSOE en Espagne (dont la composition n\u2019est probablement pas \u00ab\u00a0majoritairement ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Le cadre d\u2019analyse de la contribution du camarade Antonio est purement national (y a-t-il suffisamment d\u2019ouvriers dans tel parti\u00a0?) et donc tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de celui du programme de transition adopt\u00e9 en 1938\u00a0:<\/p>\n<p><em>La 4<sup>e<\/sup> Internationale d\u00e9clare une guerre implacable aux bureaucrates de la 2<sup>e<\/sup> et de la 3<sup>e<\/sup> Internationales, de l&rsquo;Internationale d&rsquo;Amsterdam et de l&rsquo;Internationale anarcho-syndicaliste, de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 leurs satellites centristes; au r\u00e9formisme sans r\u00e9formes, \u00e0 la d\u00e9mocratie alli\u00e9e \u00e0 la Gu\u00e9p\u00e9ou, au pacifisme sans paix, \u00e0 l&rsquo;anarchisme au service de la bourgeoisie, aux \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb qui craignent mortellement la r\u00e9volution. Toutes ces organisations ne sont pas le gage de l&rsquo;avenir, mais des survivances pourrissantes du pass\u00e9. L&rsquo;\u00e9poque des guerres et des r\u00e9volutions les r\u00e9duira \u00e0 n\u00e9ant.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, L\u2019Agonie du capitalisme et les t\u00e2ches de la 4<sup>e<\/sup> Internationale, 1938, GB, p.\u00a026)<\/p>\n<p>Il est clair, dans cette \u00e9num\u00e9ration des courants du mouvement ouvrier, que la sociale-d\u00e9mocratie (2<sup>e<\/sup> Internationale) est mise sur le m\u00eame plan que le stalinisme (3<sup>e<\/sup> Internationale) et qu\u2019il faut en d\u00e9truire l\u2019influence dans la classe ouvri\u00e8re pour assurer la r\u00e9volution socialiste mondiale. Le manifeste de la conf\u00e9rence d\u2019alarme de 1940 confirme qu\u2019il s\u2019agit de \u00ab\u00a0bureaucraties ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb et non de simples partis bourgeois\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00a0\u00ab\u00a0L&rsquo;unanimit\u00e9\u00a0\u00bb actuelle de la 2<sup>e<\/sup> Internationale s&rsquo;explique par le fait que toutes ses sections esp\u00e8rent que les Alli\u00e9s vont sauver leurs postes et leurs revenus dans la bureaucratie ouvri\u00e8re des pays d\u00e9mocratiques et restaurer ces postes et ces revenus dans les pays totalitaires.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, <em>La Guerre imp\u00e9rialiste et la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne mondiale<\/em>, 1940, GB, p.\u00a027)<\/p>\n<p>Tant les \u00e9crits de Trotsky sur la France que les documents programmatiques de la 4<sup>e<\/sup> Internationale consid\u00e8rent le PS-SFIO et les autres partis de la 2<sup>e<\/sup> Internationale, comme des partis ouvriers bourgeois, des partis r\u00e9formistes.<\/p>\n<h2>La section fran\u00e7aise de la 4<sup>e<\/sup> Internationale a toujours appel\u00e9 \u00e0 voter pour le PCF et le PS, quand elle ne pr\u00e9sentait pas de candidatures r\u00e9volutionnaires<\/h2>\n<p>Une citation que fait le camarade Antonio lui-m\u00eame (p. 4) prouve que Trotsky consid\u00e9rait le PS et le PCF, en juin 1936, comme des partis ouvriers bourgeois\u00a0:<\/p>\n<p><em>Si des candidatures ouvri\u00e8res r\u00e9volutionnaires avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es au second tour dans toutes les circonscriptions o\u00f9 socialistes et communistes se sont d\u00e9sist\u00e9s pour des radicaux, elles auraient recueilli un grand nombre de voix. Malheureusement, il ne s&rsquo;est pas trouv\u00e9 d&rsquo;organisation capable d&rsquo;une telle initiative. Cela montre que les groupes r\u00e9volutionnaires centraux demeurent en dehors de la dynamique des \u00e9v\u00e9nements et pr\u00e9f\u00e8rent s&rsquo;abstenir et s&rsquo;esquiver l\u00e0 o\u00f9 il faudrait agir.<\/em> (\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tape d\u00e9cisive\u00a0\u00bb, 5 juin 1936,<em> La France \u00e0 un tournant<\/em>, GB, p. 27 ou \u0152uvres, EDI, t. 10, p. 48)<\/p>\n<p>La phrase qui pr\u00e9c\u00e8de la citation aide \u00e0 comprendre ce que Trotsky veut dire\u00a0:<\/p>\n<p>M\u00eame dans ces conditions, les masses ont su montrer qu\u2019elles veulent, non une alliance avec les radicaux, mais le rassemblement des travailleurs contre toute la bourgeoisie.<\/p>\n<p>Ainsi qu\u2019une autre qui se trouve entre les deux citations par le camarade Antonio de cet article de <em>La Lutte Ouvri\u00e8re<\/em><em>\u00a0:<\/em><\/p>\n<p><em>Si socialistes et communistes avaient men\u00e9 une politique de classe, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019ils avaient lutt\u00e9 pour l\u2019alliance des ouvriers et des \u00e9l\u00e9ments semi-prol\u00e9tariens de la ville et du village, contre la bourgeoisie dans son ensemble, y compris son aile radicale pourrie, ils auraient eu infiniment plus de voix\u2026<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tape d\u00e9cisive\u00a0\u00bb, 5 juin 1936, <em>La France \u00e0 un tournant<\/em>, GB, p. 27 ou \u0152uvres, EDI, t. 10, p. 48)<\/p>\n<p>Si Trotsky explique dans ce que le PS-SFIO et le PCF-SFIC auraient d\u00fb faire, c\u2019est qu\u2019il les consid\u00e8re tous les deux comme des composantes du mouvement ouvrier, qu\u2019il oppose \u00e0 la bourgeoisie y compris \u00e0 son aile gauche, le Parti radical \u00ab\u00a0pourri\u00a0\u00bb. Le camarade Antonio oppose totalement \u00e9lections et front unique. Pour Trotsky, lors des \u00e9lections aussi, les masses veulent \u00ab\u00a0le rassemblement des travailleurs contre toute la bourgeoisie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce que prouve la citation compl\u00e8te est que, face au \u00ab\u00a0Front populaire\u00a0\u00bb, Trotsky pr\u00e9conise une tactique qui distingue le PS et le PCF du Parti radical, qui oppose les deux grands partis ouvriers \u00e0 tous les partis de la bourgeoisie\u00a0: au premier tour, le 26 avril 1936, quand c\u2019est possible, des \u00ab\u00a0candidatures ouvri\u00e8res r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb\u00a0; dans les circonscriptions o\u00f9 il y a un second tour, le 3 mai 1936, maintenir ces\u00ab\u00a0candidatures ouvri\u00e8res r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb contre les \u00ab\u00a0radicaux\u00a0\u00bb quand les \u00ab\u00a0socialistes\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb se sont d\u00e9sist\u00e9s pour les \u00ab\u00a0radicaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections fran\u00e7aises reposaient (et reposent toujours) sur un \u00ab\u00a0scrutin uninominal majoritaire \u00e0 deux tours\u00a0\u00bb. Le principe est le m\u00eame qu\u2019en Argentine, quoiqu\u2019avec des modalit\u00e9s diff\u00e9rentes. Les \u00e9lecteurs (en 1936, seuls les hommes votaient) choisissent au premier tour un candidat parmi plusieurs. Si un candidat recueille la majorit\u00e9 absolue (plus de 50\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s), il est \u00e9lu. Sinon, un second tour permet de choisir parmi les candidats qui restent en comp\u00e9tition. Celui qui obtient la majorit\u00e9 relative (le plus de voix) est \u00e9lu. Aujourd\u2019hui, il faut, pour avoir le droit de se maintenir, avoir eu au moins 12,5\u00a0% des voix du premier tour.<\/p>\n<p>En pratique, les deux groupes qui se r\u00e9clamaient de la 4<sup>e<\/sup> Internationale ont pr\u00e9sent\u00e9 au premier tour plusieurs candidats et ont appel\u00e9 ailleurs \u00e0 voter PS ou PCF. Au second tour, quand les partis ouvriers bourgeois maintenaient leur candidat, le candidat r\u00e9volutionnaire s\u2019est d\u00e9sist\u00e9 pour le PCF-SFIC ou le PS-SFIO. Quand ils se d\u00e9sistaient pour le Parti radical, l\u00e0 o\u00f9 c\u2019\u00e9tait possible, ces candidatures \u00e9taient maintenues contre le Parti radical\u00a0:<\/p>\n<p><em>Les Groupe bolchevik-l\u00e9niniste a tenu quelque 80 r\u00e9unions, mais il n\u2019a recueilli que quelques centaines de voix\u2026 seul Fred Zeller a obtenu 170 voix \u00e0 Saint-Denis. Les r\u00e9sultats du PCI sont du m\u00eame ordre\u2026 Au deuxi\u00e8me tout seulement, il a obtenu un relatif succ\u00e8s \u00e0 Puteaux (600 voix) et dans le 18<sup>e<\/sup> arrondissement de Paris (180 voix), en se maintenant comme seul candidat ouvrier contre les radicaux Barthelemy et Sellier en faveur de qui le Parti communiste s\u2019est d\u00e9sist\u00e9.<\/em> (Yvan Craipeau, <em>Le Mouvement trotskyste en France<\/em>, Syros, 1971, p.\u00a0157)<\/p>\n<p>Jamais Trotsky ne critique le vote pour le PS ou le PCF. Ce n\u2019est pas par ignorance de la tactique partag\u00e9e par le GBL (le groupe qu\u2019il soutient) et par le PCI de Molinier et Frank (le groupe qu\u2019il critique violemment), car, de 1934 \u00e0 1936, Trotsky suit attentivement la lutte des classes en France ainsi que les affaires de la section fran\u00e7aise.<\/p>\n<h2>La destruction de la 4<sup>e<\/sup> Internationale a d\u00e9coul\u00e9 de l\u2019adaptation de sa direction au stalinisme<\/h2>\n<p>D\u00e9but 1936, le GBL (<em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em><em>)<\/em> est affaibli par la scission de la fraction Molinier et Frank qui vient de proclamer le PCI (<em>La Commune<\/em>). \u00c0 la veille de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, les deux groupes se r\u00e9unifient en constituant le Parti ouvrier internationaliste (<em>La Lutte Ouvri\u00e8re<\/em>) avant que les molini\u00e9ristes scissionnent \u00e0 nouveau. En 1939, le SI de la 4<sup>e<\/sup> Internationale enjoint au POI de rejoindre le PSOP. Celui-ci a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9 par la GR, apr\u00e8s son expulsion en 1938 du PS-SFIO. Mais si le PS est un parti bourgeois, quelle est la nature du PSOP qui en provient et auquel les bolcheviks-l\u00e9ninistes doivent adh\u00e9rer, selon la 4<sup>e<\/sup> Internationale\u00a0?<\/p>\n<p>Le PSOP et le \u00ab\u00a0Bureau de Londres\u00a0\u00bb se d\u00e9sint\u00e8grent \u00e0 l\u2019ouverture de la Deuxi\u00e8me guerre mondiale\u00a0; Pivert et la majorit\u00e9 de ses membres rejoignent la SFIO apr\u00e8s la guerre. Les trotskystes clandestins se sont r\u00e9unifi\u00e9s durant l\u2019occupation allemande, sous l\u2019impulsion de Michel Pablo, et ont pris le nom de Parti communiste internationaliste (<em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em>). En 1945, sont convoqu\u00e9es les premi\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives depuis 1936. Le PCI pr\u00e9sente des candidatures r\u00e9volutionnaires dans quelques circonscriptions\u00a0; ailleurs, il appelle \u00e0 voter PS ou PCF.<\/p>\n<p><em>Le PC obtient 26,16\u00a0% des voix, le PS 24,16\u00a0% contre 24,6\u00a0% au MRP. Pour la premi\u00e8re fois, socialistes et communistes disposent de la majorit\u00e9 au parlement, mais ils s\u2019empressent de reconduire le gouvernement tripartite (PCF-PS-MRP)\u2026<\/em> (Yvan Craipeau, <em>La Lib\u00e9ration confisqu\u00e9e<\/em>, Syros, 1978, p.\u00a0132)<\/p>\n<p>Le PCI utilise le r\u00e9sultat des \u00e9lections \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e constituante pour r\u00e9clamer l\u2019expulsion des ministres MRP et un gouvernement des seules organisations ouvri\u00e8res\u00a0:<\/p>\n<p><em>Les partis bourgeois \u00e9taient \u00e9cras\u00e9s. Le PCI lan\u00e7ait le mot d\u2019ordre de gouvernement PS-PC-CGT.<\/em> (Michel Lequenne, <em>Le Trotskisme, une histoire sans fard<\/em>, Syllepses, 2005, p.\u00a0132)<\/p>\n<p>\u00c0 ma connaissance, personne dans la 4<sup>e<\/sup> Internationale ne met en cause leur tactique \u00e9lectorale et leur mot d\u2019ordre de gouvernement, qui sont \u00e9videmment li\u00e9s. Au m\u00eame moment, la Jeunesse socialiste est attir\u00e9e par le trotskysme. C\u2019est assez curieux pour l\u2019organisation de jeunesse d\u2019un parti bourgeois.<\/p>\n<p>La 4<sup>e<\/sup> Internationale du temps de Trotsky consid\u00e9rait le stalinisme et la sociale-d\u00e9mocratie comme des jumeaux politiques. Mais, quelques ann\u00e9es plus tard, la direction de la 4<sup>e<\/sup> Internationale r\u00e9vise cette analyse. Le SI de la 4<sup>e<\/sup> Internationale, install\u00e9 \u00e0 Paris, capitule en 1951 devant le stalinisme, au fa\u00eete de sa puissance en Europe et reprend, en Am\u00e9rique latine, la politique stalinienne d\u2019alignement sur le nationalisme petit-bourgeois. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le POR d\u2019Argentine s\u2019adapte au p\u00e9ronisme au point de rejoindre le mouvement justicialiste en 1955 et de se placer \u00ab\u00a0sous la discipline du g\u00e9n\u00e9ral Per\u00f3n\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00c0 partir du moment o\u00f9 l\u2019ennemi principal n\u2019\u00e9tait plus l\u2019imp\u00e9rialisme anglais, nous nous sommes consid\u00e9r\u00e9s de fait comme une partie du front unique anti-yankee qu\u2019\u00e9tait le p\u00e9ronisme\u2026<\/em> (Ernesto Gonzales, <em>Qu\u00e9 fue et qu\u00e9 es el peronismo,<\/em> Pluma, 1974, p.\u00a082)<\/p>\n<p>Au lieu de la politique prol\u00e9tarienne de construction du parti r\u00e9volutionnaire, de la lutte contre les directions tra\u00eetres et du front unique ouvrier, le \u00ab\u00a0trotskysme\u00a0\u00bb mondial devient un courant petit-bourgeois pro-stalinien, qui veut aider la bureaucratie du Kremlin \u00e0 se r\u00e9former et pousser les partis staliniens et les d\u00e9magogues nationalistes \u00e0 mener la r\u00e9volution.<\/p>\n<p><em>Au lieu de s\u2019en tenir \u00e0 la construction, par tous les moyens tactiques convenables, de partis r\u00e9volutionnaires ind\u00e9pendants, Pablo consid\u00e8re que la bureaucratie stalinienne, ou une fraction d\u00e9cisive de celle-ci, est apte \u00e0 se modifier sous la pression des masses jusqu\u2019\u00e0 accepter les \u00ab\u00a0id\u00e9es\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0programme\u00a0\u00bb du trotskysme\u2026<\/em> (James Cannon, \u00ab\u00a0Lettre ouverte aux trotskystes du monde entier\u00a0\u00bb, 1953, <em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em> n\u00b0\u00a0583, p.\u00a0247)<\/p>\n<p>Depuis, le \u00ab\u00a0trotskysme\u00a0\u00bb fran\u00e7ais est l\u2019ombre port\u00e9e du PCF, une mouvance crypto-stalinienne, profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9e de stalinisme. Pas seulement la minorit\u00e9 pabliste du PCI et ses successeurs LC-LCR, puisque le groupe fran\u00e7ais de Barta qui avait scissionn\u00e9 du POI et de la 4<sup>e<\/sup> Internationale en 1939 engendre \u00e0 son tour, dans les ann\u00e9es 1960 un courant pro-stalinien autour de Hardy (VO-LO). Il s\u2019y ajoute la cr\u00e9ation en 19XX, par scission de la LCR, d\u2019un groupe li\u00e9 \u00e0 la SL des Etats-Unis, autrefois membre du CI et devenue aussi pro stalinienne dans les ann\u00e9es 1970. Les robertsonistes (LTF, GI), les hardystes (LO) et tous les h\u00e9ritiers du pablisme, variante Mandel (JCR-LC-LCR), variante Moreno (GLC, GSI), variante Grant (GR, La Riposte), ont en commun de faire passer le PCF comme \u00ab\u00a0le\u00a0\u00bb parti ouvrier et le PS comme un parti bourgeois\u2026 En 1972, la LC veut pousser \u00e0 gauche le front populaire \u00ab\u00a0Union de la gauche\u00a0\u00bb (PS-PCF-MRG\u2026). En 1977, la LCR, LO et la LTF soutiennent la campagne du PCF contre le PS. En 1981, la LCR au lieu de se prononcer pour un gouvernement excluant les ministres bourgeois, r\u00e9clame qu\u2019il y ait des ministres PCF dans le gouvernement de front populaire de Mitterrand. La LCR et LO votent pour les candidats radicaux bourgeois (MRG) au second tour des l\u00e9gislatives de 1981. En 2005, LO, LCR, PT, LTF, GLC, GSI, CRI\u2026 appellent \u00e0 voter non au r\u00e9f\u00e9rendum, \u00e0 la suite du PCF social-chauvin et, ensuite, appellent le PCF \u00e0 rompre\u2026 avec le PS.<\/p>\n<p><em>Le candidat trotskiste parle \u00e0 nouveau d&rsquo;union. \u00ab\u00a0Il faut rassembler sans sectarisme les forces anticapitalistes de ce pays\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Olivier Besancenot lors d&rsquo;un meeting devant un millier de personnes \u00e0 Rez\u00e9, en Loire-Atlantique, pr\u00e8s de Nantes\u2026 Cette union de la \u00ab\u00a0gauche radicale\u00a0\u00bb, qui serait \u00ab\u00a0ind\u00e9pendante du PS\u00a0\u00bb, doit \u00ab\u00a0durer et ne pas p\u00e9ter \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale venue\u00a0\u00bb, a-t-il dit.<\/em> (<em>L\u2019Express<\/em>, 28 mars 2007)<\/p>\n<p>Si le PT-POI est une composante de l\u2019appareil syndical anticommuniste de FO, la LCR-NPA et LO s\u2019int\u00e8grent de plus en plus aux bureaucraties syndicales issues du stalinisme de la CGT et de la FSU. Les pr\u00e9tendus trotskystes de LO, de la LCR et du PT se retrouvent avec le PS, le PCF et les bureaucraties syndicales pour s\u2019opposer \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale et soutenir les \u00ab\u00a0journ\u00e9es d\u2019action\u00a0\u00bb qui divisent le prol\u00e9tariat, dispersent l\u2019\u00e9nergie des mases et prot\u00e8gent les gouvernements bourgeois.<\/p>\n<p>Dans les manifestations, les gr\u00e8ves, les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, les militants du GB sont confront\u00e9s \u00e0 l\u2019action contre-r\u00e9volutionnaire du PS, du PCF, de LO, de la LCR, jamais \u00e0 l\u2019UMP, au MoDem, au PRG\u2026 Cela illustre que le PS et le PCF restent des \u00ab\u00a0partis ouvriers bourgeois\u00a0\u00bb et qu\u2019il est vain de s\u2019illusionner sur le \u00ab\u00a0mouvement trotskyste\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0reconstruction\u00a0\u00bb d\u2019une 4<sup>e<\/sup> Internationale d\u00e9truite en 1952 et dont aucune section ne subsiste comme organisation communiste.<\/p>\n<h2>Les illusions r\u00e9currentes des \u00e9pigones dans la liquidation spontan\u00e9e de la sociale-d\u00e9mocratie<\/h2>\n<p>La section fran\u00e7aise de la 4<sup>e<\/sup> Internationale (PCI) avait r\u00e9sist\u00e9 au r\u00e9visionnisme pabliste sous la conduite de Marcel Bleibtreu, mais elle \u00e9tait rest\u00e9e isol\u00e9e et avait exclue en 1952 de la 4<sup>e<\/sup> Internationale. En 1953, elle avait particip\u00e9 \u00e0 la fondation du Comit\u00e9 international avec la section am\u00e9ricaine, la section suisse et la section britannique. Mais le CI s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 incapable de rejeter le \u00ab\u00a0front unique anti-imp\u00e9rialiste\u00a0\u00bb qui conduisait \u00e0 la liquidation des sections en Am\u00e9rique latine, ni de mener une offensive r\u00e9solue contre le SI de Pablo-Mandel. Le CI et la section fran\u00e7aise ont progressivement d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Le premier coup a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 au CI par sa principale organisation, le SWP des Etats-Unis, qui a capitul\u00e9 devant le castrisme avant de rejoindre en 1963, sur cette base, le SI pro-stalinien devenu castriste et guerill\u00e9riste. Le groupe PO d\u2019Argentine a suivi le SWP au \u00ab\u00a0Secr\u00e9tariat unifi\u00e9\u00a0\u00bb, tout en formant le PRT.<\/p>\n<p><em>Le PRT, qui existe dans les faits depuis 1963, prend ce nom au cours de son premier congr\u00e8s en 1935. Il r\u00e9sultait du rapprochement, en 1962, de deux organisation\u00a0: Palabra Obrera, groupe trotkiste rattach\u00e9 \u00e0 la IV<sup>e<\/sup> Internationale et dirig\u00e9 par Nahuel Moreno, et une petite organisation populiste, le Front r\u00e9volutionnaire latino-am\u00e9ricain, dirig\u00e9 par Ren\u00e9 et Roberto Santucho, anciens militants du Parti socialiste argentin. L\u2019objectif de ce rapprochement \u00e9tait de r\u00e9aliser un travail politique parmi les ouvriers agricoles afin d\u2019\u00e9tablir ensuite des foyers de gu\u00e9rilla.<\/em> (Fran\u00e7ois G\u00e8ze et Alain Labrousse, <em>Argentine, r\u00e9volution et contre-r\u00e9volutions<\/em>, Seuil, 1975, p.\u00a0136)<\/p>\n<p>D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1950, Lambert exclut Bleibtreu et Lequenne, malgr\u00e9 les protestations du Comit\u00e9 international. Ce qui reste de la section fran\u00e7aise n\u2019a plus de nom d\u2019organisation jusqu\u2019en 1967 et publie un \u00ab\u00a0journal large\u00a0\u00bb, <em>Informations Ouvri\u00e8res. <\/em>Lambert capitule devant le nationalisme alg\u00e9rien (MNA) puis devant le r\u00e9formisme de type social-d\u00e9mocrate (FO, FEN, PS). Lambert pratique la calomnie et la violence contre ses dissidents. N\u00e9anmoins, en 1972, gr\u00e2ce \u00e0 St\u00e9phane Just, l\u2019OCI est la seule organisation \u00e0 condamner l\u2019Union de la gauche comme un front populaire et \u00e0 y opposer le mot d\u2019ordre de gouvernement ouvrier.<\/p>\n<p>En 1981, l\u2019adaptation \u00e0 la sociale-d\u00e9mocratie conduit l\u2019OCI \u00e0 soutenir Mitterrand (PS) d\u00e8s le premier tour au lieu de pr\u00e9senter un\/e candidat\/e. Puis, une fois Mitterrand \u00e9lu, l\u2019OCI capitule devant le gouvernement Union de la gauche. Comme LO et la LCR, elle n\u2019avance aucune autre perspective\u00a0; comme la LCR, elle veut pousser \u00e0 gauche le front populaire. La d\u00e9nonciation, par Moreno de l\u2019opportunisme de l\u2019OCI envers le PS et le front populaire (Miguel Capa, \u00ab\u00a0Le gouvernement Mitterrand\u2026\u00a0\u00bb, <em>Correspondance Internationale <\/em>n\u00b0\u00a013, octobre 1981\u00a0; Nahuel Moreno, La Traici\u00f3n de la OCI, 1982) commence \u00e0 ce moment-l\u00e0 seulement.<\/p>\n<p>Pourtant, le PST n\u2019avait pas fait mieux, quand il s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 la convocation du g\u00e9n\u00e9ral Per\u00f3n le 21 mars 1974, avec le parti stalinien et plusieurs partis bourgeois, et quand il a sign\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de cette rencontre la \u00ab\u00a0d\u00e9claration des 8\u00a0\u00bb de type front populaire. Il a fallu plusieurs mois pour que le PST renie sa signature, face \u00e0 la critique de la direction du SU et de Politica Obrera d\u2019Argentine.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, Moreno connaissait bien l\u2019orientation pro-PSP de Lambert durant la r\u00e9volution portugaise de 1974-1975, qui n\u2019avait pas emp\u00each\u00e9 la fusion du CORQI et de la FB en 1980 (l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re CI). Apr\u00e8s la fusion, il avait aid\u00e9 Lambert \u00e0 obtenir la majorit\u00e9 du CC de l\u2019OCI pour la consigne de vote pour le PS au premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, contre Just, qui y est mis en minorit\u00e9.<\/p>\n<p>En 1984, sous le nom de \u00ab\u00a0ligne de la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb, le PCI succombe \u00e0 l\u2019\u00e9tapisme social-d\u00e9mocrate et stalinien. Il rompt son soutien au PS (qui vient de lui voler la direction du syndicat \u00e9tudiant, l\u2019UNEF), lui nie soudain toute nature ouvri\u00e8re et le traite d\u00e9sormais comme l\u2019ennemi principal. Le PCI abandonne toute politique de front unique ouvrier et se dissout en faveur d\u2019un nouveau parti\u00a0: le Parti des travailleurs.<\/p>\n<p>La justification est que\u00a0:<\/p>\n<p>La classe ouvri\u00e8re n\u2019est et les couches populaires qui l\u2019environnent n\u2019ont plus aujourd\u2019hui de repr\u00e9sentation politique. (Pr\u00e9ambule de la charte du MPPT, d\u00e9cembre 1985)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la mort de Lambert, Gluckstein fonde un Parti ouvrier ind\u00e9pendant qui a deux secr\u00e9taires, Daniel Gluckstein et G\u00e9rard Schivardi. Ce dernier d\u00e9clare, lors de la fondation du POI\u00a0:<\/p>\n<p>Il fallait cr\u00e9er un parti qui repr\u00e9sente la classe ouvri\u00e8re, les opprim\u00e9s face aux oppresseurs. (AFP, 15 juin 2008)<\/p>\n<p>Autrement dit, \u00e0 part le MPPT-PT-POI, il n\u2019y aurait plus de parti ouvrier en France. Le probl\u00e8me est que la classe ouvri\u00e8re ne semble pas avoir compris que le PS et le PCF ne la repr\u00e9sentent plus et que c\u2019est le PT qui la repr\u00e9sente. Le candidat du PT Boussel (Lambert) obtient 0,38\u00a0% des votes au premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1988 (le PS\u00a0: 34\u00a0% soit presque cent fois plus, le PCF\u00a0: 6,7\u00a0%, LO\u00a0: 2\u00a0%). En 1995, le PT ne pr\u00e9sente pas de candidat. En 2002, le candidat du PT Gluckstein obtient 0,47\u00a0% (le PS\u00a0: 16\u00a0%, le PCF\u00a0: 3,4\u00a0%, LO\u00a0: 5,7\u00a0%, la LCR\u00a0: 4,2\u00a0%). En 2007, le \u00ab\u00a0candidat des maires\u00a0\u00bb Schivardi soutenu par le PT obtient 0,34\u00a0% (le PS\u00a0: 25,9\u00a0%, le PCF\u00a0: 1,9\u00a0%, LO\u00a0: 1,3\u00a0%, la LCR\u00a0: 4\u00a0%).<\/p>\n<p>Le courant \u00ab\u00a0mor\u00e9niste\u00a0\u00bb, \u00e0 son apog\u00e9e, partage cette vue superficielle, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019IC et \u00e0 la 4<sup>e<\/sup> Internationale. Ce que l\u2019ex-PCI appelle en 1985 \u00ab\u00a0absence de repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, l\u2019ex-LIT l\u2019appelle \u00ab\u00a0vide de direction\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p><em>Les vielles directions tra\u00eetres, la bureaucratie du Kremlin et ses partis communistes \u00e0 travers le monde, la sociale-d\u00e9mocratie de la 2<sup>e<\/sup> Internationale, les bureaucraties syndicales et les partis nationalistes bourgeois des pays arri\u00e9r\u00e9s traversent une crise totale. Les masses ne les reconnaissent d\u00e9j\u00e0 plus comme leur direction syndicale et politique.<\/em> (\u00ab\u00a0Manifeste de la LIT-QI\u00a0\u00bb, <em>Courrier International<\/em>, \u00e9dition fran\u00e7aise, septembre 1985, p.\u00a016)<\/p>\n<p>Autrement dit, il n\u2019y aurait plus d\u00e9sormais l\u2019obstacle \u00e0 la r\u00e9volution des partis ouvriers bourgeois, puisqu\u2019ils auraient perdu toute influence sur les masses\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le vide de direction persiste.\u00a0\u00bb <\/em>(p.\u00a017). Les exemples de cette pr\u00e9tendue disparition des directions traditionnelles que le manifeste de la LIT donne se sont vite, pour la plupart, r\u00e9v\u00e9l\u00e9s faux. Par exemple, celui du parti social-d\u00e9mocrate de Grande-Bretagne\u00a0:<\/p>\n<p><em>Les travailleurs britanniques font toujours moins confiance \u00e0 leur vieux Parti travailliste.<\/em> (\u00ab\u00a0Manifeste de la LIT-QI\u00a0\u00bb, Courrier International, septembre 1985, p.\u00a017)<\/p>\n<p>En 1983, avant la fondation de la LIT \u00e0 Buenos Aires, le Parti travailliste \u00e9tait certes au plus bas avec 8,4 millions de voix (27,6\u00a0% des suffrages). Mais il en obtient, en 1987, 10 millions (30,8\u00a0%)\u00a0; puis en 1992, 11,5 millions (34, 4\u00a0%) et en 1997, 13,5 millions (43,2\u00a0%), ce qui lui permet depuis de gouverner au compte de la bourgeoisie.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la reprise de vieilles stupidit\u00e9s gauchistes sert de camouflage \u00e0 l\u2019opportunisme de longue date de Lambert et de Moreno.<\/p>\n<p><em>L\u2019opportunisme s\u2019exprime non seulement sous l\u2019aspect du gradualisme, mais aussi de l\u2019impatience politique\u00a0: il cherche fr\u00e9quemment \u00e0 r\u00e9colter o\u00f9 rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 sem\u00e9\u2026<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb, 1924, <em>The 5 first years of the Communist International<\/em>, New Park, t.\u00a01, p.\u00a013)<\/p>\n<p>Le PCI, m\u00eame s\u2019il rompt en 1984 avec le PS, est plus que jamais li\u00e9 \u00e0 une bureaucratie ouvri\u00e8re, celle de la conf\u00e9d\u00e9ration syndicale FO fond\u00e9e lors de la \u00ab\u00a0guerre froide\u00a0\u00bb avec l\u2019aide du PS, de la 4<sup>e<\/sup> R\u00e9publique et de la direction de l\u2019AFL-CIO des Etats-Unis. En 1991, le PCI s\u2019associe au PCF pour mener une campagne pacifiste au moment de la premi\u00e8re guerre imp\u00e9rialiste contre l\u2019Irak. En 1992, Lambert et Gluckstein liquident le PCI dans un \u00ab\u00a0parti large\u00a0\u00bb au programme minimum, le PT. Ce PT va mener tout un temps des campagnes communes avec un parti bourgeois, le MRC.<\/p>\n<p>La ligne pro-stalinienne du SU a souvent pris dans les ann\u00e9es 1970 la forme du \u00ab\u00a0front des r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0bloc des r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0p\u00f4le r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0front des r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb ne sont ni le front unique ouvrier qui s\u2019adresse \u00e0 tous les travailleurs, ni la construction du parti sur le programme communiste\u00a0; c\u2019est l\u2019illusion que l\u2019union des centristes pourrait remplacer le parti et le front unique ouvrier. Le \u00ab\u00a0front des r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb a d\u00e9bouch\u00e9 sur une catastrophe au feu de la r\u00e9volution, au Portugal, avec le FUP (un bloc de \u00ab\u00a0l\u2019extr\u00eame-gauche\u00a0\u00bb avec le parti stalinien pro-Moscou) et le FUR (les m\u00eames sans le PCP). Tout en ayant rompu en 1979 avec le SU pabliste, la LIT garde du r\u00e9visionnisme l\u2019illusion d\u2019une couche r\u00e9volutionnaire durable ind\u00e9pendamment de la construction du parti, la \u00ab\u00a0nouvelle avant-garde\u00a0\u00bb (p. 19) et la substitution au parti r\u00e9volutionnaire et au front unique ouvrier d\u2019un bloc centriste, le \u00ab\u00a0\u00a0front unique r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb (p.\u00a023)\u00a0:<\/p>\n<p><em>Nous en appelons aux groupes, aux organisations et fronts r\u00e9volutionnaires\u2026<\/em> (\u00ab\u00a0Manifeste de la LIT-QI\u00a0\u00bb, <em>Courrier International<\/em>, septembre 1985, p.\u00a023)<\/p>\n<p><em>La tactique consistant \u00e0 unir les r\u00e9volutionnaires dans tous les pays o\u00f9 cela est possible, par la construction de fronts r\u00e9volutionnaires, est une tactique tr\u00e8s importante\u2026<\/em> (\u00ab\u00a0Manifeste de la LIT-QI\u00a0\u00bb, <em>Courrier International,<\/em> septembre 1985, p.\u00a024)<\/p>\n<p>En guise de front des r\u00e9volutionnaires, la plus grosse section de la LIT, le MAS d\u2019Argentine, passe en 1985 un accord (FP, Front du peuple) avec le \u00ab\u00a0p\u00e9ronisme ouvrier\u00a0\u00bb et le parti stalinien qui avait soutenu la dictature de Videla. En 1988, le caract\u00e8re de front populaire est encore plus net avec un nouvel accord avec le PCA et des partis bourgeois (IU, Gauche unie).<\/p>\n<p>Le MAS et le PCI ont d\u00e9pass\u00e9 chacun 6\u00a0000 militants. Mais le PCI a \u00e9t\u00e9 liquid\u00e9 en 1991 par sa direction, il a laiss\u00e9 la place \u00e0 un PT-POI, r\u00e9formiste et de plus en plus social-patriote et le MAS a explos\u00e9 en 1989 apr\u00e8s avoir conclu des fronts populaires sans popularit\u00e9. Ils \u00e9taient b\u00e2ti sur du sable\u00a0: l\u2019illusion de la disparition du r\u00e9formisme a d\u00e9bouch\u00e9 sur la disparition de l\u2019illusion du centrisme.<\/p>\n<h2>Pour construire un parti r\u00e9volutionnaire, il faudra affronter longuement et d\u00e9masquer patiemment les directions tra\u00eetres au cours des luttes de classe<\/h2>\n<p>En derni\u00e8re analyse, il n\u2019y a que deux types de partis, en fonction de leur rapport \u00e0 l\u2019Etat bourgeois\u00a0: des partis v\u00e9ritablement ouvriers qui s\u2019opposent \u00e0 la bourgeoisie et luttent pour son renversement\u00a0; des partis politiquement bourgeois parce qu\u2019ils acceptent le cadre du capitalisme. Mais, dans la vie, certains partis se situent entre les organisations de la bourgeoisie et les partis r\u00e9volutionnaires\u00a0: soit qu\u2019ils ne sont pas all\u00e9s jusqu\u2019au bout de l\u2019opposition \u00e0 la bourgeoisie\u00a0; soit que, n\u00e9s r\u00e9volutionnaires, ils ont r\u00e9gress\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ouvrier bourgeois\u00a0\u00bb est \u00e9videmment une contradiction. Ces partis sont, \u00e0 la fois, ouvriers, bourgeois et petits-bourgeois. La composition sociale n\u2019est qu\u2019un aspect de cette r\u00e9alit\u00e9 contradictoire. Auraient-ils disparu\u00a0? Le camarade n\u2019en mentionne aucun. Il a pourtant d\u00fb lire la phrase suivante (puisqu\u2019il cite ce texte de Trotsky)\u00a0:<\/p>\n<p><em>Tant que dominera le capital, la sociale-d\u00e9mocratie et le fascisme continueront \u00e0 exister dans des combinaisons diff\u00e9rentes.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0La r\u00e9volution allemande et la bureaucratie stalinienne\u00a0\u00bb, 1932, <em>Comment vaincre le fascisme<\/em>, Buchet-Chastel, p. 123)<\/p>\n<p>Parce qu\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019int\u00e9r\u00eats diff\u00e9rents de leur classe, les communistes ont toujours salu\u00e9 l\u2019apparition de syndicats et la cr\u00e9ation d\u2019un parti ouvrier, quelles que soient leurs limites. Une fois devenus communistes, Marx et d\u2019Engels se sont toujours \u00e9lev\u00e9s contre les sectes et ils ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la 1<sup>e<\/sup> Internationale (AIT) qui rassemblait tous les courants du mouvement ouvrier de 1864 \u00e0 1871. Leur fraction est entr\u00e9e dans le premier parti ouvrier d\u2019Allemagne fond\u00e9 en 1863 par Lassalle (ADAV) et dans le parti ouvrier de Grande-Bretagne fond\u00e9 en 1881 par Hyndman (SDF), deux personnages pour lesquels Marx et Engels \u00e9prouvaient la plus grande m\u00e9fiance.<\/p>\n<p><em>Ce ne fut qu&rsquo;en 1862 que Lassalle arbora de nouveau le drapeau socialiste. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait plus le socialisme hardi du Manifeste\u00a0: ce que Lassalle demandait dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la classe ouvri\u00e8re, c&rsquo;\u00e9tait la production coop\u00e9rative assist\u00e9e par le cr\u00e9dit de l&rsquo;\u00c9tat\u2026 Le socialisme lassallien, on le voit, \u00e9tait bien modeste. N\u00e9anmoins, son apparition sur la sc\u00e8ne marque le point de d\u00e9part de la deuxi\u00e8me phase du socialisme en Allemagne, car le talent, la fougue, l&rsquo;\u00e9nergie indomptable de Lassalle r\u00e9ussirent \u00e0 cr\u00e9er un mouvement ouvrier, auquel se rattache, par des liens positifs ou n\u00e9gatifs, amicaux ou hostiles, tout ce qui pendant dix ans a remu\u00e9 le prol\u00e9tariat allemand.<\/em> (Friedrich Engels, \u00ab\u00a0Le Socialisme en Allemagne\u00a0\u00bb, 1891, Marx &amp; Engels, <em>Le Parti de classe<\/em>, Maspero, tome 4, p. 82)<\/p>\n<p>De leur temps, celui du capitalisme ascendant, Marx et Engels attribuent les insuffisances du mouvement ouvrier \u00e0 son immaturit\u00e9 des travailleurs, \u00e0 l\u2019influence de la religion ou de l\u2019\u00e9conomie politique et surtout aux liens avec les petits producteurs marchands dont le prol\u00e9tariat \u00e9tait alors issu (proudhonisme, bakouninisme\u2026). Mais, \u00e0 la fin du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Engels commence \u00e0 \u00e9tablir un lien entre l\u2019h\u00e9g\u00e9monie britannique sur le monde et les pratiques des chefs des syndicats de m\u00e9tier. Avec le d\u00e9clin du capitalisme, la classe dominante s\u2019efforce de prendre le contr\u00f4le des organisations fond\u00e9es par la classe ouvri\u00e8re, par l\u2019interm\u00e9diaire de leurs appareils (leurs dirigeants et leurs permanents).<\/p>\n<p>La bourgeoise imp\u00e9rialiste n\u2019est pas un \u00ab\u00a0tigre de papier\u00a0\u00bb, comme l\u2019affirme le manifeste de la LIT en reprenant l\u2019image pittoresque mais simpliste de Mao Zedong (<em>Courrier International,<\/em> p.\u00a019)\u00a0:<\/p>\n<p><em>La bourgeoisie, bien qu\u2019elle soit en compl\u00e8te contradiction avec les exigences du progr\u00e8s de l\u2019histoire, n\u2019en reste pas moins la classe la plus puissante. Paradoxalement, on peut affirmer que la bourgeoisie atteint le maximum de ses capacit\u00e9s politiques, de la concentration de forces et de ressources, de moyens politiques et militaires de tromperie, de coercition et de provocation, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9panouissement de sa strat\u00e9gie de classe, au moment o\u00f9 elle est menac\u00e9e directement du renversement social.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0Une \u00e9cole de strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, juillet 1921, <em>The 5 first years of the Communist International,<\/em> New Park, t.\u00a02, p.\u00a04)<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0partis ouvriers bourgeois\u00a0\u00bb sont justement une expression de la domination de la classe exploiteuse sur la classe exploit\u00e9e qui se d\u00e9veloppe lors de la phase de d\u00e9clin du capitalisme. Dans ce cas, cela prend la forme de la corruption et de l\u2019int\u00e9gration des organisations que les exploit\u00e9s ont cr\u00e9\u00e9es au sein des soci\u00e9t\u00e9s capitalistes. Les appareils des syndicats et des partis deviennent des bureaucraties petites-bourgeoises qui servent d\u2019agents \u00e0 la bourgeoisie au sein de la classe ouvri\u00e8re. Parler de \u00ab\u00a0ouvrier-bourgeois\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0r\u00e9formisme\u00a0\u00bb n\u2019est donc pas un compliment\u00a0: ce sont des termes qui d\u00e9signent des tra\u00eetres, des agents de l\u2019ennemi au sein de notre classe.<\/p>\n<p>Lors de la r\u00e9volution russe de 1917, le Parti bolchevik, en g\u00e9n\u00e9ral, n\u2019use pas du terme \u00ab\u00a0ouvrier bourgeois\u00a0\u00bb pour le Parti socialiste r\u00e9volutionnaire et le Parti menchevik, mais de \u00ab\u00a0petits-bourgeois\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0conciliateurs\u00a0\u00bb. En m\u00eame temps, L\u00e9nine les situe, surtout le Parti menchevik, comme la forme locale d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne mondial, qu\u2019il nomme parfois \u00ab\u00a0partis ouvriers bourgeois\u00a0\u00bb, \u00e0 la suite de Daniel De Leon (mort en 1914).<\/p>\n<p><em>Les institutions politiques du capitalisme moderne \u00a0 la presse, le Parlement, les syndicats, les congr\u00e8s, etc. \u00a0 ont cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intention des ouvriers et des employ\u00e9s r\u00e9formistes et patriotes, respectueux et bien sages, des privil\u00e8ges et des aum\u00f4nes politiques correspondant aux privil\u00e8ges et aux aum\u00f4nes \u00e9conomiques. Les sin\u00e9cures lucratives et de tout repos dans un minist\u00e8re ou au comit\u00e9 des industries de guerre, au Parlement et dans diverses commissions, dans les r\u00e9dactions de \u00ab solides \u00bb journaux l\u00e9gaux ou dans les directions de syndicats ouvriers non moins solides et \u00ab d&rsquo;ob\u00e9dience bourgeoise \u00bb,\u00a0 voil\u00e0 ce dont use la bourgeoisie imp\u00e9rialiste pour attirer et r\u00e9compenser les repr\u00e9sentants et les partisans des \u00ab partis ouvriers bourgeois \u00bb.<\/em> (Vladimir L\u00e9nine, L&rsquo;Imp\u00e9rialisme et la scission du socialisme, 1916, <em>\u0152uvres<\/em>, Progr\u00e8s, t.\u00a023, p.\u00a0129)<\/p>\n<p>Ce terme essaie de rendre compte de la domination directe de la bourgeoisie nationale, via son Etat, sur les partis ouvriers et sur les syndicats. La trahison des principaux partis ouvriers et l\u2019\u00e9vanouissement de la 2<sup>e<\/sup> Internationale en 1914 justifient la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle internationale ouvri\u00e8re. Alors que le Parti travailliste ou le PS-SFIO n\u2019avaient qu\u2019une activit\u00e9 \u00e9lectorale et propagandiste, les sections de la 3<sup>e<\/sup> Internationale sont des partis militants.<\/p>\n<p>Mais la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l\u2019URSS va entra\u00eener l\u2019apparition d\u2019un autre type de \u00ab\u00a0parti ouvrier bourgeois\u00a0\u00bb, les partis staliniens et les syndicats qu\u2019ils contr\u00f4lent, qui servent l\u2019ordre bourgeoise par un lien indirect avec la bourgeoisie mondiale, par l\u2019interm\u00e9diaire de la bureaucratie devenue ma\u00eetresse de l\u2019Etat ouvrier isol\u00e9.<\/p>\n<p>Dans l\u2019Etat ouvrier d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, le stalinisme se confond avec l\u2019appareil d\u2019Etat. Dans les pays capitalistes, la sociale-d\u00e9mocratie est plus int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat bourgeois que le stalinisme, mais celui-ci joue un r\u00f4le contre-r\u00e9volutionnaire plus r\u00e9solu face aux mouvements des masses. Le totalitarisme en URSS et en Chine, l\u2019\u00e9crasement des r\u00e9volutions politiques d\u2019Europe centrale, les pratiques des partis staliniens dans les pays capitalistes repoussent du communisme et contribuent \u00e0 maintenir les partis sociaux-d\u00e9mocrates et les directions syndicales du m\u00eame type.<\/p>\n<p>Les anciens partis \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb des pays capitalistes ne sont plus \u00e0 proprement parler staliniens dans le mesure o\u00f9, sous la pression de la bourgeoisie mondiale, les bureaucraties au pouvoir ont d\u00e9truit les \u00c9tats ouvriers et restaur\u00e9 le capitalisme. En Europe, rien ne diff\u00e9rencie plus les derniers partis de masse issus du stalinisme de la sociale-d\u00e9mocratie traditionnelle\u2026 Quant aux partis uniques qui servaient de paravent \u00e0 la bureaucratie, ils ont engendr\u00e9 toutes sortes de partis\u00a0: partis bourgeois (y compris fascisants) ou partis de type social-d\u00e9mocrate\u2026<\/p>\n<p>En France, en 1935-1936, la jeune g\u00e9n\u00e9ration ouvri\u00e8re a rejoint le PS-SFIO et surtout le PCF. En 1943-1945, la nouvelle a gonfl\u00e9 les rangs du PS-SFIO et encore plus ceux due PCF. Par contre, en 1968, les jeunes travailleurs m\u00e9prisaient la SFIO et se m\u00e9fiaient du PCF. En 1981, les illusions \u00e9taient pourtant grandes dans la victoire de Mitterrand et dans ce qui \u00e9tait per\u00e7u par les massas comme l\u2019unit\u00e9 du PS et du PCF. Elles sont retomb\u00e9es, sans qu\u2019une autre voie ait \u00e9t\u00e9 trac\u00e9e, sans qu\u2019un parti ouvrier r\u00e9volutionnaire soit construit. Dans le monde entier, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les directions syndicales se sont associ\u00e9es aux licenciements, aux baisses de salaires, aux allongements du temps de travail et les partis r\u00e9formistes ont de fait attaqu\u00e9 les conqu\u00eates sociales quand ils ont acc\u00e9d\u00e9 au pouvoir, seuls ou avec des partis bourgeois. Cela a certainement distendu les liens entre les masses des pays capitalistes et les bureaucraties ouvri\u00e8res. Mais elles n\u2019ont pas disparu pour autant.<\/p>\n<p>En France, l\u2019\u00e9lectorat du PCF a fondu au profit du PS et de \u00ab\u00a0l\u2019extr\u00eame gauche\u00a0\u00bb. Les pablistes et les hardystes avaient succomb\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie stalinienne des ann\u00e9es 1940-1950, mais le PCF se r\u00e9tr\u00e9cit et vieillit alors que le PS a surv\u00e9cu. D\u2019o\u00f9 la paralysie de LO dont la perspective de redressement du PCF devient ridicule et l\u2019abandon de cette strat\u00e9gie par la LCR qui s\u2019engage vers un parti \u00ab\u00a0large\u00a0\u00bb pour tenter d\u2019occuper la place laiss\u00e9e vide par le stalinisme (NPA).<\/p>\n<p>\u00c0 cause de la puissance de la bourgeoisie et, contradictoirement, de la lutte du prol\u00e9tariat, le rapport des bureaucraties ouvri\u00e8res \u00e0 la classe ouvri\u00e8re varie au fil du temps. Dans ces processus, il arrive parfois que des individus, des fractions de partis ou de syndicats d\u2019origine ouvri\u00e8re et m\u00eame des partis entiers, disparaissent ou rallient ouvertement la bourgeoisie. La scission des \u00ab\u00a0n\u00e9o-socialistes\u00a0\u00bb du PS-SFIO qu\u2019a connue Trotsky en est un exemple\u00a0; plus tard, une fraction du PS-SFIO et une fraction du PCF sont devenus carr\u00e9ment fascistes \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930. Les cas les plus r\u00e9cents en Europe sont la fusion d\u2019une ancienne minorit\u00e9 du Parti travailliste britannique (SDP) avec le Parti lib\u00e9ral pour fonder les Liberal Democrats en 1988 et la fusion de l\u2019ancienne majorit\u00e9 du parti stalinien d\u2019Italie (DS) avec une fraction de l\u2019ancien parti d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien (La Margherita) pour fonder le Partito Democratico en 2007.<\/p>\n<p>Mais, pour l\u2019instant, en France, le parti qui s\u2019appelle \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb depuis son origine, qui a des liens avec le syndicalisme (surtout avec l\u2019UNEF et l\u2019UNSA, mais aussi la CFDT et FO), qui vit des voix des travailleurs, reste un parti ouvrier bourgeois. Le PS et le PCF utilisent g\u00e9n\u00e9ralement la couleur rouge et il arrive encore aux r\u00e9unions du MJS et du PCF d\u2019entonner <em>L\u2019Internationale, <\/em>ce que je n\u2019ai jamais vu faire \u00e0 un parti bourgeois.<\/p>\n<p>Le radicalisme de la phrase ne supprime pas la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9formisme. Sur le papier, les sectes peuvent supprimer toute nature ouvri\u00e8re aux syndicats ou aux partis r\u00e9formistes\u00a0: cela n\u2019emp\u00eache pas ces derniers de repr\u00e9senter, de diriger et de trahir. Les \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb qui les jettent aux oubliettes alors que la classe ouvri\u00e8re ne l\u2019a pas encore fait, leur rendent le plus grand service et d\u00e9sarment la classe ouvri\u00e8re. La classe ouvri\u00e8re ne se d\u00e9barrassera pas des directions tra\u00eetres spontan\u00e9ment, mais \u00e0 l\u2019aide du parti r\u00e9volutionnaire. Car la bourgeoisie a besoin d\u2019agents au sein de la classe ouvri\u00e8re quand elle ne l\u2019\u00e9crase pas par la botte du fascisme. Au cas o\u00f9 les anciens \u00ab\u00a0partis ouvriers bourgeois\u00a0\u00bb ne pourraient plus jouer ce r\u00f4le, des candidats se proposent \u00e0 la clase dominante pour les remplacer\u00a0: les \u00ab\u00a0partis larges\u00a0\u00bb \u00e0 programme minimum cr\u00e9\u00e9s par les \u00ab\u00a0trotskystes\u00a0\u00bb, les organisations de ch\u00f4meurs et les nouveau syndicats fond\u00e9s par les \u00ab\u00a0trotskystes\u00a0\u00bb, les fronts populaires auxquels ils participent ou qu\u2019ils forment eux-m\u00eames en sont la preuve.<\/p>\n<p>La crise de direction de la classe ouvri\u00e8re s\u2019est consid\u00e9rablement aggrav\u00e9e avec la destruction de la 4<sup>e<\/sup> Internationale en 1951-53 et la restauration du capitalisme en Russie en 1991-92. Pour avancer vers la r\u00e9solution de la crise de direction, dans cette situation difficile, il faut rejeter les mystifications de Lambert ou de Moreno, comme \u00ab\u00a0l\u2019absence de repr\u00e9sentation politique\u00a0\u00bbou \u00ab\u00a0le vide de direction\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>J\u2019esp\u00e8re que les camarades du Br\u00e9sil et d\u2019Argentine seront rassur\u00e9s sur la conformit\u00e9 de la politique du Groupe bolchevik \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de la 4<sup>e<\/sup> Internationale et qu\u2019ils trouveront dans cette r\u00e9ponse mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion pour leur propre intervention.<\/p>\n<p><em>La science veut d\u2019abord que l\u2019on tienne compte de l\u2019exp\u00e9rience des autres pays\u2026 Elle veut, en second lieu, qu\u2019on tienne compte de toutes les forces\u00a0: groupes, partis, classes et masses agissant dans le pays au lieu de d\u00e9terminer la politique uniquement d\u2019apr\u00e8s les d\u00e9sirs et opinions\u2026<\/em> (Vladimir L\u00e9nine, <em>La Maladie infantile du communisme, le \u00ab\u00a0gauchisme\u00a0\u00bb<\/em>, avril 1920, Editions Sociales, p. 75)<\/p>\n<p>La crise de direction vient du contr\u00f4le, au compte de la classe dominante, par des bureaucraties des organisations ouvri\u00e8res, c\u2019est-\u00e0-dire fond\u00e9es par la classe ouvri\u00e8re. Si les mots ont un sens, un parti bourgeois ne trahit pas le prol\u00e9tariat\u00a0; donc, les partis bourgeois ne sont pas la cause de la \u00ab\u00a0crise de la direction r\u00e9volutionnaire du prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb que nous avons \u00e0 r\u00e9soudre. Seuls le fascisme et la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne suppriment cette base objective du r\u00e9formisme. En France, le PCF et surtout le PS conservent la confiance de millions de travailleurs mais ne peuvent que les tromper. Dans nombre de pays d\u2019Am\u00e9rique, des partis ouvriers bourgeois anciens (Parti communiste chilien et Parti socialiste du Chili, par exemple) ou plus r\u00e9cents ((Partido dos Trabalhadores du Br\u00e9sil, par exemple) jouent toujours un r\u00f4le funeste, \u00e0 cause de la marginalit\u00e9 puis de la disparition de la 4<sup>e<\/sup> Internationale. En outre, les vieux partis sociaux-d\u00e9mocrates europ\u00e9ens jouent un certain r\u00f4le en Am\u00e9rique latine, au compte de l\u2019Union europ\u00e9enne\u00a0; de m\u00eame, les partis staliniens qui tentent de se reconvertir en partis sociaux-d\u00e9mocrates (PRC d\u2019Italie, PCF de France, PDS d\u2019Allemagne\u2026) se sont efforc\u00e9s de se rendre utiles \u00e0 leur bourgeoisie \u00e0 travers le Forum social mondial.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0front des r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb des r\u00e9visionnistes du programme et des liquidateurs de la 4<sup>e<\/sup> Internationale abandonne la t\u00e2che d\u2019affronter les directions tra\u00eetresses et d\u00e9bouche sur l\u2019adaptation \u00e0 celles-ci. Pour r\u00e9soudre la crise de direction, il faut construire un parti d\u00e9limit\u00e9 du centrisme, qui combat le r\u00e9formisme par des tactiques appropri\u00e9es au lieu de nier son existence.<\/p>\n<p><em>L\u2019intransigeance politique et une politique souple de front unique constituent deux armes pour atteindre un sel et m\u00eame but.<\/em> (L\u00e9on Trotsky, \u00ab\u00a0Centrisme et 4<sup>e<\/sup> Internationale\u00a0\u00bb, 1934, \u0152uvres t.\u00a03, EDI, p.\u00a0239)<\/p>\n<p>Si nous voulons r\u00e9soudre la crise de direction r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re, il faut liquider en pratique l\u2019obstacle des vieux appareils et d\u00e9masquer aussi les \u00e9pigones de feue la 4<sup>e<\/sup> Internationale qui tentent de fournir \u00e0 la bourgeoisie des front populaires et de nouveaux partis r\u00e9formistes.<\/p>\n<p><em>Les \u00ab partis ouvriers bourgeois \u00bb, en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne politique, se sont d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9s dans tous les pays capitalistes avanc\u00e9s, et sans une lutte d\u00e9cisive et implacable, sur toute la ligne, contre ces partis ou, ce qui revient au m\u00eame, contre ces groupes, ces tendances, etc., il ne saurait \u00eatre question ni de lutte contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme, ni de marxisme, ni de mouvement ouvrier socialiste.<\/em> (Vladimir L\u00e9nine, L&rsquo;Imp\u00e9rialisme et la scission du socialisme, 1916, \u0152uvres, Progr\u00e8s, t.\u00a023, p.\u00a0130)<\/p>\n<p>Avec mon salut internationaliste,<\/p>\n<p>Valentina Cohen<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9ponse au camarade Antonio B\u00f3rmida Ne pas croire que ce qui a fait temps pour nous a fait son temps pour la classe Chers camarades de la LSI, Au nom&#8230; <a href=\"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/2008\/08\/30\/lettre-au-prs-argentine-et-a-la-lsi-aout-2008\/\">Read more &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-498","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/498","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=498"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/498\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":499,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/498\/revisions\/499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=498"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}