{"id":1349,"date":"2020-01-02T12:00:50","date_gmt":"2020-01-02T11:00:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/?p=1349"},"modified":"2026-09-07T21:34:43","modified_gmt":"2026-09-07T19:34:43","slug":"coup-detat-pro-imperialiste-en-bolivie-au-nom-de-la-bible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/2020\/01\/02\/coup-detat-pro-imperialiste-en-bolivie-au-nom-de-la-bible\/","title":{"rendered":"Coup d\u2019\u00c9tat pro-imp\u00e9rialiste en Bolivie au nom de la Bible"},"content":{"rendered":"<div id='corps_texte'>\n<h3>Les luttes de classe en Am\u00e9rique latine et l\u2019imp\u00e9rialisme dominant<\/h3>\n<p>L\u2019Am\u00e9rique latine est un sous-continent qui est depuis longtemps un laboratoire des r\u00e9volutions, des contre-r\u00e9volutions, des luttes d\u2019ind\u00e9pendance, des luttes de classes exacerb\u00e9es et des coups d\u2019\u00c9tat.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nToute l\u2019Am\u00e9rique est depuis longtemps capitaliste. La soci\u00e9t\u00e9 y est divis\u00e9e entre bourgeoisie, classes petites-bourgeoises, prol\u00e9tariat. Certes, le salariat n\u2019est pas la seule forme d\u2019exploitation en Am\u00e9rique du Sud et en Am\u00e9rique centrale mais l\u2019esclavagisme contemporain, le p\u00e9onage, le m\u00e9tayage, l\u2019emploi domestique\u2026 sont subordonn\u00e9s aux rapports de production capitalistes mondiaux. <\/p>\n<p>En 1823, le gouvernement \u00e9tasunien a d\u00e9fini le sous-continent latino-am\u00e9ricain comme son \u00ab<em> arri\u00e8re-cour <\/em>\u00bb : exploiter tout ce qui est exploitable via des gouvernements bourgeois qui se consid\u00e9raient comme \u00e9tant les pr\u00e9fets d\u2019une colonie. Par cons\u00e9quent, l\u2019accumulation du capital y est relativement faible, le surproduit r\u00e9sultant de l\u2019exploitation des ouvriers et des paysans \u00e9tant accapar\u00e9 en partie par le capital \u00e9tranger ; cependant, il existe des capitalistes dans l\u2019agriculture, le commerce, la banque, les m\u00e9dias, la construction, l\u2019industrie manufacturi\u00e8re\u2026 En profitant de la taille du pays, de ses ressources naturelles, de sa position g\u00e9ographique, certains ont pu d\u00e9velopper une base industrielle et m\u00eame des entreprises capitalistes de grande taille : Br\u00e9sil, Mexique, Argentine\u2026 <\/p>\n<p><em>Les int\u00e9r\u00eats de du capital \u00e9tranger et ceux du capital national ne sont pas toujours les m\u00eames et ils entrent parfois en conflit de mani\u00e8re aigu\u00eb. Aussi est-il possible que, dans des conditions favorables, le capital national s\u2019oppose aux exigences du capital \u00e9tranger. (Trotsky, Discussion sur l\u2019Am\u00e9rique latine, 4 novembre 1938)<\/em><\/p>\n<p>M\u00eame dans ce cas, la base \u00e9conomique et sociale de la classe exploiteuse locale est plus faible que celle des pays imp\u00e9rialistes, ce qui explique l\u2019instabilit\u00e9 des r\u00e9gimes politiques et l\u2019immixtion r\u00e9currente de l\u2019arm\u00e9e dans la vie politique. <\/p>\n<p>La bourgeoisie nationale est \u00e9cartel\u00e9e entre deux orientations :<\/p>\n<ul>\n<li>capituler devant la domination \u00e9trang\u00e8re, se contenter d\u2019une partie r\u00e9duite de la plus-value sociale, se placer \u00e0 l\u2019abri de la protection am\u00e9ricaine contre les masses ; <\/li>\n<li>affirmer son ind\u00e9pendance, arracher une part plus grande de l\u2019exploitation des ouvriers et des paysans de son pays, s\u2019appuyer sur une autre puissance imp\u00e9rialiste (Espagne et Union europ\u00e9enne, Chine\u2026). <\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019orientation pr\u00e9dominante \u00e0 un moment donn\u00e9 dans un \u00c9tat donn\u00e9 d\u00e9pend des moyens de chantage et du degr\u00e9 de pression de l\u2019imp\u00e9rialisme yanqui, des rivalit\u00e9s imp\u00e9rialistes dans le monde, du poids respectif des fractions de la classe dominante locale, de leur rapport \u00e0 la classe ouvri\u00e8re et aux diff\u00e9rentes classes interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, la bourgeoisie nationale est incapable de vaincre l\u2019imp\u00e9rialisme parce qu\u2019elle refuse de mobiliser et d\u2019armer les masses populaires de son propre \u00c9tat, craignant pour sa propri\u00e9t\u00e9. Elle ne peut pas non plus s\u2019appuyer sur le prol\u00e9tariat international pour affaiblir son adversaire imp\u00e9rialiste. <\/p>\n<p><em>L\u2019APRA dit qu\u2019il n\u2019y a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 marcher main dans la main avec les ouvriers des \u00c9tats-Unis\u2026 La v\u00e9ritable raison de cette attitude, c\u2019est leur recherche de la protection de la Maison blanche. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une faute id\u00e9ologique, voire d\u2019une erreur. C\u2019est un calcul de la bourgeoisie nationale du P\u00e9rou. (Trotsky, Discussion sur l\u2019Am\u00e9rique latine, 4 novembre 1938)<\/em><\/p>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, le PRM-PRI au Mexique, l\u2019APRA au P\u00e9rou, le MNR en Bolivie, le PJ en Argentine, le FSLN au Nicaragua\u2026 passent de l\u2019anti-imp\u00e9rialisme proclam\u00e9 et de la mobilisation limit\u00e9e des masses \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre bourgeois et \u00e0 la recherche de compromis avec la bourgeoisie h\u00e9g\u00e9monique. Seule la classe ouvri\u00e8re peut assurer l\u2019ind\u00e9pendance nationale, en s\u2019alliant aux paysans travailleurs, aux travailleurs citadins du secteur informel et aux \u00e9tudiants.<\/p>\n<p>Une seule fois, la lutte nationale m\u00e8ne \u00e0 une r\u00e9volution sociale, \u00e0 Cuba de 1959 \u00e0 1961. Le mouvement nationaliste petit-bourgeois de Castro est contraint d\u2019armer le peuple et d\u2019exproprier le capital pour r\u00e9sister \u00e0 la menace am\u00e9ricaine. Un \u00c9tat ouvrier \u00e9merge, \u00e0 proximit\u00e9 de l\u2019imp\u00e9rialisme le plus puissant, gr\u00e2ce \u00e0 la mont\u00e9e r\u00e9volutionnaire continentale et mondiale, en s\u2019appuyant sur l\u2019URSS. La \u00ab<em> 4e Internationale <\/em>\u00bb de Mandel, Hansen et Moreno se rallie au castrisme, s\u2019oppose \u00e0 la construction d\u2019un parti ouvrier r\u00e9volutionnaire \u00e0 Cuba et pr\u00e9conise la gu\u00e9rilla rurale en Am\u00e9rique latine. Mais l\u2019usurpation du pouvoir par la bureaucratie stalinienne en URSS facilite la bureaucratisation de l\u2019\u00c9tat ouvrier cubain. Guevara quitte l\u2019\u00eele et tente, en vain, de r\u00e9p\u00e9ter la gu\u00e9rilla paysanne (foquisme), d\u2019abord au Congo-Kinshasa ensuite en Bolivie. La seule victoire de toute l\u2019histoire de l\u2019arm\u00e9e bolivienne est l\u2019\u00e9crasement de cette gu\u00e9rilla en 1967 avec l\u2019aide des services secrets et de l\u2019arm\u00e9e des \u00c9tats-Unis. <\/p>\n<p>L\u2019assassinat du Che et l\u2019\u00e9chec g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de l\u2019OLAS contribuent \u00e0 aligner Cuba sur l\u2019URSS. En 1968, Castro ignore la crise r\u00e9volutionnaire en France, il s\u2019oppose au d\u00e9but de r\u00e9volution antibureaucratique en Tch\u00e9coslovaquie et il refuse m\u00eame de condamner le massacre des \u00e9tudiants au Mexique. En 1969, le Parti communiste cubain soutient celui de l\u2019URSS contre celui de la Chine. Castro contribue directement, en utilisant le prestige de la r\u00e9volution cubaine, \u00e0 l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne en Bolivie en 1971, au Chili en 1972-1973, au Nicaragua en 1979-1980\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la r\u00e9volution cubaine, les \u00c9tats-Unis organisent de mani\u00e8re syst\u00e9matique la contre-r\u00e9volution afin de ne pas perdre leur h\u00e9g\u00e9monie en Am\u00e9rique latine. Ils aident les coups d\u2019\u00c9tat de la bourgeoisie pro-imp\u00e9rialiste et de l\u2019\u00e9tat-major au Br\u00e9sil en 1964 (mar\u00e9chal Branco), en Bolivie (colonel Banzer en 1971), en Argentine (g\u00e9n\u00e9ral Videla en 1976), au Chili (g\u00e9n\u00e9ral Pinochet)&#8230; Suite \u00e0 ces coups d\u2019\u00c9tat militaires, toutes les organisations de la classe ouvri\u00e8res sont dissoutes, de nombreux militants sont tortur\u00e9s, tu\u00e9s, mis en prison ou pouss\u00e9s \u00e0 l\u2019exil. \u00c0 la suite des putschs militaires, l\u2019Am\u00e9rique du Sud devient le laboratoire d\u2019application des politiques \u00ab<em> n\u00e9o-lib\u00e9rales <\/em>\u00bb : ouverture au capital \u00e9tranger, liquidation des acquis sociaux. Les masses s\u2019enfoncent dans la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>La dislocation de la 4e Internationale, le r\u00e9tablissement du capitalisme en Russie, l\u2019affaiblissement du mouvement ouvrier ont facilit\u00e9, \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXIe, l\u2019apparition d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de mouvements bourgeois \u00ab<em> anti-imp\u00e9rialistes <\/em>\u00bb \u00e0 base populaire, soulevant l\u2019enthousiasme des h\u00e9ritiers du stalinisme et de plusieurs courants r\u00e9visionnistes du trotskysme (TMI grantiste, LIS mor\u00e9niste, QI pabliste\u2026). <\/p>\n<p>Quand les partis \u00ab<em> populistes de gauche <\/em>\u00bb ont acc\u00e9d\u00e9 au pouvoir (Alianza Pa\u00eds en \u00c9quateur, MVR-PSUV au Venezuela, MAS en Bolivie\u2026), ils ont gliss\u00e9 vers la r\u00e9action, ce qui a favoris\u00e9 les man\u0153uvres des partis fascisants et des gouvernements des \u00c9tats-Unis (qu\u2019ils soient du Parti d\u00e9mocrate ou du Parti r\u00e9publicain).<\/p>\n<h3>2003 : la crise r\u00e9volutionnaire en Bolivie<\/h3>\n<p>La Bolivie est un vaste pays (1 million km2), peu dense (11 millions d\u2019habitants), enclav\u00e9 (depuis la d\u00e9faite militaire devant le Chili en 1884), pauvre (le 4e le plus pauvre du continent). Sa bourgeoisie est tr\u00e8s majoritairement \u00ab<em> blanche <\/em>\u00bb (d\u2019origine europ\u00e9enne) alors que la population laborieuse est surtout am\u00e9rindienne (issue de 36 ethnies), surtout dans les Andes. D\u2019o\u00f9 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 nationale (d\u2019une part, les communaut\u00e9s indiennes \u00e9taient isol\u00e9es et paup\u00e9ris\u00e9es ; d\u2019autre part, les provinces de l\u2019est, les plus riches et les plus \u00ab<em> blanches <\/em>\u00bb acceptaient mal l\u2019autorit\u00e9 de La Paz), l\u2019instabilit\u00e9 de la domination bourgeoise : il y a eu 188 coups d\u2019\u00c9tat en Bolivie depuis la proclamation de l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Le pays abonde en ressources. Son agriculture est diversifi\u00e9e, elle inclut la culture de la coca dont la feuille est utilis\u00e9e traditionnellement mais aussi export\u00e9e comme mati\u00e8re premi\u00e8re de la coca\u00efne internationale. 90 % des terres du pays sont poss\u00e9d\u00e9es par 50 000 familles (blanches), le reste \u00e9tant r\u00e9parti entre 3 millions de petits paysans (am\u00e9rindiens). Les tourteaux de soja, produites par l\u2019industrie agro-alimentaire des grands propri\u00e9taires fonciers du d\u00e9partement de Santa Cruz, repr\u00e9sentaient 9 % des exportations de biens en 2018. <\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XXe si\u00e8cle, les compagnies multinationales p\u00e9troli\u00e8res ont trouv\u00e9 d\u2019\u00e9normes gisements de gaz.  Actuellement, plus de 77 % des exportations du pays sont des mati\u00e8res premi\u00e8res : 33 % de l\u2019\u00e9nergie, 26 % des minerais (or, \u00e9tain, argent\u2026). On a d\u00e9couvert r\u00e9cemment d\u2019\u00e9normes r\u00e9serves de lithium (un m\u00e9tal indispensable, entre autres, \u00e0 la fabrication des batteries : 2 \u00e0 3 g par t\u00e9l\u00e9phone, 20 kg par voiture \u00e9lectrique&#8230;), les plus grandes du monde. <\/p>\n<p>De 1990 \u00e0 2002, la petite bourgeoisie indig\u00e9niste prend la t\u00eate de grandes marches des peuples autochtones. Les cultivateurs de coca sont confront\u00e9s aux exigences d\u2019\u00e9radication des \u00c9tats-Unis. En 1997, Evo Morales, un dirigeant du syndicat des cultivateurs du coca, fonde le Movimiento al Socialismo (Mouvement vers le socialisme, MAS), un parti \u00e0 base paysanne qui sera rejoint par des bureaucrates des syndicats de salari\u00e9s et des anciens politiciens de \u00ab<em> la gauche <\/em>\u00bb dans un premier temps, puis des transfuges de \u00ab<em> la droite <\/em>\u00bb ensuite. Au nom du culte de la Pachamama (la d\u00e9esse Terre-m\u00e8re), le MAS adopte une posture \u00e9cologiste. <\/p>\n<p>Son \u00ab<em> socialisme <\/em>\u00bb n\u2019a rien \u00e0 voir avec le pouvoir des travailleurs. Le MAS, qui se pr\u00e9sente comme oppos\u00e9 aux partis, remplace la lutte entre les classes par l\u2019opposition entre \u00ab<em> le peuple <\/em>\u00bb (indig\u00e8ne) et \u00ab<em> l\u2019oligarchie <\/em>\u00bb (r\u00e9put\u00e9e antinationale). S\u2019il prend position contre l\u2019oppression s\u00e9culaire dont sont victimes les peuples am\u00e9rindiens, il veut les enfermer dans des \u00ab<em> communaut\u00e9s <\/em>\u00bb \u00e9ternelles. Le MAS vise \u00e0 remplacer le MNR, \u00e0 subordonner les prol\u00e9taires d\u2019origine am\u00e9rindienne \u00e0 la petite bourgeoisie indig\u00e9niste qui elle-m\u00eame se subordonne \u00e0 la grande bourgeoisie nationale.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Le Guomindang en Chine, le PRM au Mexique, l\u2019APRA au P\u00e9rou sont des organisations tout \u00e0 fait analogues. C\u2019est le front populaire sous la forme d\u2019un parti. (Trotsky, Discussion sur l\u2019Am\u00e9rique latine, 4 novembre 1938)<\/quote><\/p>\n<p>Entre 2000 et 2005, la Bolivie est le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une mont\u00e9e de la lutte des exploit\u00e9s et des opprim\u00e9s (ouvriers, paysans pauvres, \u00e9tudiants, travailleurs ind\u00e9pendants du secteur informel\u2026). En juin 2002, Gonzalo S\u00e1nchez de Lozada, du Movimiento Nacionalista Revolucionario (Mouvement nationaliste r\u00e9volutionnaire, MNR) est \u00e9lu pr\u00e9sident avec 22,5 % des voix devant Morales (MAS) qui obtient 20,9 %. Le MNR remporte les \u00e9lections l\u00e9gislatives mais, faute de majorit\u00e9 parlementaire, doit s\u2019allier au Movimiento de Izquierda Revolucionaria (Mouvement de la gauche r\u00e9volutionnaire, MIR). <\/p>\n<p>Les mobilisations sont caus\u00e9es par un plan du gouvernement MNR-MIR \u2013dict\u00e9 par le FMI\u2013 qui pr\u00e9voyait la privatisation d\u2019entreprises publiques, l\u2019\u00e9radication de la coca, des hausses d\u2019imp\u00f4t, des baisses de salaires et de pensions. La d\u00e9cision de Lozada de livrer les gisements de gaz naturel \u00e0 un consortium de compagnies p\u00e9troli\u00e8res imp\u00e9rialistes d\u00e9clenche le processus r\u00e9volutionnaire. Des gr\u00e8ves g\u00e9n\u00e9rales illimit\u00e9es, des blocages de routes, des manifestations massives rassemblent les mineurs et tout l\u2019\u00e9ventail des travailleurs urbains, sous la direction de la Central Obrera Boliviana (Centrale ouvri\u00e8re bolivienne, COB). S\u2019y unissent en masse les paysans pauvres organis\u00e9s par la Confederaci\u00f3n Sindical \u00danica de Trabajadores Campesinos de Bolivia (Conf\u00e9d\u00e9ration syndicale unique des travailleurs de l\u2019agriculture de Bolivie, CSUTCB) qui constituent la base sociale et politique d\u2019Evo Morales.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 2003, l\u2019arm\u00e9e abat 34 personnes et en blesse plus de 200 lors de manifestations contre la cr\u00e9ation d\u2019un imp\u00f4t sur les bas salaires. <\/p>\n<p>En octobre, la r\u00e9pression des manifestations pour la nationalisation du gaz fait une soixantaine de morts et des centaines de bless\u00e9s. La mobilisation populaire oblige les directions de la COB, de la CSUTCB y de la Federaci\u00f3n de Juntas Vecinales (F\u00e9d\u00e9ration des comit\u00e9s de quartiers, FEJUVE) d\u2019El Alto (une ville prol\u00e9tarienne d\u2019un millions d\u2019habitants qui surplombe La Paz) \u00e0 constituer une \u00ab<em> direction unifi\u00e9e du mouvement <\/em>\u00bb qui appelle \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale illimit\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays. Des formes des formes d\u2019auto-organisation surgissent et l\u2019Assembl\u00e9e populaire n\u00e9e durant la r\u00e9volution de 1971 renait. Les masses chassent en octobre 2003 le pr\u00e9sident Lozada qui s\u2019enfuit aux \u00c9tats-Unis et laisse le pouvoir au vice-pr\u00e9sident Carlos Mesa (lui aussi MNR) [CoReP, Pour la r\u00e9volution socialiste en Bolivie, 10 juin 2005].<\/p>\n<p>Mais la classe ouvri\u00e8re \u00e0 la t\u00eate du mouvement et les masses populaires sont trahisons par les appareils de la COB et de la CSUTCB qui, avec le MAS, ent\u00e9rinent le gouvernement de Mesa et d\u00e9mobilisent, facilitant une sortie politique qui sauve, une fois de plus, l\u2019\u00c9tat bourgeois.<\/p>\n<p>En avril 2006, la SL des \u00c9tats-Unis (qui prend toujours la Chine pour un \u00c9tat ouvrier) d\u00e9cr\u00e8te qu\u2019il n\u2019y a plus de classe ouvri\u00e8re en Bolivie (et implicitement donc aucune perspective de r\u00e9volution sociale). La classe ouvri\u00e8re n\u2019a pas plus disparu que la bourgeoisie. <\/p>\n<p><quote class='citations'>La soci\u00e9t\u00e9 latino-am\u00e9ricaine, comme toute soci\u00e9t\u00e9 (d\u00e9velopp\u00e9e ou arri\u00e9r\u00e9e), es compos\u00e9e de trois classes : la bourgeoisie, la petite bourgeoisie et le prol\u00e9tariat. (Trotsky, Discussion sur l\u2019Am\u00e9rique latine, 4 novembre 1938)<\/quote><\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, lors de chaque crise r\u00e9volutionnaire (1952, 1971, 2003), malgr\u00e9 un effectif r\u00e9duit, les mineurs jouent un r\u00f4le central. Et le prol\u00e9tariat ne se limite pas aux travailleurs manuels des industries extractives. La classe ouvri\u00e8re joue un r\u00f4le social et politique bien plus grand que sa place dans les statistiques. Mais, faute de parti, elle est incapable de mener le mouvement \u00e0 la victoire, comme en Russie en octobre 1917. <\/p>\n<p>Historiquement, ses partis ont fait faillite. Le plus gros parce qu\u2019incarnant pour les masses la r\u00e9volution russe, mais en fait stalinien, le PIR-PCB, a abandonn\u00e9 la lutte nationale en 1941, ce qui a permis \u00e0 une partie de l\u2019arm\u00e9e d\u2019incarner l\u2019anti-imp\u00e9rialisme et \u00e0 la bourgeoisie anti-imp\u00e9rialiste (MNR) de s\u2019implanter alors dans les masses, y compris la classe ouvri\u00e8re. Son rival plus petit, mais implant\u00e9 chez les mineurs apr\u00e8s la 2e Guerre mondiale, le POR, section de la 4e Internationale, a \u00e9clat\u00e9 en 1954, victime de son opportunisme \u00e0 partir de 1947 devant le MNR, renforc\u00e9 par celui du secr\u00e9tariat r\u00e9visionniste de la 4e Internationale (Pablo, Mandel, Frank\u2026). Sa majorit\u00e9 pro-castriste, le POR dirig\u00e9 par Hugo Gonz\u00e1les Mosc\u00f3so qui publie Combate, la section officielle de la \u00ab<em> 4e Internationale <\/em>\u00bb, se lance dans la gu\u00e9rilla rurale. Il ne joue aucun r\u00f4le dans la r\u00e9volution de 1970-1971. Dans la minorit\u00e9, une fraction rejoint le MNR. Une autre, le POR dirig\u00e9 par Guillermo Lora, qui publie Masas, reste active dans la classe ouvri\u00e8re. Mais, durant le processus r\u00e9volutionnaire de 1970-71, le POR-Masas capitule, comme le PCB li\u00e9 \u00e0 Moscou, le PCB-ML li\u00e9 \u00e0 P\u00e9kin et l\u2019ELN li\u00e9e \u00e0 La Havane, devant le g\u00e9n\u00e9ral \u00ab<em> anti-imp\u00e9rialiste <\/em>\u00bb Jos\u00e9 Torres, ce qui facilite le coup d\u2019\u00c9tat sanglant du g\u00e9n\u00e9ral Hugo Banzer, appuy\u00e9 par le MNR, contre le prol\u00e9tariat d\u00e9sorient\u00e9 et d\u00e9sarm\u00e9. En exil, les POR adh\u00e8rent \u00e0 un front populaire, le Frente Revolucionario Anti-imperialista, constitu\u00e9 entre une aile de l\u2019arm\u00e9e bourgeoise autour de Torres, le MIR (une scission du MNR), d\u2019une part ; l\u2019ELN, le PCB, le PCB-ML, le MIR, le POR-Masas et le POR-Combate, de l\u2019autre. Le POR-Combate se d\u00e9sint\u00e8gre. En 1982, le POR-Masas appelle \u00e0 la \u00ab<em> bolivianisation de l\u2019arm\u00e9e <\/em>\u00bb et \u00e0 \u00ab<em> une arm\u00e9e au service de la classe ouvri\u00e8re <\/em>\u00bb. En 1985, ses candidats recueillent moins de 0,8 % des voix.<\/p>\n<p>En 2003, en l\u2019absence d\u2019une direction r\u00e9volutionnaire capable de guider les classes laborieuses, Evo Morales et le MAS captent la lutte populaire, \u00e9touffent les organes pr\u00e9-sovi\u00e9tiques et pr\u00e9parent leur arriv\u00e9e au pouvoir dans le cadre de la d\u00e9mocratie bourgeoise. Pour canaliser la r\u00e9bellion populaire, le gouvernement Mesa convoque des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales (pr\u00e9sidentielle et l\u00e9gislatives) anticip\u00e9es en 2005. <\/p>\n<h3>2005 : l\u2019\u00e9lection du premier pr\u00e9sident indig\u00e8ne bolivien<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 la campagne de l\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain contre Morales, celui-ci devient pr\u00e9sident (avec plus de 54 % des voix) et le MAS obtient 72 d\u00e9put\u00e9s (sur 130).<\/p>\n<p>Tout comme Hugo Ch\u00e1vez qui est arriv\u00e9 au pouvoir en 1998 au Venezuela, Morales se pr\u00e9sente en 2005 comme \u00ab<em> un r\u00e9volutionnaire bolivarien, un soutien du socialisme du XXI\u1d49 si\u00e8cle <\/em>\u00bb. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019un Am\u00e9rindien devient chef de l\u2019\u00c9tat en Bolivie. Mais il y avait d\u00e9j\u00e0 eu de 1993 \u00e0 1997 (gouvernement MNR-MRTKL) un vice-pr\u00e9sident indig\u00e8ne, Victor Hugo C\u00e1rdenas. De toute fa\u00e7on, l\u2019\u00e2ge, l\u2019ethnie, le genre ou l\u2019orientation sexuelle d\u2019un pr\u00e9sident (ou d\u2019un premier ministre) ne change rien \u00e0 la nature de l\u2019\u00c9tat. <\/p>\n<p>Evo Morales, adopte une posture bonapartiste d\u2019arbitre entre les classes laborieuses et la bourgeoisie, entre la bourgeoisie nationale et la bourgeoisie imp\u00e9rialiste.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Nous sommes dans la p\u00e9riode o\u00f9 la bourgeoisie nationale cherche \u00e0 obtenir un peu plus d\u2019ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des imp\u00e9rialistes \u00e9trangers. La bourgeoisie nationale est oblig\u00e9e de flirter avec les ouvriers, avec les paysans, et nous avons alors l\u2019homme fort du pays, orient\u00e9 \u00e0 gauche. (Trotsky, Discussion sur l\u2019Am\u00e9rique latine, 4 novembre 1938)<\/quote><\/p>\n<p>De 2005 \u00e0 2019, Morales tient un r\u00f4le d\u00e9cisif pour la continuit\u00e9 du mode de production capitaliste et de l\u2019\u00c9tat bourgeois. L\u2019id\u00e9ologue du MAS et vice-pr\u00e9sident Linera l\u2019explique tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la presse.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Le gouvernement du pr\u00e9sident Morales respecte la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, respecte la religion, respecte l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entrepreneur, garantit l\u2019enseignement priv\u00e9\u2026 (Garcia Linera, mars 2007)<\/quote><\/p>\n<p>Comme le parti nationaliste \u00e0 base indig\u00e8ne d\u2019Afrique du Sud (ANC), avec l\u2019aide du parti stalinien (SACP) et de la direction de la principale centrale syndicale (COSATU), a sauv\u00e9 le capitalisme en 1994 en \u00e9change de l\u2019accession \u00e0 la bourgeoisie d\u2019une minorit\u00e9 noire issue de leurs rangs, le MAS ne touche pas au capitalisme mais cr\u00e9e une bourgeoisie d\u2019origine am\u00e9rindienne.<\/p>\n<p>En mai 2006, le gouvernement annonce une r\u00e9forme agraire ambitieuse, pr\u00e9voyant la saisie sans indemnisation des terres non cultiv\u00e9es. Les grands propri\u00e9taires s\u2019y opposent par tous les moyens, sous la conduite de Reinaldo Diaz (chambre d\u2019agriculture d\u2019Orient) et de Fernando Camacho (pr\u00e9sident du comit\u00e9 civique de Santa Cruz), capitaliste et ancien membre de l\u2019UJC fasciste.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 2006, Morales convoque une assembl\u00e9e constituante pour rectifier la constitution de 1967. Les multiples facettes de la r\u00e9vision du trotskysme (pabliste, mor\u00e9niste, grantiste, cliffiste, lambertiste\u2026) se revendiquent du \u00ab<em> front unique anti-imp\u00e9rialiste <\/em>\u00bb et persistent \u00e0 r\u00e9clamer une assembl\u00e9e constituante dans des d\u00e9mocraties bourgeoises alors que ce mot d\u2019ordre n\u2019a un caract\u00e8re progressiste (d\u00e9mocratique radical) que dans les pays d\u00e9pourvus des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques \u00e9l\u00e9mentaires, comme la Russie d\u2019avant 1917, la Chine et l\u2019Inde des ann\u00e9es 1930. Sinon, c\u2019est un n\u0153ud coulant d\u00e9mocratique pass\u00e9 autour du cou du prol\u00e9tariat.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Le mot d\u2019ordre d\u2019une assembl\u00e9e nationale ou constituante conserve toute sa valeur dans des pays comme la Chine ou l\u2019Inde\u2026 Les formules de la d\u00e9mocratie ne sont pour nous que des mots d\u2019ordre passagers ou \u00e9pisodiques dans le mouvement ind\u00e9pendant du prol\u00e9tariat, et non un noeud coulant d\u00e9mocratique pass\u00e9 autour du cou du prol\u00e9tariat par les agents de la bourgeoisie. (4e Internationale, Programme de transition, 1938)<\/quote><\/p>\n<p>Comme le pluripartisme et les \u00e9lections libres sont proclam\u00e9s en Bolivie depuis 1938, que le suffrage universel a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 en 1952 sous la menace r\u00e9volutionnaire, la seule fonction de la constituante du MAS est d\u2019\u00e9carter le spectre de l\u2019Assembl\u00e9e populaire et de l\u00e9gitimer l\u2019\u00c9tat bourgeois. Selon l\u2019article 6, le drapeau multicolore adopt\u00e9 r\u00e9cemment par les mouvements indig\u00e9nistes des Andes, le wiphala, devient le second embl\u00e8me. La nouvelle constitution est un peu plus la\u00efque, le christianisme catholique impos\u00e9 par le colonisateur espagnol n\u2019\u00e9tant plus religion d\u2019\u00c9tat. S\u2019affichant \u00ab<em> plurinationale <\/em>\u00bb, elle instaure langues officielles l\u2019aymara, le quechua, le guarani, etc., promet plus d\u2019autonomie et facilite le r\u00e9f\u00e9rendum. Elle limite la pr\u00e9sidence \u00e0 deux mandats. Elle change la nomination des juges. Mais l\u2019appareil r\u00e9pressif de l\u2019\u00c9tat (arm\u00e9e et police) est intact (partie VII) et l\u2019article 56 garantit la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Le pouvoir ne r\u00e9forme ni le code du travail, ni la fiscalit\u00e9, ni la loi sur l\u2019h\u00e9ritage.<\/p>\n<p>La politique sociale du gouvernement indig\u00e9niste s\u2019inspire de celle de gouvernements de front populaire dirig\u00e9s par le PT r\u00e9formiste au Br\u00e9sil (2003-2011) tandis que la politique industrielle imite plut\u00f4t celle de la dictature militaire ant\u00e9rieure du m\u00eame pays (1964-1985).<\/p>\n<p>Le gouvernement fait voter une loi de nationalisation des hydrocarbures en mai 2006. Il s\u2019agit d\u2019une mesure progressiste, mais limit\u00e9e. La mesure concerne la mati\u00e8re premi\u00e8re, pas les filiales des groupes \u00e9trangers et leurs installations. L\u2019\u00c9tat bolivien modifie les contrats avec Repsol (Espagne), Total (France), Exxon (\u00c9tats-Unis), British Gas (Grande-Bretagne), Petrobras (Br\u00e9sil)&#8230; Il r\u00e9cup\u00e8re ainsi une part de la rente mini\u00e8re et \u00e9nerg\u00e9tique. Le gouvernement s\u2019en sert pour am\u00e9liorer les \u00e9quipements publics (routes, ponts, r\u00e9seau d\u2019irrigation, t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique El Alto-La Paz, r\u00e9seau de gaz, \u00e9coles, h\u00f4pitaux\u2026) et accorder des concessions aux masses : augmentation du salaire minimum, bons pour l\u2019\u00e9cole\u2026 <\/p>\n<p>En 2007, l\u2019\u00c9tat d\u00e9cide d\u2019\u00e9difier deux barrages hydro\u00e9lectriques en territoire indig\u00e8ne (El Chepte, El Bala). En 2008, il tente de mettre sur pied une entreprise de fabrication de batteries (YLB). <\/p>\n<p>De mai \u00e0 juin 2008, les gouverneurs de plusieurs d\u00e9partements de l\u2019est tenus par l\u2019opposition politique (Beni, Chuquisaca, Pando, Santa Cruz, Tarija) retournent la th\u00e9matique du MAS contre lui en s\u2019appuyant sur les Comit\u00e9s C\u00edvicos (comit\u00e9s civiques) non \u00e9lus qui servent \u00e0 mobiliser l\u2019opposition au MAS sous h\u00e9g\u00e9monie des grands propri\u00e9taires terriens et des capitalistes de l\u2019agro-alimentaire. Ils organisent des r\u00e9f\u00e9rendums pour renforcer leur autonomie. Le gouvernement r\u00e9pond par un r\u00e9f\u00e9rendum national en ao\u00fbt qu\u2019il gagne (67 % des votes pour) alors que les masses se mobilisent contre les s\u00e9paratistes et leurs bandes fascistes. En d\u00e9pit de ce r\u00e9sultat, les gouverneurs de la Media Luna tentent un coup de force en annon\u00e7ant la mise en \u0153uvre de l\u2019autonomie, l\u2019occupation des administrations publiques, le blocage des routes et des a\u00e9roports. Le 11 septembre 2008, un groupe de paysans qui se rendait \u00e0 Cobija est attaqu\u00e9 par les sbires du gouvernement r\u00e9gional du Pando qui en assassinent 19. S\u2019appuyant sur l\u2019indignation populaire, le gouvernement central parvient \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre. Il fait ratifier en janvier 2009 la nouvelle constitution (61 % des votes pour).<\/p>\n<h3>2009 : Morales capitule devant \u00ab<em> l\u2019oligarchie <\/em>\u00bb<\/h3>\n<p>Le MAS \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat, dans un premier temps, int\u00e8gre assez facilement les \u00ab<em> organisations sociales <\/em>\u00bb. Il les finance et conf\u00e8re des postes officiels aux dirigeants en \u00e9change de leur soutien. Il neutralise m\u00eame la COB. Il attaque les directions des organisations et impose ses candidats. Quand tout cela se r\u00e9v\u00e8le impossible, il les scissionne (CIDOB), voire tra\u00eene en justice les syndicalistes et les responsables indig\u00e8nes qui r\u00e9sistent. <\/p>\n<p>En 2009, Morales parle de \u00ab<em> r\u00e9conciliation nationale <\/em>\u00bb, comme en Espagne, Afrique du Sud, au Chili, en Argentine&#8230; <\/p>\n<p>Face \u00e0 la r\u00e9sistance des grands propri\u00e9taires fonciers \u2013repr\u00e9sent\u00e9s avant tout par comit\u00e9 civique de Santa Cruz, qui fut l\u2019appui civil du pronunciamiento du g\u00e9n\u00e9ral Banzer en 1971\u2013 le gouvernement renonce \u00e0 sa r\u00e9forme agraire. La d\u00e9forestation se poursuit \u00e0 grande \u00e9chelle en Amazonie bolivienne, \u00e0 raison de 300 000 ha par an. Elle sert \u00e0 l\u2019\u00e9levage et surtout \u00e0 la culture du soja destin\u00e9 \u00e0 l\u2019exportation. En d\u00e9cembre, les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales donnent 64,2 % \u00e0 Morales, 88 d\u00e9put\u00e9s sur 130 au MAS et 26 s\u00e9nateurs sur 36.<\/p>\n<p>En avril 2010, lors des \u00e9lections r\u00e9gionales et municipales, le MAS met parfois, en t\u00eate de ses listes, des politiciens \u00ab<em> de droite <\/em>\u00bb comme Luis Flores (Pando) ou Roberto Fern\u00e1ndez (Santa Cruz). Ces alliances suscitent des r\u00e9ticences au sein des paysans travailleurs qui ont \u00e9t\u00e9 victimes de leurs bandes fascistes.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 2009, le gouvernement autorise la construction d\u2019une nouvelle route \u00e0 travers le territoire indig\u00e8ne et le parc national Isiboro-Secure, confi\u00e9e au groupe capitaliste br\u00e9silien OAS. Apr\u00e8s des affrontements entre communaut\u00e9 indig\u00e8ne et police, une marche de 2 500 Am\u00e9rindiens \u00e0 La Paz en octobre 2011, Morales annule le projet.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2010, le gouvernement d\u00e9cr\u00e8te une hausse des tarifs de carburant \u00e0 laquelle s\u2019opposent le syndicat des transporteurs routiers (les patrons des nombreux bus) et aussi la principale centrale syndicale, la COB qui soutient pourtant le r\u00e9gime. Le pr\u00e9sident recule. <\/p>\n<p>Avec la crise capitaliste mondiale de 2008-2009, le prix des mati\u00e8res premi\u00e8res chute. En 2011, pour compenser, l\u2019\u00c9tat cherche \u00e0 augmenter les quantit\u00e9s export\u00e9es et autorise des recherches d\u2019hydrocarbures dans 11 des 22 zones prot\u00e9g\u00e9es. Deux organisations (CONAMAQ, CIDOB) se retirent du Pacto de Unidad des organisations indig\u00e8nes qui appuie le MAS.<\/p>\n<p>En 2012, les r\u00e9mun\u00e9rations des policiers sont augment\u00e9es de 20 %.<\/p>\n<p>En mai 2013, le gouvernement d\u00e9cide de modifier les retraites des salari\u00e9s. Il est confront\u00e9 \u00e0 la gr\u00e8ve des mineurs pour de meilleures pensions. Il envoie la police. Des centaines de mineurs, d\u2019ouvriers de l\u2019industrie, de travailleurs de la sant\u00e9 et de l\u2019enseignement sont matraqu\u00e9s inculp\u00e9s. Un compromis est pass\u00e9 avec la direction de la COB.<\/p>\n<p>En 2014, le gouvernement nomme l\u2019ancien pr\u00e9sident Mesa (2002-2005), notoirement li\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, porte-parole officiel de la Bolivie concernant sa plainte devant la Cour internationale de justice \u00e0 La Haye pour r\u00e9clamer au Chili un acc\u00e8s \u00e0 la mer. Une loi autorise le travail des enfants \u00e0 partir de 10 ans.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes de biens avec l\u2019\u00e9tranger deviennent d\u00e9ficitaires, comme avant la nationalisation du gaz.<\/p>\n<p>Morales est parvenu, en 2014, au terme des deux mandats pr\u00e9sidentiels successifs (2005, 2009) pr\u00e9vus par la constitution de 2009. Le Tribunal constitutionnel d\u00e9cide que la r\u00e8gle ne s\u2019applique qu\u2019apr\u00e8s sa promulgation, donc que Morales a le droit de se repr\u00e9senter \u00e0 ce qui ne serait qu\u2019un second mandat. <\/p>\n<p>Pour les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, Morales et le MAS ne m\u00e8nent plus campagne sous la rh\u00e9torique anti-imp\u00e9rialiste et anti-lib\u00e9rale, mais sous le slogan de la bonne gestion : \u00ab<em> Con Evo, vamos bien <\/em>\u00bb (avec Evo, nous nous portons bien). Parmi les candidats du MAS \u00e0 la d\u00e9putation, figure une nouvelle vague venue de l\u2019opposition : Carlos Subirana et Muriel Cruz (Santa Cruz), Francisco Navajas et Neila Lenz (Tarija), Milton Bar\u00f3n (Chuquisica). Inversement, d\u2019anciens soutiens du MAS rompent au point de se pr\u00e9senter contre lui : Fernando Vargas (Partido Verde) et Juan del Granado (MSM). Morales l\u2019emporte avec 61,4 % des suffrages et le MAS avec 88 d\u00e9put\u00e9s sur 130, 25 s\u00e9nateurs sur 36. Cependant, son \u00e9lectorat s\u2019effrite dans ses bastions (La Paz, Oruro, Potosi). Samuel Doria Medina recueille 24,2 % des voix et son UD, la principale coalition de l\u2019opposition bourgeoise, 32 d\u00e9put\u00e9s. Granado n\u2019obtient que 2,7 % et Vargas 2,6 %.<\/p>\n<p>En 2015, l\u2019\u00c9tat r\u00e9duit le temps de consultation des peuples indig\u00e8nes sur l\u2019exploitation du sous-sol \u00e0 45 jours dans les 22 zones prot\u00e9g\u00e9es, au lieu de 90 jours en 2007. 4 conscrits sont tu\u00e9s dans des casernes, sans jugement des responsables. Depuis 2004, 55 homosexuelles et homosexuels ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s, sans aucune condamnation.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 2016, Morales demande par r\u00e9f\u00e9rendum le droit de se pr\u00e9senter une 4e fois. L\u2019Organisation des \u00c9tats am\u00e9ricains (OEA), un organisme international sous influence des \u00c9tats-Unis, approuve l\u2019organisation du r\u00e9f\u00e9rendum car elle ne redoute rien de Morales. Avec une participation de plus de 84 %, il perd avec 51,3 % de non, ce qui refl\u00e8te le m\u00e9contentement populaire. Contre le vote, le Tribunal constitutionnel d\u00e9cide, le 28 novembre 2017, de supprimer la limitation de mandats pr\u00e9sidentiels.<\/p>\n<p>En juin 2018, Morales inaugure un nouveau palais pr\u00e9sidentiel de 12 \u00e9tages (120 m) qui surplombe le centre historique de La Paz. Il comprendrait deux \u00e9tages pour le chef de l&rsquo;\u00c9tat dont un appartement de 1 000 m2, avec ascenseur priv\u00e9, jacuzzi, sauna, salle de gym et salon de massage. <\/p>\n<p>En septembre 2019, les incendies ravagent plus de trois millions d\u2019hectares.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2018, le FMI f\u00e9licite la Bolivie.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 2019, le gouvernement conclut un partenariat avec le groupe capitaliste chinois Xinjiang TBEA pour exploiter les gisements de lithium de Coipa et de Pastos et produire des batteries\u2026 en Chine.<\/p>\n<h3>10 novembre 2019 : un coup d\u2019\u00c9tat orchestr\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e<\/h3>\n<p>Selon la constitution, il y a deux moyens d\u2019\u00eatre \u00e9lu d\u00e8s le premier tour : soit obtenir plus de 50 % des voix, soit arriver \u00e0 creuser un \u00e9cart d\u2019au moins 10 % avec le candidat suivant. <\/p>\n<p>En octobre 2019, Carlos Mesa, remis en selle en 2014 par le gouvernement du MAS, est candidat contre Morales aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales. Selon les premiers r\u00e9sultats, annonc\u00e9s le 20 octobre, Morales est en t\u00eate (45 %) mais pas assez pour \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 au premier tour (Mesa ayant presque 38 %). Dans la nuit du 20 au 21, des manifestants descendent dans la rue contre ce premier r\u00e9sultat, contest\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) et l\u2019Organisation des \u00c9tats am\u00e9ricains (OEA). Autrement dit, les puissances imp\u00e9rialistes occidentales, qui s\u2019\u00e9taient accommod\u00e9es de Morales de 2005 \u00e0 2019, jugent d\u00e9sormais qu\u2019il faut s\u2019en d\u00e9barrasser. Comme elles ont aid\u00e9 l\u2019arm\u00e9e en 2009 \u00e0 renverser Zelaya au Honfuras, \u00e0 destituer en 2016 la pr\u00e9sidente Rousseff au Br\u00e9sil [CoReP, Br\u00e9sil : front unique ouvrier et autod\u00e9fense contre le pr\u00e9sident fasciste et l\u2019\u00e9tat-major ! 5 novembre 2018] ; comme elles ont tent\u00e9 en vain en janvier 2019 de renverser le pr\u00e9sident du PSUV, affaibli par la d\u00e9pression \u00e9conomique, au Venezuela [CoReP, Imp\u00e9rialistes, bas les pattes devant le Venezuela ! 26 janvier 2019].<\/p>\n<p>Le 24 octobre, les r\u00e9sultats d\u00e9finitifs sont proclam\u00e9s : l\u2019ancien pr\u00e9sident serait r\u00e9\u00e9lu avec 10,57 % d\u2019avance (47 % des voix \u00e0 Morales, 36,5 % \u00e0 Mesa), sans besoin d\u2019un second tour. La majorit\u00e9 de la population, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, n\u2019y croit pas. Dans la rue, les soutiens de Morales, qui restent importants dans la paysannerie, se heurtent \u00e0 ses opposants, y compris ceux des couches populaires. M\u00eame \u00e0 El Alto (1 million d\u2019habitants), fief du soul\u00e8vement de 2000-2005, la population semble divis\u00e9e. Les comit\u00e9s civiques qui dirigent le mouvement sont h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes mais la plupart sont sous le contr\u00f4le des propri\u00e9taires fonciers et des capitalistes. Celui de Santa Cruz, dont le pr\u00e9sident est Camacho, mobilisent des bandes chr\u00e9tiennes-fascistes form\u00e9es d\u2019\u00e9tudiants riches et de d\u00e9class\u00e9s. D\u2019autres meneurs sont indig\u00e8nes, comme Marco Pumari, le pr\u00e9sident du comit\u00e9 civique de Potosi. Des policiers, majoritairement indig\u00e8nes, se mutinent et arrachent le wiphala de leur uniforme. Morales appelle l\u2019arm\u00e9e \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre et demande l\u2019arbitrage de l\u2019OEA.<\/p>\n<p>Les bandes arm\u00e9es attaquent les domiciles de Morales et d\u2019autres dirigeants du MAS, menacent leur famille. Camacho (comit\u00e9 civique de Santa Cruz), arbore un pistolet dans une main et une bible dans l\u2019autre. Le 10 novembre, l\u2019OEA juge qu\u2019il faut organiser de nouvelles \u00e9lections. Camacho pose au palais pr\u00e9sidentiel \u00e0 genoux devant une bible pos\u00e9e sur un drapeau bolivien et d\u00e9clare vouloir \u00ab<em> ramener Dieu au palais pr\u00e9sidentiel <\/em>\u00bb. Toujours le 10 novembre, la bureaucratie de la principale conf\u00e9d\u00e9ration de salari\u00e9s, la Central Obrera Boliviana (Centrale ouvri\u00e8re bolivienne, COB), demande \u00e0 Morales de \u00ab<em> d\u00e9missionner, si c&rsquo;est n\u00e9cessaire pour pacifier le pays <\/em>\u00bb. Le m\u00eame jour, le commandant en chef de l\u2019arm\u00e9e, Williams Kaliman, intime l\u2019ordre \u00ab<em> au pr\u00e9sident de l&rsquo;\u00c9tat de renoncer \u00e0 son mandat pr\u00e9sidentiel, afin de permettre la pacification et le maintien de la stabilit\u00e9 <\/em>\u00bb. <\/p>\n<p>Le soir du 10 novembre, Morales ob\u00e9it \u00e0 l\u2019\u00e9tat-major et d\u00e9missionne, ainsi que le vice-pr\u00e9sident Linera et les pr\u00e9sidents (MAS) de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s et du S\u00e9nat, dont les familles sont menac\u00e9es. Mesa salue \u00ab<em> la fin de la tyrannie <\/em>\u00bb. L\u2019ambassade du Venezuela est attaqu\u00e9e. La vice-pr\u00e9sidente raciste du S\u00e9nat, Jeanine \u00c1\u00f1ez (Movimiento Dem\u00f3crata Social), annonce, bible \u00e0 la main, qu\u2019elle sera pr\u00e9sidente par int\u00e9rim.<\/p>\n<p>Le 11 novembre, des milliers de paysans manifestent, y compris \u00e0 La Paz et El Alto, contre le putsch. Morales demande aux travailleurs de la sant\u00e9 et de l\u2019\u00e9ducation de cesser la gr\u00e8ve. <\/p>\n<p>Le 12 novembre, Morales et Linera s\u2019exilent au Mexique, des bandes chr\u00e9tiennes-fascistes occupent le palais pr\u00e9sidentiel et brulent le wiphala. \u00c1\u00f1ez s\u2019auproclame pr\u00e9sidente au balcon du palais, le fasciste Camacho \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Le 13 novembre, le gouvernement am\u00e9ricain reconnait la pr\u00e9sidence d\u2019\u00c1\u00f1ez. <\/p>\n<p>Le 14, elle met en place un gouvernement qui pr\u00eate serment sur la bible. Plusieurs milliers de travailleurs partent d\u2019El Alto jusqu\u2019au palais pr\u00e9sidentiel de La Paz, en brandissant le wiphala, pour d\u00e9noncer le coup d\u2019\u00c9tat et demander la d\u00e9mission d\u2019A\u00f1ez. Des milliers de membres de la F\u00e9d\u00e9ration des ma\u00eetres d\u2019\u00e9coles rurales de la COB y participent. Son dirigeant, Andr\u00e9s Huayta \u00c1lvarez, n\u2019a aucun scrupule \u00e0 d\u00e9clarer \u00e0 la presse que, bien qu\u2019il soit \u00e0 la t\u00eate de la manifestation, il veut faciliter les choses.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Certes, je ne reconnais pas la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019\u00c1\u00f1ez ; pour autant, je ne demande pas sa d\u00e9mission. Apr\u00e8s tout, c\u2019est un gouvernement de transition. (Jornada-on-line, 13 novembre 2019)<\/quote><\/p>\n<p>Le 15 novembre, la police tue 9 paysans qui manifestent \u00e0 Cochabamba. Le 19 novembre, l\u2019arm\u00e9e d\u00e9bloque l\u2019usine de Senkata (El Alto), causant 10 morts.<\/p>\n<p>\u00c0 notre connaissance, deux organisations pr\u00e9tendent \u00ab<em> reconstruire <\/em>\u00bb la 4e Internationale. Comme la presse bourgeoise bolivienne, le groupe qui garde le nom de POR nie qu\u2019il y ait eu un coup d\u2019\u00c9tat. Il identifie quasiment le MAS et les fascistes. <\/p>\n<p><quote class='citations'>La population de La Paz, d\u2019El Alto et d\u2019autres villes ont v\u00e9cu des moments de terreur face aux attaques de milices furieuses du MAS et du lumpen, accomplissant toutes sortes de vandalisme avec les slogans : \u00ab<em> nous voulons la t\u00eate de Mesa et de Camacho <\/em>\u00bb, \u00ab<em> maintenant, guerre civile ! <\/em>\u00bb. Evo a d\u00e9missionn\u00e9, a fui au Mexique, mais il fait payer cher sa d\u00e9faite, laissant derri\u00e8re lui un cort\u00e8ge de destruction et de sang. (Masas, 15 novembre 2019)<\/quote><\/p>\n<p>La LOR-CI, fond\u00e9e en 2003 par des militants du PTS argentin, propose\u2026 une nouvelle Assembl\u00e9e constituante.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Nous, la LOR-CI, avons pris part \u00e0 la lutte pour que le mouvement surmonte ses objectifs limit\u00e9s au cadre du r\u00e9gime politique existant et, par cons\u00e9quent, qu\u2019il ouvre \u00e0 nouveau le processus constituant pour imposer une v\u00e9ritable Assembl\u00e9 constituante libre et souveraine. (La Izquierda, 17 novembre 2019)<\/quote><\/p>\n<p>L\u2019ONU, l\u2019UE et l\u2019\u00c9glise catholique jouent le r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire entre le \u00ab<em> gouvernement provisoire <\/em>\u00bb des putschistes d\u2019une part, le MAS (qui reste majoritaire au parlement) et les \u00ab<em> organisations sociales <\/em>\u00bb d\u2019autre part. Le 23 novembre, la pr\u00e9sidente putschiste A\u00f1ez et les repr\u00e9sentants de tous les partis parlementaires annoncent, en pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9tat-major, un accord pour organiser de nouvelles \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales : la Ley de R\u00e9gimen excepcional y transitorio. Le MAS accepte que Morales soit interdit de candidature. Les syndicats de salari\u00e9s (COB) et de paysans (CSUTCB), les associations indig\u00e8nes (CIDOB, CONAMAQ, CSCIOB) et de femmes (CNMCIOB) s\u2019engagent \u00e0 d\u00e9mobiliser et faire cesser les blocages de route. Le 26 novembre, les barricades d\u2019El Alto sont lev\u00e9es. Au total, il y a 32 morts et plus de 700 bless\u00e9s. <\/p>\n<p>Le 29 novembre, le fasciste Camacho, qui avait toujours dit qu\u2019il se tiendrait en dehors des partis et des \u00e9lections, annonce sa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidentielle. Le 16 d\u00e9cembre, Morales demande une mission \u00e9lectorale de l\u2019ONU et du pape pour surveiller les \u00e9lections de 2020. Le 31 d\u00e9cembre, Pumari annonce en pr\u00e9sence de Camacho qu\u2019il sera son partenaire \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, comme candidat \u00e0 la vice-pr\u00e9sidence. En d\u00e9pit de la communication par Camacho \u00e0 la presse bolivienne d\u2019un enregistrement o\u00f9 Pumari exige 250 000 dollars pour se pr\u00e9senter sur son ticket pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<p><quote class='citations'>L\u2019ancien dirigeant du comit\u00e9 civique de Santa Cruz, d\u2019apr\u00e8s un enregistrement, aurait vers\u00e9 250 000 dollars pour la candidature de Macro Pumari aux prochaines \u00e9lections. (Opini\u00f3n, 8 d\u00e9cembre 2019)<\/quote><\/p>\n<h3>Pour l\u2019ind\u00e9pendance de classe et la r\u00e9volution permanente<\/h3>\n<p>La place des communistes \u00e9tait, le 10 novembre, aux c\u00f4t\u00e9s des travailleurs et des \u00e9tudiants partisans de Morales contre le pronunciamiento de l\u2019\u00e9tat-major, des policiers mutin\u00e9s, des politiciens r\u00e9actionnaires et des bandes fascistes appuy\u00e9 par les \u00c9tats pillards am\u00e9ricains et europ\u00e9ens. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Nous sommes perp\u00e9tuellement en comp\u00e9tition avec la bourgeoisie nationale, en tant qu\u2019unique direction capable d\u2019assurer la victoire des masses dans le combat contre les imp\u00e9rialistes \u00e9trangers\u2026Dans tous les cas o\u00f9 elle affronte directement les imp\u00e9rialistes \u00e9trangers ou leurs agents r\u00e9actionnaires fascistes, nous lui donnons notre plein soutien r\u00e9volutionnaire, tout en conservant  l\u2019enti\u00e8re ind\u00e9pendance de notre organisation, de notre programme, de notre parti, et notre pleine libert\u00e9 de critique. (Trotsky, Discussion sur l\u2019Am\u00e9rique latine, 4 novembre 1938)<\/quote><\/p>\n<p>Mais il faut constater que, en 2003, des centaines de milliers de manifestants s\u2019opposaient au gouvernement du MNR ; en 2019, seulement quelques milliers ont soutenu le gouvernement du MAS parce que la politique de la bureaucratie privil\u00e9gi\u00e9e de Cuba, celle des partis r\u00e9formistes comme le PT du Br\u00e9sil, le PS et le PCC du Chili, celle des cliques nationalistes incarn\u00e9es par le MAS, le PSUV, le FSLN, le PJ\u2026 font le jeu du capitalisme local et mondial.<\/p>\n<p>La seule force capable de vaincre l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain et la bourgeoisie latino-am\u00e9ricaine est la classe ouvri\u00e8re. En d\u00e9pit du coup d\u2019\u00c9tat, elle n\u2019est pas \u00e9cras\u00e9e. Le mot de la fin revient au prol\u00e9tariat de Bolivie, \u00e0 condition qu\u2019il parvienne \u00e0 cr\u00e9er son parti. <\/p>\n<p>Avant tout, toutes les organisations ouvri\u00e8res, paysannes et \u00e9tudiantes, \u00e0 commencer par la COB, doivent rompre avec toutes les fractions de la classe exploiteuse et d\u00e9fendre un programme d\u2019action du type :<\/p>\n<ul>\n<li>Lib\u00e9ration de tous les prisonniers politiques ! Ch\u00e2timent des massacreurs d\u2019ouvriers et de paysans ! D\u00e9fense des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques, y compris le droit de Morales de se pr\u00e9senter !<\/li>\n<li>Application de la loi de 2013 contre les violences aux femmes ! \u00c9ducation sexuelle, contraception et avortement libres et gratuits !<\/li>\n<li>Protection de la sant\u00e9 des travailleurs des sites d\u2019extraction et des populations voisines ! Arr\u00eat de la d\u00e9forestation du bassin amazonien ! <\/li>\n<li>Augmentation des salaires et baisse du temps de travail ! Enseignement et sant\u00e9 gratuits ! Transports publics et logements de qualit\u00e9 et bon march\u00e9 ! <\/li>\n<li>Expropriation des grandes propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res, des usines, des mines, des banques, des t\u00e9l\u00e9communications, des grands m\u00e9dias, des universit\u00e9s priv\u00e9es\u2026 sous contr\u00f4le ouvrier et populaire !<\/li>\n<p><b><\/p>\n<li>S\u00e9paration compl\u00e8te de la religion et de l\u2019\u00c9tat ! Aucune subvention \u00e0 aucun culte sous aucune forme !<\/li>\n<p><\/b><\/p>\n<li>Contre les attaques fascistes et contre les forces de r\u00e9pression de l\u2019\u00c9tat, constitution de comit\u00e9s d\u2019autod\u00e9fense et des milices populaires ! Appel aux sous-officiers et aux soldats du rang de quitter les casernes pour rejoindre les milices populaires ! D\u00e9sarmement et dissolution de la police et de l\u2019arm\u00e9e professionnelle !<\/li>\n<\/ul>\n<p>Actuellement, tous les organes de l\u2019\u00c9tat bourgeois en Bolivie (gouvernement, justice, parlement, police, arm\u00e9e) souffrent d\u2019une crise de l\u00e9gitimit\u00e9. Pour en profiter, il faut que les ouvriers, les paysans, les femmes travailleuses, les travailleurs sans statut des villes et la jeunesse en formation se mobilisent pour construire les organes d\u2019auto-organisation d\u00e9bouchant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de tout le pays sur une Assembl\u00e9e populaire d\u00e9mocratique et repr\u00e9sentative des masses en lutte, alternative au gouvernement putschiste. En s\u2019armant, les exploit\u00e9s et les opprim\u00e9s pourront donner le pouvoir aux soviets, instaurer un gouvernement ouvrier et paysan, ouvrir la voie \u00e0 la f\u00e9d\u00e9ration socialiste d\u2019Am\u00e9rique.\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les luttes de classe en Am\u00e9rique latine et l\u2019imp\u00e9rialisme dominant L\u2019Am\u00e9rique latine est un sous-continent qui est depuis longtemps un laboratoire des r\u00e9volutions, des contre-r\u00e9volutions, des luttes d\u2019ind\u00e9pendance, des luttes&#8230; <a href=\"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/2020\/01\/02\/coup-detat-pro-imperialiste-en-bolivie-au-nom-de-la-bible\/\">Read more &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1349","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1349"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1349\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1355,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1349\/revisions\/1355"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}