{"id":533,"date":"2017-09-24T12:00:13","date_gmt":"2017-09-24T10:00:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/?page_id=533"},"modified":"2017-10-29T10:38:44","modified_gmt":"2017-10-29T09:38:44","slug":"vieux-ou-nouveau-le-reformisme-trahit","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/vieux-ou-nouveau-le-reformisme-trahit\/","title":{"rendered":"Vieux ou nouveau, le r\u00e9formisme trahit"},"content":{"rendered":"<div id='corps_texte'>\n<h3>Les partis r\u00e9formistes qui rient et ceux qui pleurent<\/h3>\n<p>Jean-Luc M\u00e9lenchon, l\u2019ancien ministre PS et le fondateur en 2016 de la France insoumise (LFI), esp\u00e9rait, \u00e0 la veille de la pr\u00e9sidentielle de 2017 en France, \u00eatre pr\u00e9sent au second tour puis envisageait, avant les l\u00e9gislatives de juin, de devenir le Premier ministre d\u2019Emmanuel Macron. Il se console car il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu lui-m\u00eame d\u00e9put\u00e9 et surtout parce que son nouveau parti l\u2019a largement emport\u00e9 aux l\u00e9gislatives  avec 11% des suffrages exprim\u00e9s sur le PCF (2,7 %) et le PS (7,4 %).<!--more--> LFI est relativement populaire gr\u00e2ce \u00e0 quelques promesses et \u00e0 l\u2019usure du PS qui a gouvern\u00e9 5 ans pour le grand capital, mais son drapeau est tricolore et son hymne est La Marseillaise. Il est hostile non \u00e0 la bourgeoisie fran\u00e7aise, mais \u00e0 l\u2019Allemagne. D\u2019ailleurs, il n\u2019est jamais question de lutte de classe ni de socialisme dans son programme social-r\u00e9formiste et social-chauvin. M\u00e9lenchon voulait recruter des policiers, revenir au franc fran\u00e7ais et quitter l\u2019Union europ\u00e9enne. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Nous avons besoin d\u2019un protectionnisme solidaire. (LFI, L\u2019Avenir en commun, 2016, Seuil, p. 46) <\/quote><\/p>\n<p>Cela n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 les \u00ab<em> trotskystes <\/em>\u00bb de la GR (CIO grantiste) et du POI (QI lambertiste) de soutenir sa candidature contre celles du PS, du NPA et de LO.<\/p>\n<p>Le Parti travailliste de Grande-Bretagne (LP) a regagn\u00e9 des \u00e9lecteurs (+9,6 % de voix lors des derni\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives de juin 2017) et m\u00eame des adh\u00e9rents dans la jeunesse et chez les travailleurs salari\u00e9s. Pour cela, il a repris quelques mesures qui r\u00e9pondent aux aspirations des salari\u00e9s et des \u00e9tudiants, mais le programme est rest\u00e9 dans le cadre du capitalisme britannique. Pas question de lutte de classe ni de socialisme, mais une perspective de collaboration de classes, de maintien de la monarchie et d\u2019augmentation des d\u00e9penses militaires. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Le Parti travailliste sait que la cr\u00e9ation de richesse r\u00e9sulte d\u2019un effort collectif des travailleurs, des entrepreneurs, des investisseurs et du gouvernement. Chacun y contribue et chacun doit percevoir sa juste part en r\u00e9compense. (LP, For the many, not the few, 2017, p. 8)<\/quote><\/p>\n<p>Quoique le LP soit rest\u00e9 minoritaire (40,0 % des voix et 262 si\u00e8ges alors que le Parti conservateur obtenait respectivement 42,4 % et 317 si\u00e8ges), cette remont\u00e9e a permis \u00e0 Jeremy Corbyn de r\u00e9clamer \u2013en vain- de former le nouveau gouvernement \u00e0 l\u2019annonce des r\u00e9sultats. <\/p>\n<p>Le nouveau parti r\u00e9formiste espagnol Podemos (un nom calqu\u00e9 sur le slogan creux du candidat d\u00e9mocrate Obama) cr\u00e9\u00e9 en 2014 par l\u2019ancien stalinien Pablo Iglesias Turri\u00f3n (UJCE, Forum social europ\u00e9en), a grossi au d\u00e9triment du Parti socialiste d\u2019Espagne (PSOE) avec l\u2019aide d\u2019un certain nombre de groupes centristes et en s\u2019alliant avec l\u2019alliance en d\u00e9confiture du PCE (IU). <\/p>\n<p>Quant \u00e0 lui, le PSOE essaie de revenir au pouvoir en cherchant l\u2019appui de Podemos et d\u2019IU, voire des nationalistes de Catalogne et d\u2019autres r\u00e9gions, afin d\u2019obtenir une majorit\u00e9 parlementaire aux Cort\u00e8s. Pedro S\u00e1nchez a donc reconnu pour la premi\u00e8re fois que l\u2019Espagne \u00e9tait plurinationale. Il a aussi retir\u00e9 son soutien au trait\u00e9 de libre-\u00e9change UE-Canada (CETA). Son congr\u00e8s de juin s\u2019est m\u00eame termin\u00e9 par L\u2019Internationale, entonn\u00e9e le poing lev\u00e9. Pour autant, son projet politique soutient l\u2019Union europ\u00e9enne, n\u2019envisage pas le socialisme, ni m\u00eame l\u2019abolition de la monarchie l\u00e9gu\u00e9e par Franco.<\/p>\n<p>Le Parti du travail de Belgique \/ Partij van de Arbeid van Belgi\u00eb est un parti issu du stalino-mao\u00efsme. Consid\u00e9rant que l\u2019URSS \u00e9tait l\u2019ennemi principal, il appelait dans les ann\u00e9es 1970 \u00e0 renforcer l\u2019OTAN. Aujourd\u2019hui, le PTB \/ PVDA est devenu pacifiste. Il ne se r\u00e9clame plus depuis longtemps de la r\u00e9volution ni du pouvoir des travailleurs, ni m\u00eame du socialisme ou de la lutte des classes. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Nous voulons peser sur le d\u00e9bat\u2026 Nous avons pris parti. Non pas pour les cercles feutr\u00e9s du monde financier et des grosses multinationales. Mais pour le monde du travail, les jeunes, et tous ceux qui ont des difficult\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9. Et, soyons honn\u00eates : il est temps que cette voix puisse se faire entendre dans tous les parlements de notre pays. (PTB, PCB, LCR, Sc\u00e9nario pour une soci\u00e9t\u00e9 plus sociale, 2014, p. 6)<\/quote><\/p>\n<p>En 2015, sa liste d\u2019union a obtenu 3,72 % des suffrages exprim\u00e9s. Les derniers sondages le font passer avant le PS en Wallonie avec 20,5 % des votes. <\/p>\n<p>Par contre, le Parti socialiste fran\u00e7ais s\u2019est effondr\u00e9 \u00e9lectoralement apr\u00e8s sa derni\u00e8re exp\u00e9rience au gouvernement (2012-2017). En plus, le parti a scissionn\u00e9 sur sa droite et sur sa gauche, des dizaines de ministres de Fran\u00e7ois Hollande (dont l\u2019ancien Premier ministre Manuel Valls), de maires et de d\u00e9put\u00e9s le quittant pour rallier Macron et LREM ; son candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle (Benoit Hamon) le quittant pour lancer un nouveau mouvement politique en juillet 2017, le M1717 (qui ne se r\u00e9clame pas plus du socialisme que LFI, le PS ou le PCF).<\/p>\n<p>Le Parti des travailleurs br\u00e9silien, fond\u00e9 en 1980 par des dirigeants syndicaux, avec l\u2019aide d\u2019une aile de l\u2019\u00c9glise catholique et de tous les courants centristes, est arriv\u00e9 au pouvoir \u00e0 la pr\u00e9sidence en 2003. Apr\u00e8s avoir bien servi le capitalisme br\u00e9silien en alliance avec des partis bourgeois pendant plus de 10 ans, le PT a perdu nombre de villes aux \u00e9lections municipales et il s\u2019est fait chasser du pouvoir en ao\u00fbt 2016 par ses anciens partenaires de gouvernement. Plusieurs dirigeants PT sont poursuivis pour corruption. <\/p>\n<p>Le Parti socialiste belge, qui n\u2019est plus au gouvernement f\u00e9d\u00e9ral depuis 2014, est aussi englu\u00e9 dans des scandales : le maire PS de Bruxelles Yvan Mayeur s\u2019est enrichi personnellement aux d\u00e9pends du Samusocial et du Centre public d\u2019aide sociale de la ville ; plus de 20 de ses dirigeants touchaient 2 800 euros de jetons de pr\u00e9sence fictifs de l\u2019entreprise publique Publifin (23 millions d\u2019euros au total, son pr\u00e9sident St\u00e9phane Moreau, maire PS de la commune d\u2019Ans, a palp\u00e9 \u00e0 lui seul 840 000 euros en 2015).<\/p>\n<p>Le Parti communiste d\u2019Afrique du Sud est toujours au gouvernement bourgeois dans le cadre de l\u2019Alliance tripartite (ANC-COSATU-SACP) qui sert le capitalisme depuis 1994, jusqu\u2019\u00e0 massacrer des ouvriers en gr\u00e8ve et matraquer les migrants venus des pays voisins. Mais le discr\u00e9dit du gouvernement Zuma est tel et la centrale syndicale COSATU qu\u2019il contr\u00f4le connait tant de scissions que les dirigeants du SACP ont d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9senter leurs candidats aux prochaines l\u00e9gislatives. <\/p>\n<p>En 2012, le parti nationaliste bourgeois PASOK, soutenu par les partis travaillistes et sociaux-d\u00e9mocrates, s\u2019effondre aux \u00e9lections l\u00e9gislatives. Syriza devient le deuxi\u00e8me parti de Gr\u00e8ce. Elle devient l\u2019\u00e9pouvantail de la \u00ab<em> gauche radicale <\/em>\u00bb pour la presse bourgeoise et elle suscite le culte des r\u00e9formistes de gauche et la plupart des centristes du monde entier. Ils sont tous d\u2019accord pour faire croire aux travailleurs que des \u00e9lections et des r\u00e9f\u00e9rendums organis\u00e9s par l\u2019\u00c9tat bourgeois peuvent changer la vie des travailleurs.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Jean-Luc M\u00e9lenchon a qualifi\u00e9 de \u00ab<em> moment historique <\/em>\u00bb la victoire de la gauche radicale Syriza en Gr\u00e8ce. \u00ab<em> C\u2019est une page nouvelle pour l\u2019Europe. Peut-\u00eatre que nous tenons l\u2019occasion de refonder l\u2019Europe, qui est devenue l\u2019Europe f\u00e9d\u00e9rale des lib\u00e9raux <\/em>\u00bb, a affirm\u00e9 le leader du Parti de gauche. (Lib\u00e9ration, 25 janvier 2015)<\/quote><\/p>\n<p>Mais Syriza, comme Die Linke d\u2019Allemagne (DL, fusion de l\u2019ex-parti stalinien et de sociaux-d\u00e9mocrates) ou Rifondazione Comunista d\u2019Italie (PRC, issu du stalinisme), est r\u00e9formiste, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle respecte le capital, la bourgeoisie grecque, son \u00c9tat. En fait, elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 constituer un gouvernement de type front populaire avec le petit parti bourgeois x\u00e9nophobe les Grecs ind\u00e9pendants (ANEL, un parti li\u00e9 \u00e0 Debout la France qui a appel\u00e9 \u00e0 voter Le Pen au second tour de la pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise en 2017).<\/p>\n<p><quote class='citations'>\u00c0 partir du moment o\u00f9 Syriza est arriv\u00e9e au bord du pouvoir en juin 2012, elle a donn\u00e9 tous les gages \u00e0 la bourgeoisie grecque, \u00e0 l\u2019organisation patronale SEV, aux armateurs et aux banquiers que sa politique et son programme de gouvernement ne mena\u00e7ait pas le statu quo capitaliste. Syriza, avant m\u00eame les \u00e9lections du 25 janvier 2015, avait conclu un accord de coalition avec le parti de droite ANEL de Panos Kammenos, un ami des armateurs et de l\u2019\u00c9glise orthodoxe. La d\u00e9cision fut prise lors d\u2019un comit\u00e9 central \u00e0 huis clos, avec seulement deux voix contre et l\u2019abstention des membres de l\u2019opposition interne, la Plateforme de gauche dirig\u00e9e par Panagiotos Lafazanis. (Michael-Matsas, \u00ab<em> Greece: the broken link <\/em>\u00bb, Critique, ao\u00fbt 2015)<\/quote><\/p>\n<p>En 2015, le gouvernement Syriza-ANEL applique les consignes contre les travailleurs grecs (et les migrants) fix\u00e9es par l\u2019Union europ\u00e9enne et le FMI. Alexis Tsipras l\u2019a pay\u00e9 d\u2019une scission, LAE (dirig\u00e9e par Lafazanis, tout aussi r\u00e9formiste et chauvine) et d\u2019un discr\u00e9dit dans la classe ouvri\u00e8re. Varoufakis, un ancien dirigeant de Syriza, soutient Macron lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise de 2017.<\/p>\n<p>Ce qui s\u00e9pare les partis qui rient et les partis qui pleurent est surtout la conjoncture locale : les partis populaires sont ceux qui n\u2019ont pas gouvern\u00e9 depuis un moment ou n\u2019ont jamais gouvern\u00e9.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Les sociaux-r\u00e9formistes jouent \u00e0 \u00eatre \u00ab<em> radicaux <\/em>\u00bb et \u00ab<em> gauches <\/em>\u00bb quand ils sont minoritaires ou dans l\u2019opposition. (Communist League Canada, \u00ab<em> Revolutionary Socialism vs Reformism <\/em>\u00bb, The Vanguard, novembre 1932)<\/quote><\/p>\n<p>Ceux en discr\u00e9dit souffrent d\u2019avoir gouvern\u00e9. <\/p>\n<p><quote class='citations'>La d\u00e9saffection \u00e0 l\u2019\u00e9gard des partis socialistes \/ sociaux-d\u00e9mocrates d\u2019une partie non n\u00e9gligeable du monde ouvrier et des couches d\u00e9favoris\u00e9es tend \u00e0 s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer apr\u00e8s un \u00e9chec gouvernemental\u2026 (Moschonas, \u00ab<em> Social-d\u00e9mocratie et \u00e9lectorat ouvrier <\/em>\u00bb, Actuel Marx, 1er semestre 1998)<\/quote><\/p>\n<p>Quelle que soit leur histoire et leurs particularit\u00e9s, tous les partis dits r\u00e9formistes d\u00e9fendent l\u2019ordre bourgeois quand ils parviennent au gouvernement, seuls ou en coalition.<\/p>\n<p>Les na\u00effs croient que le \u00ab<em> r\u00e9formisme <\/em>\u00bb fait des r\u00e9formes<\/p>\n<p>L\u2019illusion que le capitalisme doit \u00eatre seulement r\u00e9form\u00e9, qu\u2019il peut \u00eatre durablement, progressivement et irr\u00e9versiblement am\u00e9lior\u00e9, est propag\u00e9e par la plupart des chefs des organisations constitu\u00e9es pourtant en d\u00e9fi au capitalisme : coop\u00e9ratives ouvri\u00e8res de production et du commerce, mutuelles de salari\u00e9s, associations sportives et culturelles ouvri\u00e8res, syndicats de salari\u00e9s, partis politiques ouvriers (\u00ab<em> travaillistes <\/em>\u00bb, \u00ab<em> socialistes <\/em>\u00bb, \u00ab<em> sociaux-d\u00e9mocrates <\/em>\u00bb, \u00ab<em> communistes <\/em>\u00bb\u2026). Dans ce sens, et c\u2019\u00e9tait l\u2019opinion de L\u00e9nine et de Trotsky, le r\u00e9formisme ou opportunisme est un courant du mouvement ouvrier. <\/p>\n<p>Pour analyser les bureaucraties \u00ab<em> ouvri\u00e8res <\/em>\u00bb ainsi que leurs id\u00e9ologies diverses et changeantes, les marxistes partent non des proclamations des chefs r\u00e9formistes, mais des classes sociales, des rapports entre les classes, de la lutte des classes. Le \u00ab<em> r\u00e9formisme <\/em>\u00bb s\u2019esquisse quand le capitalisme est ascendant sous la menace de la r\u00e9pression et sous l\u2019influence id\u00e9ologique et politique de la petite-bourgeoisie, de la bourgeoisie, voire de l\u2019aristocratie. Il s\u2019affirme quand s\u2019y ajoutent l\u2019int\u00e9gration et la corruption par l\u2019\u00c9tat bourgeois des appareils des organisations du prol\u00e9tariat, quand le capitalisme entre en d\u00e9clin.<\/p>\n<p><quote class='citations'>La bourgeoisie, toute contraire qu\u2019elle soit aux n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9volution historique, reste encore la classe sociale la plus puissante. Bien plus, on peut dire qu&rsquo;au point de vue politique la bourgeoisie atteint le maximum de sa puissance, de la concentration de ses forces et de ses moyens, moyens politiques et militaires, de mensonge, de violence et de provocation, c&rsquo;est-\u00e0-dire au maximum du d\u00e9veloppement de sa strat\u00e9gie de classe, au moment m\u00eame o\u00f9 elle est le plus menac\u00e9e de sa perte sociale. (Trotsky, \u00ab<em> Une \u00e9cole de strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire <\/em>\u00bb, juillet 1921, Nouvelle \u00e9tape, Biblioth\u00e8que de L\u2019Humanit\u00e9)<\/quote><\/p>\n<p><em>L\u2019existence du r\u00e9formisme \u00ab<em> ouvrier <\/em>\u00bb (ou social-r\u00e9formisme, social-patriotisme) oblige les communistes internationalistes \u00e0 une politique particuli\u00e8re, bien diff\u00e9rente de celle men\u00e9e envers les partis de la bourgeoisie. Par exemple, L\u00e9nine conseillait en 1920 au Parti communiste de Grande-Bretagne de demander l\u2019adh\u00e9sion au Parti travailliste alors que Trotsky pr\u00e9conisait d\u00e8s 1923 la sortie du Parti communiste de Chine du Guomindang. <\/em><\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, la notion marxiste de r\u00e9formisme ne peut \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 des partis bourgeois. C\u2019est pourtant ce que fait le \u00ab<em> Comit\u00e9 de Enlace <\/em>\u00bb (Comit\u00e9 de liaison) du CSR-ETO du Venezuela du PCO d\u2019Argentine.<\/p>\n<p><em>Feu Chavez a inaugur\u00e9 une s\u00e9rie de gouvernements et de mouvements ou fronts politiques qui soutiennent une m\u00eame matrice id\u00e9ologique g\u00e9n\u00e9rique que nous appellerons le r\u00e9formisme du XXIe si\u00e8cle : le capitalisme andin d\u2019Eva Morales et Garcia Linera en Bolivie, la r\u00e9volution citoyenne de Correa en \u00c9quateur\u2026 le capitalisme s\u00e9rieux \u00ab<em> national et populaire <\/em>\u00bb du kirchn\u00e9risme argentin.  (\u00ab<em> El reformismo del siglo XXI <\/em>\u00bb, Manifiesto Internacional, ao\u00fbt 2016)<\/em><\/p>\n<p>Un tel concept, abusivement extensif, du r\u00e9formisme efface la fronti\u00e8re entre le mouvement ouvrier et le bonapartisme, alors qu\u2019ils sont incompatibles. M\u00eame si, dans bien des pays domin\u00e9s, la prosternation des partis staliniens devant la bourgeoisie nationale \u00e0 partir de 1923 et la destruction de la 4e Internationale en 1949-1953 sous la pression du stalinisme ont abouti \u00e0 ce que des mouvements nationalistes bourgeois occupent la place du social-r\u00e9formisme, les deux ne sont pas identiques. <\/p>\n<p>Selon la d\u00e9finition \u00e9clectique du PCO et du CSR-ETO, le \u00ab<em> r\u00e9formisme <\/em>\u00bb du XXe si\u00e8cle aurait inclus le g\u00e9n\u00e9ral Mustafa Kemal (Turquie), le g\u00e9n\u00e9ral Ji\u01ceng Ji\u00e8sh\u00ed (Chine), le colonel Per\u00f3n (Argentine), le colonel Nasser (\u00c9gypte), l\u2019ayatollah Rouhollah Khomeini (Iran), etc. Celui du XXIe si\u00e8cle devrait, logiquement, comprendre aussi Viktor Orb\u00e1n (Hongrie), Rodrigo Duterte (Philippines), le calife Abou Bakr al-Baghdadi (\u00c9tat islamique)\u2026<\/p>\n<p>La confusion conduit, entre autres cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses, \u00e0 supprimer l\u2019antagonisme entre le front unique ouvrier (l\u2019unit\u00e9 de combat des organisations ouvri\u00e8res) et le front populaire (l\u2019alliance politique de partis ouvriers avec des partis bourgeois). <\/p>\n<p><em>La t\u00e2che centrale de la 4e Internationale consiste \u00e0 affranchir le prol\u00e9tariat de la vieille direction, dont le conservatisme se trouve en contradiction compl\u00e8te avec la situation catastrophique du capitalisme \u00e0 son d\u00e9clin et constitue le principal obstacle au progr\u00e8s historique. L&rsquo;accusation capitale que la 4e Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prol\u00e9tariat, c&rsquo;est qu&rsquo;elles ne veulent pas se s\u00e9parer du demi-cadavre politique de la bourgeoisie. (Trotsky, L\u2019Agonie du capitalisme et les t\u00e2ches de la 4e Internationale, 1938, GMI, p. 28)<\/em><\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, le \u00ab<em> Comit\u00e9 de liaison <\/em>\u00bb PCO-CSR oublie tout un pan du programme de transition. Il n\u2019avance aucune tactique de front unique ouvrier et il est m\u00eame muet sur l\u2019ind\u00e9pendance de classe et la rupture avec la bourgeoisie. Or, le programme de 1850 de Marx et Engels pour la Ligue des communistes comprend plus d\u2019une dizaine de fois ces expressions. Le programme de 1938 de la 4e Internationale aussi.<\/p>\n<p>La r\u00e9gression politique est donc flagrante pour la plupart des \u00e9pigones de feue la 4e Internationale. La confusion entre nationalisme bourgeois et mouvement ouvrier a justifi\u00e9 l\u2019adh\u00e9sion des posadistes et des mor\u00e9nistes au p\u00e9ronisme en Argentine dans les ann\u00e9es 1950, des lambertistes au MNA d\u2019Alg\u00e9rie dans les ann\u00e9es 1950, des pablistes et des posadistes au FLN en Alg\u00e9rie dans les ann\u00e9es 1960, des healystes \u00e0 la Jamahiriya en Libye dans les ann\u00e9es 1970, des pablistes et des grantistes au PASOK en Gr\u00e8ce, des grantistes \u00e0 l\u2019ANC en Afrique du Sud dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, etc. Aujourd\u2019hui, dans ce pays, les cliffistes (KL) soutiennent une scission de 2013 de l\u2019ANC tout aussi nationaliste, l\u2019EFF.<\/p>\n<p>Or, pour ouvrir la voie de la r\u00e9volution socialiste et construire le parti ouvrier r\u00e9volutionnaire en Afrique du Sud, l\u2019avant-garde doit s\u2019opposer \u00e0 l\u2019Alliance tripartite au pouvoir depuis 1994, au front populaire de la conf\u00e9d\u00e9ration syndicale et du parti r\u00e9formiste d\u2019origine stalinienne avec le parti nationaliste bourgeois. Elle doit appeler les organisations de masse issues de la classe (COSATU, SACP\u2026) \u00e0 rompre avec la bourgeoisie, toute la bourgeoisie (DA, ANC, EEF, \u2026).<\/p>\n<p>De m\u00eame, les communistes internationalistes devaient, durant la r\u00e9volution portugaise de 1974-1975, appeler le PS et le PCP \u00e0 rompre avec l\u2019arm\u00e9e bourgeoise, en m\u00eame temps qu\u2019ils devaient opposer aux gouvernements MFA-PCP ou MFA-PS la centralisation de tous les comit\u00e9s ouvriers surgis dans tout le pays malgr\u00e9 les deux partis r\u00e9formistes. <\/p>\n<p><em>La revendication adress\u00e9e syst\u00e9matiquement \u00e0 la vieille direction : \u00ab<em> Rompez avec la bourgeoisie, prenez le pouvoir ! <\/em>\u00bb est un instrument extr\u00eamement important pour d\u00e9voiler le caract\u00e8re tra\u00eetre des partis et organisations de la 2e et de la 3e Internationales, ainsi que de l&rsquo;Internationale d&rsquo;Amsterdam. (Trotsky, L\u2019Agonie du capitalisme et les t\u00e2ches de la 4e Internationale, 1938, GMI, p. 28)<\/em><\/p>\n<p>Au Venezuela, en 2008, face \u00e0 la cr\u00e9ation du PSUV, un parti nationaliste bourgeois, par le bonaparte Chavez et \u00e0 sa volont\u00e9 d\u2019int\u00e9grer les syndicats \u00e0 l\u2019\u00c9tat bourgeois \u00ab<em> bolivarien <\/em>\u00bb, les communistes devaient se battre pour pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance du mouvement ouvrier (politique et syndical). <\/p>\n<p>\u00c9videmment, les vieux partis ouvriers bourgeois et les nouveaux mouvements sociaux-chauvins dissimulent leur fonction et leur nature. Ils se pr\u00e9sentent comme ceux qui, r\u00e9alistes, obtiennent des r\u00e9formes. <\/p>\n<p>Les centristes cautionnent cette mystification. Selon eux, la bureaucratie (syndicale ou politique) ne trahit pas. Elle est seulement incons\u00e9quente. Elle ne va pas assez loin parce qu\u2019elle se contente des r\u00e9formes, du \u00ab<em> programme minimum <\/em>\u00bb. <\/p>\n<p><em>Un parti ouvrier bourgeois est un parti qui a encore dans son programme une perspective officiellement socialiste, d\u00e9fendant les int\u00e9r\u00eats des travailleurs. (CRI \/ France, Discussion avec le CCI-T, 2005, le CRI est devenu la CLAIRE)<\/em><\/p>\n<p><quote class='citations'>Les partis bourgeois basent leur programme sur la d\u00e9fense ouverte de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production alors que les partis ouvriers exigent leur socialisation. Les partis ouvriers bourgeois r\u00e9formistes avancent la socialisation des moyens de production comme programme maximum, bien que dans sa politique. (PRS Argentine, Discussion avec le CoReP, 2012, le PRS est devenu le PCO) <\/quote><\/p>\n<p>Il faudrait donc prendre au s\u00e9rieux ce que racontent les r\u00e9formistes sur eux-m\u00eames. Ainsi, les r\u00e9formistes seraient ceux qui font des r\u00e9formes ou ceux qui se r\u00e9clament du socialisme. Ce bricolage empirique et id\u00e9aliste n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019histoire du mouvement ouvrier, ni la th\u00e9orie marxiste. <\/p>\n<p><quote class='citations'>On ne part pas de ce que les hommes disent, s\u2019imaginent, se repr\u00e9sentent, ni non plus de ce qu\u2019ils sont dans les paroles, la pens\u00e9e, l\u2019imagination\u2026 Non, on part des hommes dans leur activit\u00e9 r\u00e9elle. (Engels &#038; Marx, L\u2019Id\u00e9ologie allemande, 1845, partie I, ES, p. 20) <\/quote><\/p>\n<p><quote class='citations'>De m\u00eame que, dans la vie priv\u00e9e, on distingue ce qu\u2019une personne dit ou pense d\u2019elle-m\u00eame et ce qu\u2019elle est et fait r\u00e9ellement, il faut distinguer entre la phras\u00e9ologie et les pr\u00e9tentions des partis, leur constitution d\u2019une part et leurs int\u00e9r\u00eats v\u00e9ritables d\u2019autre part. (Marx, Le 18 Brumaire, ch. 3, 1851, ES, p. 48)<\/quote><\/p>\n<h3>Le social-r\u00e9formisme est, en r\u00e9alit\u00e9, la trahison<\/h3>\n<p>Les v\u00e9ritables partis ouvriers (communistes, r\u00e9volutionnaires, internationalistes) ont une ambition bien plus grande que la collectivisation (nationale) des moyens de production. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Alors la lib\u00e9ration de chaque individu en particulier se r\u00e9alisera exactement dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;histoire se transformera compl\u00e8tement en histoire mondiale. C&rsquo;est de cette seule mani\u00e8re que chaque individu en particulier sera d\u00e9livr\u00e9 de ses diverses limites nationales et locales, mis en rapports pratiques avec la production du monde entier, (y compris la production intellectuelle) et mis en \u00e9tat d&rsquo;acqu\u00e9rir la capacit\u00e9 de jouir de la production du monde entier dans tous ses domaines (cr\u00e9ation des hommes). La d\u00e9pendance universelle, cette forme naturelle de la coop\u00e9ration des individus \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;histoire mondiale, sera transform\u00e9e par cette r\u00e9volution communiste en contr\u00f4le et domination consciente de ces puissances qui, engendr\u00e9es par l&rsquo;action r\u00e9ciproque des hommes les uns sur les autres, leur en ont impos\u00e9 jusqu&rsquo;ici, comme si elles \u00e9taient des puissances fonci\u00e8rement \u00e9trang\u00e8res, et les ont domin\u00e9s. (Engels &#038; Marx, L\u2019Id\u00e9ologie allemande, 1845, partie I, ES, p. 36)<\/quote><\/p>\n<p>Ils visent un nouveau mode de production (mondial) sans \u00c9tat et sans classe, o\u00f9 les producteurs associ\u00e9s d\u00e9cideront \u00e0 l\u2019avance de la production et de la r\u00e9partition. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Dans la soci\u00e9t\u00e9 communiste, il faut que la soci\u00e9t\u00e9 calcule \u00e0 l\u2019avance la quantit\u00e9 de travail, des moyens de production et de subsistance qu\u2019elle peut employer \u00e0 des entreprises. (Marx, Le Capital, livre II, ES poche, ch. 16, p. 276)<\/quote><\/p>\n<p>La prise du pouvoir par la classe ouvri\u00e8re \u00e0 la t\u00eate de tous les travailleurs et l\u2019expropriation des capitalistes constituent les conditions de la transition au socialisme (c\u2019est en ce sens la r\u00e9volution d\u2019Octobre 1917 \u00e9tait socialiste). Elle ne d\u00e9bouche pas imm\u00e9diatement sur le socialisme-communisme (le socialisme \u00e9tait impossible dans la seule URSS arri\u00e9r\u00e9e, d\u00e9vast\u00e9e par les interventions \u00e9trang\u00e8res et la guerre civile contre les Blancs, sans extension de la r\u00e9volution \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019Europe). Le socialisme-communisme requiert un d\u00e9veloppement des forces productives de mani\u00e8re \u00e0 lib\u00e9rer le temps des \u00eatres humains pour contr\u00f4ler l\u2019\u00e9conomie et s\u2019\u00e9panouir.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Le temps libre, disponible est la richesse m\u00eame, d\u2019une part pour jouir des produits, d\u2019autre part pour l\u2019activit\u00e9 libre, activit\u00e9 qui n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9e, comme le travail, par la contrainte d\u2019une finalit\u00e9 ext\u00e9rieure qu\u2019il faut satisfaire\u2026 (Marx, Th\u00e9ories sur la plus-value, 1861-1863, \u00ab<em> Opposition aux \u00e9conomistes <\/em>\u00bb, ES, t. 3, p. 301)<\/quote><\/p>\n<p>Or ce mouvement d\u2019\u00e9mancipation est entrav\u00e9 non seulement par la bourgeoisie elle-m\u00eame et son appareil d\u2019\u00c9tat, mais pas ses agents dans la classe ouvri\u00e8re. Les centristes omettent que le social-r\u00e9formisme concerne autant les appareils syndicaux que les partis politiques. L\u00e9nine parle parfois de \u00ab<em> partis ouvriers bourgeois <\/em>\u00bb pour d\u00e9signer les deux. En tout cas, l\u2019opportunisme des directions syndicales a les m\u00eames racines que celui des partis travaillistes et sociaux-d\u00e9mocrates (puis celui des partis staliniens, \u00ab<em> communistes <\/em>\u00bb chauvins) : la cristallisation de bureaucraties corrompues par la bourgeoisie \u00e0 l\u2019\u00e9poque du capitalisme d\u00e9cadent. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Pour les m\u00eames raisons qui, \u00e0 de rares exceptions, avaient fait de la sociale-d\u00e9mocratie, au compte de la bourgeoisie, une organisation emp\u00eachant le prol\u00e9tariat d\u2019accomplir la r\u00e9volution, les syndicats se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent la plupart du temps, pendant la guerre, int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019appareil militaire de la bourgeoisie. Ils l\u2019aid\u00e8rent \u00e0 exploiter la classe ouvri\u00e8re avec la plus grande intensit\u00e9\u2026 Encha\u00een\u00e9s par un appareil bureaucratique \u00e9loign\u00e9 des masses, les syndicats ont non seulement trahi la cause de la r\u00e9volution sociale, mais aussi celle de la lutte pour l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie de la classe ouvri\u00e8re. (2e congr\u00e8s de l\u2019IC, \u00ab<em> Le mouvement syndical, les comit\u00e9s d\u2019usine et la 3e Internationale <\/em>\u00bb, ao\u00fbt 1920, th\u00e8se 1, Quatre premiers congr\u00e8s de l\u2019Internationale communiste, Librairie du travail, p. 53)<\/quote><\/p>\n<p>Pr\u00e9parer la r\u00e9volution exige tout autant le combat contre la face syndicale de l\u2019opportunisme et du social-chauvinisme que sa face politique.<\/p>\n<p><em>Il faut absolument d\u00e9shonorer compl\u00e8tement et faire chasser des syndicats tous les incorrigibles chefs de l\u2019opportunisme et du social-chauvinisme. Il est impossible de conqu\u00e9rir le pouvoir politique (et il ne faut pas essayer de prendre le pouvoir) aussi longtemps que cette lutte n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 un certain degr\u00e9. (L\u00e9nine, \u00ab<em> La Maladie infantile du communisme <\/em>\u00bb, 1920, ch. 6, OEuvres t. 31, p. 46-47)<\/em><\/p>\n<p>M\u00eame dans les pays domin\u00e9s, la bureaucratie \u00ab<em> r\u00e9formiste <\/em>\u00bb (le PT du Br\u00e9sil, le PS du Chili, le PCCh du Chili, la plupart des appareils syndicaux\u2026) pervertit les organisations ouvri\u00e8res, trahit la cause. Il est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire de distinguer les bonapartes (issus g\u00e9n\u00e9ralement de l\u2019arm\u00e9e, donc du centre de l\u2019\u00c9tat bourgeois) et le mouvement ouvrier qui doit en rester ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Dans la mesure o\u00f9 le capitalisme imp\u00e9rialiste cr\u00e9e dans les pays coloniaux et semi-coloniaux une couche d&rsquo;aristocratie et de bureaucratie ouvri\u00e8re, celle-ci sollicite le soutien de ces gouvernements comme protecteurs et tuteurs et parfois comme arbitres. Cela constitue la base sociale la plus importante du caract\u00e8re bonapartiste et semi-bonapartiste des gouvernements dans les colonies, et en g\u00e9n\u00e9ral dans les pays \u00ab<em> arri\u00e9r\u00e9s <\/em>\u00bb. (Trotsky, Les Syndicats \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la d\u00e9cadence imp\u00e9rialiste, ao\u00fbt 1940, OCI, p. 26)<\/quote><\/p>\n<p>Un programme \u00e9crit n\u2019a pas la m\u00eame fonction pour les communistes internationalistes et pour les agents de la bourgeoisie au sein des travailleurs. Pour l\u2019organisation r\u00e9volutionnaire, il s\u2019agit de dialoguer avec la classe ouvri\u00e8re et de pr\u00e9ciser ses propres perspectives. Par contre, pour les r\u00e9formistes, cela n\u2019est qu\u2019un bout de papier destin\u00e9 \u00e0 duper les masses, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de ce qu\u2019ils font et feront. Par cons\u00e9quent, qu\u2019un parti ou un syndicat \u00ab<em> r\u00e9formiste <\/em>\u00bb se r\u00e9clame du socialisme ou du marxisme n\u2019est pas d\u00e9terminant, m\u00eame si c\u2019est un indice de la place de l\u2019organisation et de l\u2019intensit\u00e9 de la lutte des classes. <\/p>\n<p>Par exemple, la direction bureaucratique de la F\u00e9d\u00e9ration am\u00e9ricaine du travail (AFL) des \u00c9tats-Unis interdisait l\u2019adh\u00e9sion aux socialistes. Sa scission de 1938, le Congr\u00e8s des organisations industrielles (CIO), ne se r\u00e9clamait pas du socialisme ; avec la guerre froide, il s\u2019est mis \u00e0 expulser les communistes. L\u2019AFL-CIO unifi\u00e9e en 1955 faisait all\u00e9geance au capitalisme, se pronon\u00e7ait contre tout parti ouvrier, se mettait au service du Parti d\u00e9mocrate, ne r\u00e9clamait pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits pour les Noirs, d\u00e9non\u00e7ait le communisme. Elle n\u2019en restait pas moins une organisation ouvri\u00e8re dans laquelle les communistes devaient militer. <\/p>\n<p>L\u00e9nine a vot\u00e9 pour l\u2019admission du Parti travailliste de Grande-Bretagne dans l\u2019Internationale ouvri\u00e8re en d\u00e9pit du fait que ce parti ne r\u00e9clamait pas du socialisme. <\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9alisme aboutit \u00e0 des absurdit\u00e9s. Selon la logique de l\u2019ex-CRI et de l\u2019ex-PRS, le SPD d\u2019Allemagne \u00e9tait \u00ab<em> ouvrier <\/em>\u00bb, puisqu\u2019il se r\u00e9clamait alors du socialisme et m\u00eame du marxisme, lors de ses pires crimes, quand il a soutenu la guerre en 1914, quand il a fait \u00e9craser la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne en 1919 et fait assassiner, entre autres, les communistes internationalistes Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Leo Jogiches. Par contre, il serait devenu purement et simplement \u00ab<em> bourgeois <\/em>\u00bb en 1959 \u00e0 son congr\u00e8s de Bad Godesberg \u00e0 cause d\u2019un simple texte, parce qu\u2019il y fait son all\u00e9geance \u00e0 la Constitution de la RFA, au christianisme et \u00e0 \u00ab<em> l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Il ne faut pas confondre la phras\u00e9ologie et les pr\u00e9tentions des chefs des syndicats et des partis \u00ab<em> r\u00e9formistes <\/em>\u00bb, leurs promesses et leurs justifications mensong\u00e8res, avec leur pratique, avec ce qu\u2019ils font, avec leur v\u00e9ritable programme. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Le courant social-chauvin ou opportuniste ne peut ni dispara\u00eetre ni revenir au prol\u00e9tariat r\u00e9volutionnaire. L\u00e0 o\u00f9 le marxisme est populaire parmi les ouvriers, ce courant politique, ce \u00ab<em> parti ouvrier bourgeois <\/em>\u00bb invoquera avec v\u00e9h\u00e9mence le nom de Marx. (L\u00e9nine, \u00ab<em> L\u2019imp\u00e9rialisme et la scission du socialisme <\/em>\u00bb, octobre 1916, OEuvres, Progr\u00e8s, t. 23, p. 130)<\/quote><\/p>\n<p>Ne pas se fier aux mots est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire que des partis bourgeois peuvent aussi promettre des \u00ab<em> r\u00e9formes <\/em>\u00bb (qu\u2019ils ne m\u00e8neront jamais) et m\u00eame employer le terme \u00ab<em> r\u00e9volution <\/em>\u00bb ou \u00ab<em> socialisme <\/em>\u00bb (pour berner les masses). Le livre du pr\u00e9sident fran\u00e7ais Macron s\u2019appelle R\u00e9volution. Le fascisme italien et le fascisme allemand se pr\u00e9sentaient comme anticapitalistes et r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p><em>Dissolution des soci\u00e9t\u00e9s anonymes\u2026 suppression de toute forme de sp\u00e9culation\u2026 paiement des dettes du vieil \u00c9tat par les poss\u00e9dants\u2026 interdiction de travailler pour les enfants de moins de 16 ans\u2026 r\u00e9organisation du syst\u00e8me de production par la voie associative\u2026 (\u00ab<em> Revendications de l\u2019Union italienne du travail <\/em>\u00bb, 1919, cit\u00e9 par Paris, Les Origines du fascisme, 1968, Flammarion, p. 83-84)<\/em><\/p>\n<p><em>La suppression de l\u2019esclavage de l\u2019int\u00e9r\u00eat\u2026 la nationalisation de toutes les entreprises appartenant aujourd\u2019hui \u00e0 des trusts\u2026 une participation aux b\u00e9n\u00e9fices des grandes entreprises\u2026 la remise imm\u00e9diate des grands magasins \u00e0 l\u2019administration communale et leur location, \u00e0 bas prix, aux petits commer\u00e7ants&#8230; la promulgation d\u2019une loi permettant l\u2019expropriation, sans indemnit\u00e9, de terrains \u00e0 des fins d\u2019utilit\u00e9 publique. (\u00ab<em> Programme en 25 points du Parti national-socialiste <\/em>\u00bb, 1920, cit\u00e9 par Steinert, L\u2019Allemagne nationale-socialiste, 1972, Richelieu, p. 97-98)<\/em><\/p>\n<p>Pour les communistes internationalistes, le pr\u00e9tendu r\u00e9formisme ne d\u00e9fend aucunement \u00ab<em> les int\u00e9r\u00eats des travailleurs <\/em>\u00bb ou \u00ab<em> le programme minimum <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><em>Quiconque se prononce en faveur de la r\u00e9forme l\u00e9gale, au lieu et \u00e0 l\u2019encontre de la conqu\u00eate du pouvoir politique et de la r\u00e9volution sociale, ne choisit pas en r\u00e9alit\u00e9 une voie plus paisible, plus s\u00fbre et plus lente conduisant au m\u00eame but ; il a en vue un but diff\u00e9rent : au lieu de l\u2019instauration d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle, il se contente de modifications superficielles apport\u00e9es \u00e0 l\u2019ancienne soci\u00e9t\u00e9. Ainsi les th\u00e8ses politiques du r\u00e9visionnisme conduisent-elles \u00e0 la m\u00eame conclusion que ses th\u00e9ories \u00e9conomiques. Elles ne visent pas, au fond, \u00e0 r\u00e9aliser l\u2019ordre socialiste, mais \u00e0 r\u00e9former l\u2019ordre capitaliste, elles ne cherchent pas \u00e0 abolir le syst\u00e8me du salariat, mais \u00e0 doser ou \u00e0 att\u00e9nuer l\u2019exploitation, en un mot elles veulent supprimer les abus du capitalisme et non le capitalisme lui-m\u00eame. (Luxemburg, R\u00e9forme sociale ou r\u00e9volution ?, 1898, \u0152uvres, Maspero, t. 1, p. 73)<\/em><\/p>\n<p>Les partis \u00ab<em> r\u00e9formistes <\/em>\u00bb sont, par leur programme v\u00e9ritable, par leur action, des partis bourgeois. <\/p>\n<p><em>Certes, le Parti travailliste est en majeure partie compos\u00e9 d\u2019ouvriers. Mais, est-il v\u00e9ritablement un parti politique ouvrier ? Cela ne d\u00e9pend pas seulement de la question de savoir s\u2019il est compos\u00e9 d\u2019ouvriers, mais \u00e9galement quels sont ceux qui le dirigent et quel est le caract\u00e8re de son action et de sa tactique politique. Seuls ces derniers \u00e9l\u00e9ments nous permettent de juger si nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un v\u00e9ritable parti politique du prol\u00e9tariat. De ce point de vue, le seul juste, le Parti travailliste est un parti fonci\u00e8rement bourgeois, car, bien que compos\u00e9 d\u2019ouvriers, il est dirig\u00e9 par des r\u00e9actionnaires, par les pires r\u00e9actionnaires, qui agissent tout \u00e0 fait dans l\u2019esprit de la bourgeoisie ; c\u2019est une organisation de la bourgeoisie, organisation qui n\u2019existe que pour duper syst\u00e9matiquement les ouvriers. (L\u00e9nine, \u00ab<em> Discours au 2e congr\u00e8s de l\u2019Internationale communiste sur l\u2019affiliation au Parti travailliste <\/em>\u00bb, 6 ao\u00fbt 1920, OEuvres, t. 31, p. 267)<\/em><\/p>\n<p>Les r\u00e9volutionnaires s\u2019opposent au pr\u00e9tendu r\u00e9formisme parce que les bureaucraties des partis et des syndicats, dans le meilleur des cas, freinent la lutte de classe (donc limitent l\u2019ampleur des \u00ab<em> r\u00e9formes <\/em>\u00bb que les travailleurs peuvent arracher). Plus souvent, ils la sabotent, si bien que la d\u00e9faite annule tout ou partie des conqu\u00eates et des acquis ant\u00e9rieurs\u2026 La seule solution positive est qu\u2019un parti vraiment ouvrier, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9volutionnaire, les supplante dans la classe ouvri\u00e8re et renverse la bourgeoisie, comme en Russie en 1917.<\/p>\n<h3>Milieu du XIXe si\u00e8cle : pour l\u2019ind\u00e9pendance de classe<\/h3>\n<p>Engels et Marx, quand ils parlent de parti ouvrier, tant\u00f4t l\u2019entendent au sens restreint (l\u2019organisation politique), tant\u00f4t au sens large (mouvement ouvrier). Puisqu\u2019il n\u2019y a pas encore de r\u00e9formisme cristallis\u00e9 quand ils deviennent communistes, ils ne voient pas d\u2019opposition entre les deux aspects. Ils saisissent les oppositions qu\u2019ils rencontrent comme l\u2019expression d\u2019illusions sur la bourgeoisie d\u00e9mocratique, surtout par le biais de la d\u00e9mocratie petite-bourgeoise, soit comme l\u2019expression de sectes qui sont in\u00e9vitables au d\u00e9but du mouvement.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution europ\u00e9enne de 1848-1849 les am\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9ciser l\u2019orientation envers le mouvement d\u00e9mocratique, \u00e0 rectifier le programme de la Ligue des communistes (Manifeste du parti communiste) r\u00e9dig\u00e9 fin 1847. La r\u00e9volution d\u00e9mocratique est avort\u00e9e en Allemagne et en Autriche, la plus grande partie de la bourgeoisie choisissant le compromis avec la monarchie plut\u00f4t que la r\u00e9volution, ce qui conduit \u00e0 sauver la monarchie absolue, et la premi\u00e8re vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9volution prol\u00e9tarienne est \u00e9cras\u00e9e en France par la bourgeoisie qui pr\u00e9pare ainsi, \u00e0 son d\u00e9triment, le coup d\u2019\u00c9tat et le second empire. <\/p>\n<p>La Ligue des communistes, organisation clandestine par force, n\u2019avait plus de raison d\u2019\u00eatre pour Marx en mai 1848. La plupart de ses militants construisirent, non sans succ\u00e8s, des \u00ab<em> associations ouvri\u00e8res <\/em>\u00bb publiques. Engels et Marx choisirent de rentrer dans l\u2019Association d\u00e9mocratique de Cologne et du Comit\u00e9 d\u00e9mocratique de Rh\u00e9nanie qui regroupaient bourgeois lib\u00e9raux (au sens politique) et petite-bourgeoisie d\u00e9mocratique. Marx quitta les organisations d\u00e9mocratiques en mai 1849. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9faite, la Ligue des communistes reconstitu\u00e9e tira les le\u00e7ons de la r\u00e9volution et de la contre-r\u00e9volution europ\u00e9ennes : Les Luttes de classes en France, janvier-octobre 1850 ; Statuts de la Soci\u00e9t\u00e9 universelle des communistes r\u00e9volutionnaires, avril 1850 ; Circulaire du comit\u00e9 central \u00e0 la Ligue, mars 1850 ; R\u00e9volution et contre-r\u00e9volution en Allemagne, 1851-1852 ; Le 18 Brumaire, 1851-1852\u2026 La strat\u00e9gie encore vague du Manifeste est pr\u00e9cis\u00e9e : hostilit\u00e9 \u00e0 tout putsch, prise en charge de la r\u00e9volution d\u00e9mocratique par le prol\u00e9tariat alli\u00e9 avec la paysannerie et les travailleurs ind\u00e9pendants des villes, unit\u00e9 pour le combat pratique avec la bourgeoisie et la petite bourgeoisie d\u00e9mocratiques contre la monarchie et la r\u00e9action sans bloc politique, ind\u00e9pendance politique du prol\u00e9tariat vis-\u00e0-vis de la bourgeoisie et m\u00eame de la petite-bourgeoisie d\u00e9mocratique, armement des travailleurs, transformation de la r\u00e9volution d\u00e9mocratique nationale en r\u00e9volution sociale internationale <\/p>\n<p><quote class='citations'>Il faut qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des nouveaux gouvernements officiels ils \u00e9tablissent aussit\u00f4t leurs propres gouvernements ouvriers r\u00e9volutionnaires, soit sous forme d&rsquo;autonomies administratives locales ou de conseils municipaux, soit sous forme de clubs ou comit\u00e9s ouvriers, de fa\u00e7on que les gouvernements d\u00e9mocratiques bourgeois non seulement s\u2019ali\u00e8nent aussit\u00f4t l&rsquo;appui des ouvriers, mais se voient, d\u00e8s le d\u00e9but, surveill\u00e9s et menac\u00e9s par des autorit\u00e9s qui ont derri\u00e8re elles toute la masse des ouvriers. En un mot, sit\u00f4t la victoire acquise, la m\u00e9fiance du prol\u00e9tariat ne doit plus se tourner contre le parti r\u00e9actionnaire vaincu, mais contre ses anciens alli\u00e9s, contre le parti qui veut exploiter seul la victoire commune. (Marx, \u00ab<em> Adresse du CC \u00e0 la Ligue <\/em>\u00bb, mars 1850, \u0152uvres choisies, Progr\u00e8s, t. 1, p. 189)<\/quote><\/p>\n<p>Tout le reste de leur vie, Engels et Marx d\u00e9fendront l\u2019ind\u00e9pendance de la classe ouvri\u00e8re, contre Lassalle en Allemagne qui n\u00e9gocie dans le dos de la classe ouvri\u00e8re avec Bismarck, contre la majorit\u00e9 des blanquistes qui se rallient \u00e0 un candidat bonaparte, le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Les ouvriers parisiens, dans leur majorit\u00e9, se sont comport\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on tout simplement lamentable et on ne peut qu\u2019\u00eatre attrist\u00e9 pour leur conscience de classe socialiste lorsqu\u2019on observe que 17 000 voix seulement vont \u00e0 un candidat socialiste, tandis qu\u2019un guignol et un d\u00e9magogue comme Boulanger obtient 240 000 voix. (Bebel, \u00ab<em> Aus Norddeutschland <\/em>\u00bb, 29 janvier 1889, cit\u00e9 dans Engels et Marx, Le Mouvement ouvrier fran\u00e7ais, Maspero, t. 2, p. 133)<\/quote><\/p>\n<p><quote class='citations'>Le boulangisme en France et la question irlandaise en Angleterre sont les deux grands obstacles sur notre chemin, les deux questions secondaires qui emp\u00eachent la formation d\u2019un parti ouvrier ind\u00e9pendant. (Engels, \u00ab<em> Lettre \u00e0 Laura Lafargue <\/em>\u00bb, 8 octobre 1889, Engels et Marx, La IIIe R\u00e9publique, ES, p. 231)<\/quote><\/p>\n<h3>Fin du XIXe si\u00e8cle : la difficile coexistence entre communistes et opportunistes<\/h3>\n<p>Les partis ouvriers-bourgeois ont en commun d\u2019avoir pour origine les efforts historiques de la classe ouvri\u00e8re (ouvriers, employ\u00e9s, techniciens, etc.) pour s\u2019opposer politiquement \u00e0 la bourgeoisie, \u00e0 ses partis (y compris \u00e0 son aile lib\u00e9rale, au sens de d\u00e9mocrate), voire \u00e0 son \u00c9tat. Mais ils ont connu des chemins diff\u00e9rents au \u00ab<em> r\u00e9formisme <\/em>\u00bb. Que l\u2019on entende par-l\u00e0 que le cadre du capitalisme est le meilleur qui soit et qu\u2019il convient d\u2019y am\u00e9liorer le sort de la classe ouvri\u00e8re par des \u00ab<em> r\u00e9formes <\/em>\u00bb ou bien que des \u00ab<em> r\u00e9formes <\/em>\u00bb permettront d\u2019atteindre le socialisme progressivement dans le cadre de la nation (plus ou moins destin\u00e9e \u00e0 servir alors d\u2019exemple \u00e0 l\u2019univers), en utilisant l\u2019\u00c9tat qui serait au-dessus des classes.<\/p>\n<p>Certains ont \u00e9t\u00e9 d\u2019embl\u00e9e r\u00e9formistes, car ils sont n\u00e9s dans l\u2019hostilit\u00e9 au marxisme et \u00e0 la r\u00e9volution (le LP d\u2019Australie en 1891, le LP de Grande-Bretagne en 1906\u2026). Ce dernier est apparu quand le capitalisme britannique dominait le monde. Les syndicats obtenaient des concessions pour une partie des salari\u00e9s. Une \u00ab<em> aristocratie ouvri\u00e8re <\/em>\u00bb de travailleurs anglais syndiqu\u00e9s sur une base de m\u00e9tier estimait avoir plus en commun avec les patrons qu\u2019avec les autres ouvriers, moins qualifi\u00e9s ou irlandais. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Durant la p\u00e9riode du monopole industriel de l\u2019Angleterre, la classe ouvri\u00e8re anglaise avait dans une certaine mesure partag\u00e9 les b\u00e9n\u00e9fices du monopole. Les b\u00e9n\u00e9fices \u00e9taient in\u00e9galement r\u00e9partis entre eux ; la minorit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e empochait le plus gros, mais m\u00eame la grande masse en touchait au moins un bout temporairement, de temps en temps. (Engels, \u00ab<em> England in 1845 and in 1885 <\/em>\u00bb, f\u00e9vrier 1885, Engels &#038; Marx, Articles on Britain, Progress, p. 394)<\/quote><\/p>\n<p>Au d\u00e9but, les syndicats britanniques se contentaient de faire pression sur le Liberal Party (Parti lib\u00e9ral), le parti de la bourgeoisie d\u00e9mocratique. Par d\u00e9ception, ils constitu\u00e8rent en 1899 un organisme politique, le Comit\u00e9 de repr\u00e9sentation du travail (LRC), qui pr\u00e9sente quelques candidats, mais pour mieux n\u00e9gocier avec le Parti lib\u00e9ral. Les trois organisations \u00ab<em> socialistes <\/em>\u00bb de l\u2019\u00e9poque particip\u00e8rent \u00e0 la fondation du LRC. La F\u00e9d\u00e9ration social-d\u00e9mocrate (SDF) se r\u00e9clamait du marxisme, mais la Soci\u00e9t\u00e9 fabienne (FS) et le Parti du travail ind\u00e9pendant (ILP) \u00e9taient r\u00e9formistes : la FS \u00e9tait \u00e9tatiste et technocratique, l\u2019ILP \u00e9tait chr\u00e9tienne et parlementariste. <\/p>\n<p><quote class='citations'>En fait, l\u2019histoire du LRC se confond largement avec celle des manoeuvres politiques pour parvenir \u00e0 des accords avec les lib\u00e9raux. Que cela incl\u00fbt souvent le choix de candidats \u00ab<em> mod\u00e9r\u00e9s <\/em>\u00bb de pr\u00e9f\u00e9rence aux socialistes \u00e9tait quelque chose que les strat\u00e8ges du LRC (MacDonald et Keir Hardie) \u00e9tait pr\u00eats \u00e0 accepter facilement\u2026 Il est notable que les chefs du LRC trouvaient tous plus facile d\u2019envisager de s\u2019associer aux lib\u00e9raux qu\u2019aux marxistes de la SDF. (Miliband, Parliamentary socialism, 1961, Merlin, p. 19-20)<\/quote><\/p>\n<p>En 1901, la SDF quitta \u00e0 tort le LRC, avant de devenir le BSP qui v\u00e9g\u00e9ta jusqu\u2019\u00e0 la guerre. En 1906, le LRC se nomma Labour Party (Parti travailliste). L\u2019ILP, qui avait mis\u00e9 sur le LP, se d\u00e9veloppa jusqu\u2019\u00e0 comprendre plusieurs milliers de membres.<\/p>\n<p>Contrairement aux partis travaillistes, d\u2019autres partis politiques ouvriers furent fond\u00e9s sur la base du marxisme et dans le but affich\u00e9 de guider la r\u00e9volution sociale de la classe ouvri\u00e8re : dans le cadre de l\u2019IO, le SAP de 1875 en Allemagne \u00e0 l\u2019origine du SPD et de Die Linke ; dans le cadre de l\u2019IC, le SACP de 1921 en Afrique du Sud, le SEKE de Gr\u00e8ce en 1918 \u00e0 l\u2019origine du KKE actuel (par le biais du PC dit \u00ab<em> de l\u2019ext\u00e9rieur <\/em>\u00bb ou \u00ab<em> tankiste <\/em>\u00bb qui c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 nouveau Staline depuis 1995) et de Syriza (par l\u2019interm\u00e9diaire de la Synapsim\u00f3s et pr\u00e9c\u00e9demment du parti \u00ab<em> communiste <\/em>\u00bb dit \u00ab<em> de l\u2019int\u00e9rieur <\/em>\u00bb ou \u00ab<em> eurocommuniste <\/em>\u00bb) ; les deux fractions staliniennes \u00e9taient r\u00e9unies en 1989 pour gouverner avec le parti bourgeois ND.<\/p>\n<p>Tout parti ouvrier r\u00e9volutionnaire nait des efforts internationalistes de l\u2019aile la plus consciente de la classe ouvri\u00e8re. De telles organisations ne s\u2019opposaient pas aux conqu\u00eates politiques du peuple ni aux revendications \u00e9conomiques des travailleurs, mais ils soutenaient que ces r\u00e9formes \u00e9taient le r\u00e9sultat de la lutte des classes, fragiles et devaient servir de marchepied \u00e0 un but plus grand, mondial, le renversement final de la bourgeoisie, le pouvoir des travailleurs, l\u2019association libre des producteurs. <\/p>\n<p>Entre ces deux p\u00f4les, d\u2019autres partis, \u00e0 leur apparition, \u00e9taient ambigus quant \u00e0 leurs r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques et programmatiques : le PSOE d\u2019Espagne en 1879 \u00e0 l\u2019origine du PSOE actuel et du PCE-IU ; POB-BWP de 1885 en Belgique \u00e0 l\u2019origine du PS et du SPA aujourd\u2019hui totalement s\u00e9par\u00e9s ; la SFIO de 1905 \u00e0 l\u2019origine du PS actuel, du PCF et de LFI de France\u2026 Ces partis \u00e9taient partag\u00e9s de mani\u00e8re plus ou moins confuse entre r\u00e9volutionnaires et r\u00e9formistes. <\/p>\n<p>En France, dans le mouvement socialiste divis\u00e9 de la fin du XIXe si\u00e8cle, les \u00ab<em> opportunistes <\/em>\u00bb ou \u00ab<em> possibilistes <\/em>\u00bb (Malon, Brousse, Allemane, Jaur\u00e8s\u2026) s\u2019affrontent aux \u00ab<em> collectivistes <\/em>\u00bb ou \u00ab<em> marxistes <\/em>\u00bb (Deville, Lafargue, Guesde\u2026).<\/p>\n<p><quote class='citations'>Le point de litige est purement de principe : faut-il conduire la bataille comme une lutte de classe du prol\u00e9tariat contre la bourgeoisie ou est-il permis de mani\u00e8re tout \u00e0 fait opportuniste ou possibiliste de laisser tomber le caract\u00e8re de classe du mouvement et du programme partout o\u00f9 l\u2019on peut obtenir plus de voix ou de partisans ? C\u2019est en faveur de quoi Malon et Brousse se sont prononc\u00e9s, sacrifiant le caract\u00e8re de classe prol\u00e9tarien et rendant la s\u00e9paration in\u00e9vitable. Et c\u2019est bien ainsi. Le prol\u00e9tariat se d\u00e9veloppe partout au travers de luttes internes. (Engels, \u00ab<em> Lettre \u00e0 Bebel <\/em>\u00bb, 28 octobre 1882, Engels &#038; Marx, Le Mouvement ouvrier fran\u00e7ais, Maspero, t. 2, p. 111)<\/quote><\/p>\n<p>Le conflit se poursuit en France au sein du Parti socialiste, unifi\u00e9 en 1903 par l\u2019Internationale, mais le courant guesdiste et le blanquisme se scl\u00e9rosent et sombrent dans le patriotisme. <\/p>\n<p><quote class='citations'>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dant la guerre, le Parti socialiste fran\u00e7ais se pr\u00e9sentait, sur ses sommets directeurs, comme l&rsquo;expression la plus compl\u00e8te et la plus achev\u00e9e de tous les c\u00f4t\u00e9s n\u00e9gatifs de la 2e Internationale : l&rsquo;aspiration continuelle vers la collaboration des classes (le nationalisme, la participation \u00e0 la presse bourgeoise, les votes de cr\u00e9dits et de confiance \u00e0 des minist\u00e8res bourgeois, etc.) ; attitude d\u00e9daigneuse ou indiff\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la th\u00e9orie socialiste, c&rsquo;est-\u00e0-dire des t\u00e2ches fondamentales sociales r\u00e9volutionnaires de la classe ouvri\u00e8re ; le respect superstitieux \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des idoles de la d\u00e9mocratie bourgeoise (la r\u00e9publique, le parlement, le suffrage universel, la responsabilit\u00e9 du minist\u00e8re, etc., etc.) ; l&rsquo;internationalisme ostentatoire et purement d\u00e9coratif, alli\u00e9 \u00e0 une extr\u00eame m\u00e9diocrit\u00e9 nationale, au patriotisme petit-bourgeois et, souvent, \u00e0 un grossier chauvinisme. (Trotsky, \u00ab<em> Pour le 2e congr\u00e8s mondial de l\u2019IC <\/em>\u00bb, 22 juillet 1920, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 81)<\/quote><\/p>\n<h3>Fin du XIXe si\u00e8cle et d\u00e9but du XXe : la bureaucratie ouvri\u00e8re<\/h3>\n<p>Les syndicats et les partis, m\u00eame coiff\u00e9s par une internationale, restent \u00e9troitement nationaux. La pratique r\u00e9elle du mouvement ouvrier europ\u00e9en de la fin du XIXe si\u00e8cle et du d\u00e9but du XXe (n\u00e9gociations syndicales avec le patronat, campagnes \u00e9lectorales et activit\u00e9 parlementaire\u2026) semble, du moins jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9volution russe de 1905, \u00e9loign\u00e9e de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, de l\u2019armement du peuple, de l\u2019insurrection, en fait de toute r\u00e9volution sociale. <\/p>\n<p><quote class='citations'>D\u00e8s 1889, les partis ouvriers nationaux se r\u00e9unirent en congr\u00e8s \u00e0 Paris et cr\u00e9\u00e8rent la 2e Internationale. Mais le centre de gravit\u00e9 du mouvement ouvrier \u00e9tait plac\u00e9 enti\u00e8rement, \u00e0 cette \u00e9poque, sur le terrain national, dans le cadre des \u00c9tats nationaux, sur la base de l\u2019industrie nationale, dans le domaine du parlementarisme national. Plusieurs d\u00e9cennies de travail, d\u2019organisation et de r\u00e9formes engendr\u00e8rent une g\u00e9n\u00e9ration de cadres dont la majorit\u00e9 acceptait en paroles le programme de la r\u00e9volution sociale, mais y avaient renonc\u00e9 en fait et s\u2019\u00e9taient enfonc\u00e9s dans le r\u00e9formisme, dans une adaptation servile \u00e0 la domination de la bourgeoisie. (\u00ab<em> Manifeste <\/em>\u00bb, 6 mars 1919, 1er congr\u00e8s de l\u2019Internationale communiste, EDI, 1974, p. 213)<\/quote><\/p>\n<p>S\u2019adaptant \u00e0 cette p\u00e9riode, Eduard Bernstein d\u00e9clenche \u00e0 partir de 1896 une pol\u00e9mique au sein du SPD et de l\u2019Internationale. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Le but, quel qu\u2019il soit, n\u2019est rien pour moi, le mouvement est tout. (Bernstein, \u00ab<em> La th\u00e9orie de l\u2019effondrement et la politique coloniale <\/em>\u00bb, janvier 1898, cit\u00e9 par Bo Gustafsson, Marxismus und Revisionismus, Europ\u00e4ische Verlagsanstalt, 1972, p. 108).<\/quote><\/p>\n<p>Il r\u00e9vise ouvertement et syst\u00e9matiquement la doctrine officielle : hostilit\u00e9 \u00e0 la dialectique, r\u00e9futation de la th\u00e9orie de la valeur, pronostic de la disparition de grandes crises \u00e9conomique, \u00e9largissement num\u00e9rique de la classe capitaliste et d\u00e9veloppement des classes interm\u00e9diaires, socialisme bas\u00e9 sur une simple exigence morale, perspective de transformation graduelle et pacifique du capitalisme, d\u00e9mocratisation de l\u2019\u00c9tat\u2026 (Probl\u00e8mes du socialisme, 1898 ; Les Pr\u00e9misses du socialisme, 1899).<\/p>\n<p>Jean Jaur\u00e8s (PSI de France) est indiff\u00e9rent mais Gueorgui Plekhanov (POSDR de Russie) lance une contre-offensive vigoureuse qui oblige August Bebel et Karl Kautsky \u00e0 condamner au congr\u00e8s de Paris de l\u2019IO (1900) les positions de Bernstein, tout en refusant de l\u2019exclure du parti. \u00c0 cette occasion, Luxemburg (SDKP de Pologne et SPD) se distingue par la profondeur de sa critique, malgr\u00e9 son jeune \u00e2ge (27 ans). <\/p>\n<p>Le LP de Grande-Bretagne demande en 1908 \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019Internationale ouvri\u00e8re. Il ne se r\u00e9clame pas du socialisme. Au Bureau socialiste international de l\u2019IO, Karl Kautsky (SPD d\u2019Allemagne) le fait accepter. L\u00e9nine (POSDR de Russie) vote pour dans la mesure o\u00f9 il amorce une rupture avec la bourgeoisie (en se constituant en parti et pr\u00e9sentant ses propres candidats aux \u00e9lections dans certaines circonscriptions). Mais L\u00e9nine refuse de propager des illusions sur ce parti.<\/p>\n<p><em>La deuxi\u00e8me partie de la r\u00e9solution de Kautsky est erron\u00e9e car, en fait, il n\u2019est pas vrai que le Parti travailliste soit r\u00e9ellement ind\u00e9pendant du Parti lib\u00e9ral et qu\u2019il m\u00e8ne une politique de classe vraiment autonome\u2026 (L\u00e9nine, \u00ab<em> La session du Bureau socialiste international <\/em>\u00bb, 16 octobre 1908, \u0152uvres t. 15, Progr\u00e8s, p. 251-252)<\/em><\/p>\n<p>Avec la mutation du capitalisme ascendant en imp\u00e9rialisme de la fin du XIXe si\u00e8cle en Europe, du d\u00e9but du XXe en Am\u00e9rique du nord et au Japon, l\u2019opportunisme change de nature. L\u2019\u00c9tat bourgeois, renforc\u00e9, se met \u00e0 entretenir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment des relations avec les sommets du mouvement ouvrier. Les partis socialistes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes comme le PS-SFIO et m\u00eame les partis se r\u00e9clamant encore du marxisme comme le SPD sombrent dans le r\u00e9formisme originel de la plupart des syndicats et des partis travaillistes. <\/p>\n<p><quote class='citations'>L\u2019Allemagne de Guillaume II offrait aux r\u00e9formistes des possibilit\u00e9s de sin\u00e9cures personnelles dans les organismes parlementaires, les municipalit\u00e9s, les syndicats et autres postes. La d\u00e9fense de l\u2019Allemagne imp\u00e9riale \u00e9tait la d\u00e9fense d\u2019une auge bien pleine dans laquelle la bureaucratie ouvri\u00e8re conservatrice enfouissait le groin. (4e Internationale, Manifeste, 1940, GMI, p. 24)<\/quote><\/p>\n<p>Cependant, lors des congr\u00e8s de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re, les r\u00e9volutionnaires r\u00e9sistent aux opportunistes qui refl\u00e8tent la pression de la bourgeoisie sur les sections. Il en est ainsi sur la participation \u00e0 des gouvernements bourgeois, sur le colonialisme, sur la guerre. La r\u00e9solution adopt\u00e9e par l\u2019IO \u00e0 son 7e congr\u00e8s (Stuttgart, 1907) comprend un amendement soumis par L\u00e9nine (POSDR \/ Russie), Martov (idem) et Luxemburg (SDKP \/ Pologne).<\/p>\n<p><quote class='citations'>Au cas o\u00f9 la guerre \u00e9claterait n\u00e9anmoins, les socialistes ont de devoir de s\u2019entremettre pour la faire cesser promptement et d\u2019utiliser de toutes leurs forces la crise \u00e9conomique et politique pour agiter les couches populaires les plus profondes et pr\u00e9cipiter la chute de la domination capitaliste. (Encyclop\u00e9die de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re, Quillet, 1913, p. 58)<\/quote><\/p>\n<p>Mais il n\u2019y a aucune fraction organis\u00e9e, aucune coordination internationale durable.<\/p>\n<p><quote class='citations'>La part de L\u00e9nine au congr\u00e8s socialiste de Stuttgart est bien connue. On sait qu\u2019\u00e0 cette occasion, il chercha avec l\u2019aide de Rosa Luxemburg \u00e0 convoquer en une r\u00e9union particuli\u00e8re les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s marxiste-r\u00e9volutionnaires r\u00e9solus \u00e0 marquer leur opposition avec la tactique r\u00e9formiste de certains dirigeants. Cette tentative fut, sinon un \u00e9chec, du moins une r\u00e9ussite discutable, le nombre de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s ayant r\u00e9pondu \u00e0 cette initiative \u00e9tait rest\u00e9 tr\u00e8s faible. En revanche, L\u00e9nine obtenait des succ\u00e8s dans ses interventions \u00e0 la r\u00e9union du Bureau socialiste international ; par exemple, il obtint que soit repouss\u00e9e la demande d\u2019admission des sionistes socialistes. (Haupt, \u00ab<em> Correspondance entre L\u00e9nine et Huysmans <\/em>\u00bb, Cahiers du monde russe et sovi\u00e9tique, octobre 1962)<\/quote><\/p>\n<p>Au sein des partis nationaux, sauf ceux qui sont qui scissionnent bien avant la guerre (SDKP en Pologne, POSDR-Bolchevik en Russie, PSDB-Tesnyats en Bulgarie\u2026), les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9volutionnaires sont en fait musel\u00e9s par le \u00ab<em> centre <\/em>\u00bb qui couvre l\u2019aile opportuniste qui incarne la \u00ab<em> bureaucratie ouvri\u00e8re <\/em>\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les permanents des syndicats et du parti, les \u00e9lus et les journalistes. Produite de l\u2019\u00e9poque imp\u00e9rialiste, la bureaucratie ouvri\u00e8re (au sens qu\u2019elle contr\u00f4le des organisations ouvri\u00e8res de masse) est une couche socialement petite-bourgeoise (interm\u00e9diaire entre les classes fondamentales) et politiquement bourgeoise (une agence de la bourgeoisie au sein du prol\u00e9tariat).<\/p>\n<p><quote class='citations'>Les sin\u00e9cures lucratives et de tout repos dans un minist\u00e8re, au Parlement et dans diff\u00e9rentes commissions, dans les r\u00e9dactions de \u00ab<em> solides <\/em>\u00bb journaux l\u00e9gaux ou dans les directions de syndicats ouvriers non moins solides et d\u2019ob\u00e9dience bourgeoise, voil\u00e0 ce dont use la bourgeoisie imp\u00e9rialiste pour attirer et r\u00e9compenser les repr\u00e9sentants et les partisans des partis ouvriers bourgeois. (L\u00e9nine, \u00ab<em> L\u2019imp\u00e9rialisme et la scission du socialisme <\/em>\u00bb, novembre 1916, OEuvres, Progr\u00e8s, t. 23, p. 129)<\/quote><\/p>\n<p>La guerre inter-imp\u00e9rialiste de 1914 \u00e0 1918 (puis la r\u00e9volution et la contre-r\u00e9volution en Ukraine, en Finlande, en Hongrie, en Allemagne\u2026 de 1917 \u00e0 1919) rendent impossible la poursuite de la coexistence entre r\u00e9formistes et r\u00e9volutionnaires au sein des m\u00eames partis. <\/p>\n<p><quote class='citations'>La bureaucratie ouvri\u00e8re et les compagnons de route petits-bourgeois ne pouvaient soumettre le mouvement ouvrier qu\u2019en reconnaissant en paroles les objectifs r\u00e9volutionnaires et la tactique r\u00e9volutionnaire\u2026 Cette contradiction \u00e9tait un abc\u00e8s qui devait percer un jour et qui a \u00e9t\u00e9 perc\u00e9\u2026 Ceux qui ont vot\u00e9 les cr\u00e9dits de guerre, qui sont entr\u00e9s dans les gouvernements et ont soutenu l\u2019id\u00e9e de d\u00e9fense de la patrie en 1914-1915 ont trahi le socialisme\u2026 (L\u00e9nine, \u00ab<em> L\u2019opportunisme et la faillite de la 2e Internationale <\/em>\u00bb, janvier 1916, OEuvres, Progr\u00e8s, t. 22, p. 118-119)<\/quote><\/p>\n<h3>XXe si\u00e8cle : la scission du mouvement ouvrier par les sociaux-chauvins<\/h3>\n<p>Quand la Premi\u00e8re guerre mondiale \u00e9clata, l\u2019aile opportuniste, sociale-chauvine, apr\u00e8s avoir trahi la cause prol\u00e9tarienne et ralli\u00e9 sa bourgeoisie, n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 s\u2019appuyer sur l\u2019\u00c9tat contre ses opposants rest\u00e9s internationalistes. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Les masses attir\u00e9es sous les banni\u00e8res de la sociale-d\u00e9mocratie et des syndicats en vue de livrer combat au capital ont \u00e9t\u00e9, par ces organisations pr\u00e9cis\u00e9ment, plac\u00e9es sous le joug de la bourgeoisie comme elles ne l\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 depuis qu\u2019existe le capitalisme moderne. (Luxemburg, \u00ab<em> Scission, unit\u00e9 et d\u00e9mission <\/em>\u00bb, janvier 1917, Correspondance, Maspero, t. 2, p. 156)<\/quote><\/p>\n<p>La guerre a aussi bris\u00e9 les distinctions ant\u00e9rieures entre travaillisme et sociale-d\u00e9mocratie (et aussi entre \u00ab<em> marxistes <\/em>\u00bb affich\u00e9s et pr\u00e9tendus \u00ab<em> syndicalistes-r\u00e9volutionnaires <\/em>\u00bb). Les internationalistes sont regroup\u00e9s en 1915 par L\u00e9nine, Radek et Zinoviev dans la Gauche de Zimmerwald. Cela pr\u00e9pare la victoire de la r\u00e9volution russe en 1917, qui permet de lancer en 1919 l\u2019Internationale communiste (IC), d\u00e9limit\u00e9e des sociaux-patriotes (qui collaborent avec la bourgeoisie contre la r\u00e9volution) et les centristes (qui refusent de rompre avec les pr\u00e9c\u00e9dents). <\/p>\n<p>La r\u00e9volution russe de 1917 contraint les chefs r\u00e9formistes et les bureaucraties politiques \u00e0 ruser avec la classe ouvri\u00e8re qui lui est d\u2019instinct favorable. Ces man\u0153uvres sont d\u2019autant plus efficaces qu\u2019il n\u2019y a pas face \u00e0 eux un parti ouvrier r\u00e9volutionnaire comme le Parti bolchevik qui a organis\u00e9 l\u2019insurrection en octobre 1917, quand il est devenu majoritaire dans les soviets, pour renverser le gouvernement PKD-PM-PSR et remettre le pouvoir aux soviets.<\/p>\n<p>En 1918, quand la r\u00e9volution \u00e9clate en Allemagne, le SPD et l\u2019USPD, majoritaires dans les conseils de soldats et d\u2019ouvriers, constituent un \u00ab<em> conseil des commissaires du peuple <\/em>\u00bb dont le nom est calqu\u00e9 sur le pouvoir des soviets en Russie. Le pr\u00e9sident du \u00ab<em> conseil <\/em>\u00bb, Ebert est en m\u00eame temps le chancelier du Reich d\u00e9sign\u00e9 par l\u2019h\u00e9ritier du tr\u00f4ne Max de Bade. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Le 10 novembre, la dualit\u00e9 de pouvoir aboutissait ainsi \u00e0 un sommet unique, un gouvernement \u00e0 double face ; sovi\u00e9tique pour les ouvriers, bourgeoise et l\u00e9gale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, des classes dirigeantes, de l\u2019arm\u00e9e et de l\u2019Entente\u2026 D\u00e8s le 10 novembre, le mar\u00e9chal Hindenburg t\u00e9l\u00e9graphie aux chefs militaires que l\u2019\u00e9tat-major est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 collaborer avec le chancelier pour \u00ab<em> \u00e9viter l\u2019extension du bolchevisme terroriste en Allemagne <\/em>\u00bb. (Brou\u00e9, R\u00e9volution en Allemagne, 1971, Minuit, p. 173)<\/quote><\/p>\n<p>Les dirigeants du SPD Ebert et Scheidemann, en lien avec les grands capitalistes et l\u2019\u00e9tat-major, sauvent la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, la presse bourgeoise et l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, puis ils donnent l\u2019ordre d\u2019\u00e9craser en janvier 1919 l\u2019insurrection pr\u00e9matur\u00e9e de la SB-KPD qui vient juste de se s\u00e9parer de l\u2019USPD. Avec plusieurs centaines de travailleurs r\u00e9volutionnaires, Liebknecht, Luxemburg et Jogiches (KPD) sont assassin\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1918, le Parti travailliste de Grande-Bretagne (LP) se r\u00e9f\u00e8re vaguement au socialisme tout en remaniant ses statuts pour soumettre plus \u00e9troitement la base \u00e0 la bureaucratie. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Ce remaniement \u00e9tait \u00e9videmment particuli\u00e8rement peu au go\u00fbt de la gauche travailliste, qui \u00e9tait ainsi condamn\u00e9e \u00e0 une tutelle permanente. La gauche du parti tira quelque consolation et un peu d\u2019espoir gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019insertion dans les statuts de la fameuse clause 4 socialiste qui engageait formellement le parti \u00e0 \u00ab<em> assurer pour les travailleurs manuels ou intellectuels les fruits de leur activit\u00e9 et par cons\u00e9quent la distribution la plus \u00e9quitable possible, sur la base de la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de production <\/em>\u00bb. (Miliband, Parliamentary Socialism, 1961, Merlin, p. 60) <\/quote><\/p>\n<p>Quand la bourgeoisie britannique envoie des troupes en Russie contre la r\u00e9volution socialiste, le LP proteste mais refuse d\u2019agir. La direction du LP, qui s\u2019affiche pourtant comme le parti de toute la classe ouvri\u00e8re et abrite diff\u00e9rents groupes r\u00e9formistes, rejette en 1920 la demande d\u2019adh\u00e9sion du jeune Parti communiste\u2026 <\/p>\n<p>En 1920, en France, lors du congr\u00e8s o\u00f9 le PS-SFIO d\u00e9cide d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019Internationale communiste, la minorit\u00e9 r\u00e9formiste n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9clarer : \u00ab<em> La dictature du prol\u00e9tariat, nous en sommes partisans <\/em>\u00bb. (Blum, \u00ab<em> Discours au congr\u00e8s de Tours <\/em>\u00bb, d\u00e9cembre 1920, cit\u00e9 par Lefranc, Le Mouvement socialiste, Payot, t. 2, p. 235). La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab<em> dictature du prol\u00e9tariat <\/em>\u00bb n\u2019est qu\u2019une contrefa\u00e7on. En pratique, elle n\u2019emp\u00eache pas les scissionnistes de s\u2019allier en 1924 avec le Parti radical (PR), le grand parti bourgeois \u00ab<em> de gauche <\/em>\u00bb dans le \u00ab<em> Cartel des gauches <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>La bourgeoisie a besoin d\u2019agents au sein de la classe ouvri\u00e8re, quitte \u00e0 conc\u00e9der des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques aux travailleurs et des pr\u00e9bendes aux bureaucraties ouvri\u00e8res. Sinon, si elle veut faire l\u2019\u00e9conomie des bureaucraties ouvri\u00e8res, il faut qu\u2019elle abandonne le pouvoir aux mains d\u2019une junte militaire ou au fascisme, ce qui ne va pas sans risque.<\/p>\n<p><quote class='citations'>La grande bourgeoisie qui ne constitue qu&rsquo;une fraction infime de la nation ne peut se maintenir au pouvoir sans appui dans la petite bourgeoisie de la ville et de la campagne, c&rsquo;est-\u00e0-dire parmi les derniers repr\u00e9sentants des anciennes couches moyennes, et dans les masses qui constituent aujourd&rsquo;hui les nouvelles couches moyennes. \u00c0 l&rsquo;heure actuelle, cet appui rev\u00eat deux formes principales, politiquement antagoniques, mais historiquement compl\u00e9mentaires : la social-d\u00e9mocratie et le fascisme. Divis\u00e9e, la grande bourgeoisie allemande h\u00e9site aujourd&rsquo;hui. Les d\u00e9saccords internes ne portent que sur le choix du traitement \u00e0 appliquer aujourd&rsquo;hui \u00e0 la crise sociale. La th\u00e9rapeutique sociale-d\u00e9mocrate rebute une partie de la grande bourgeoisie, parce que ses r\u00e9sultats ont un caract\u00e8re incertain et qu&rsquo;elle risque d&rsquo;entra\u00eener de trop grands frais g\u00e9n\u00e9raux (imp\u00f4ts, l\u00e9gislation sociale, salaires). L&rsquo;intervention chirurgicale fasciste appara\u00eet \u00e0 l&rsquo;autre partie trop risqu\u00e9e\u2026 (Trotsky, \u00ab<em> Le tournant de l&rsquo;Internationale Communiste et la situation en Allemagne <\/em>\u00bb, 26 septembre 1930, Contre le fascisme, Syllepse, p. 112-113)<\/quote><\/p>\n<p>Le coup de tonnerre de la victoire du fascisme en Allemagne en 1933, \u00e0 cause de la politique criminelle du SPD et du KPD, conduit aussi \u00e0 un tournant \u00e0 gauche de la \u00ab<em> 2e Internationale <\/em>\u00bb reconstitu\u00e9e. Des courants centristes \u00e9mergent ou se renforcent au sein de ses partis. Mais, sauf dans les cas o\u00f9 les bolcheviks-l\u00e9ninistes captent les aspirations des ouvriers et des \u00e9tudiants socialistes pour les orienter vers une nouvelle internationale, les courants centristes r\u00e9gressent dans le r\u00e9formisme d\u2019origine ou rejoignent le stalinisme tout aussi contre-r\u00e9volutionnaire que leur maison-m\u00e8re.<\/p>\n<p>Le PS-SFIO et le PCF-SFIC devenu \u00e0 son tour patriote en 1935 s\u2019allient avec le Parti radical sur un programme de maintien du capitalisme fran\u00e7ais et de d\u00e9fense de l\u2019\u00c9tat bourgeois, celui du \u00ab<em> Front populaire <\/em>\u00bb. La \u00ab<em> dictature du prol\u00e9tariat <\/em>\u00bb du PS et du PCF n\u2019emp\u00eache pas Blum d\u2019exercer le pouvoir en 1936-1937 avec le soutien de Thorez pour sauver la bourgeoisie menac\u00e9e par la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale et son empire colonial \u00e9branl\u00e9 par les mouvements d\u2019\u00e9mancipation nationale.<\/p>\n<h3>XXe si\u00e8cle : le stalinisme empoisonne le mouvement ouvrier<\/h3>\n<p>Avec la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l\u2019URSS arri\u00e9r\u00e9e et isol\u00e9e, les partis communistes cr\u00e9\u00e9s dans le cadre de l\u2019IC du temps de L\u00e9nine et de Trotsky convergent \u00e0 partir de 1924 avec le r\u00e9formisme, au point d\u2019adopter en 1934 leur patriotisme et leur strat\u00e9gie d\u2019alliance avec la bourgeoisie (rebaptis\u00e9e \u00ab<em> front populaire <\/em>\u00bb). <\/p>\n<p><em>Par la transformation social-patriotique du stalinisme, toute distinction entre la 2e Internationale et la 3e Internationale a pratiquement disparu. (\u00ab<em> L\u2019\u00c9volution de l\u2019Internationale communiste <\/em>\u00bb, juillet 1936, Les Congr\u00e8s de la 4e Internationale, La Br\u00e8che, t. 1, p. 170))<\/em><\/p>\n<p>Staline dissout, sans m\u00eame un congr\u00e8s, la 3e Internationale en 1943. L\u2019Internationale r\u00e9formiste constitu\u00e9e en 1920 (IOS) est paralys\u00e9e \u00e0 partir de 1935, les partis travaillistes et sociaux-d\u00e9mocrates du nord de l\u2019Europe, \u00e9tant h\u00e9g\u00e9moniques dans leur classe ouvri\u00e8re, sont hostiles aux fronts populaires, alors que ceux confront\u00e9s \u00e0 un fort parti stalinien y sont favorables. Certains partis interm\u00e9diaires entre l\u2019IOS et l\u2019IC constituent en 1932 une internationale centriste (CMRI, dit Bureau de Londres) qui capitule devant les fronts populaires et s\u2019oppose par cons\u00e9quent \u00e0 la 4e Internationale. Elle s\u2019effondre avec la 2e Guerre mondiale.<\/p>\n<p>L\u2019Internationale socialiste est fond\u00e9e en 1944 sur la base du ralliement aux Alli\u00e9s dans la guerre inter-imp\u00e9rialiste, puis \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain lors de la guerre froide. Relanc\u00e9e par les m\u00eames partis que l\u2019IOS d\u2019avant la deuxi\u00e8me guerre mondiale, elle n\u2019est plus une internationale ouvri\u00e8re car elle int\u00e8gre une dizaine de partis bourgeois des pays domin\u00e9s. Par exemple, le RCD de Ben Ali n\u2019a \u00e9t\u00e9 exclu qu\u2019apr\u00e8s la r\u00e9volution tunisienne de 2011. Et certains courants socialistes sont int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 un parti bourgeois, comme Sanders ou les DSA qui sont membres du Parti d\u00e9mocrate aux EU, parti soutenu de l\u2019ext\u00e9rieur par ce qui reste du parti stalinien CPUSA. <\/p>\n<p>Les partis vautr\u00e9s depuis longtemps dans la d\u00e9mocratie bourgeoise ou ceux qui \u00e9taient soumis au Kremlin, tous nationalistes, n\u2019ont jamais oeuvr\u00e9 au pouvoir des travailleurs et au socialisme mondial. Au mieux, ils ont expropri\u00e9 le capital en instaurant la domination totalitaire d\u2019une caste bureaucratique privil\u00e9gi\u00e9e sur les producteurs. Le plus souvent, ils ont g\u00e9r\u00e9 loyalement le capitalisme au compte de la bourgeoisie, comme le PCF et le PS en 1944-1946, en 1981-1984, en 1997-2002. Ils ont ainsi pr\u00e9par\u00e9, parfois avec des partis centristes (USPD, POUM, MIR\u2026), les conditions politiques de l\u2019\u00e9crasement du prol\u00e9tariat par la classe dominante comme en Allemagne en 1919 et en 1933, en Espagne en 1937, en Indon\u00e9sie en 1965, au Chili en 1973\u2026 Parfois, ils ont particip\u00e9 directement \u00e0 la r\u00e9pression du mouvement r\u00e9volutionnaire, comme le PSR et le PM en Russie en 1917, le SPD en Allemagne en 1919, le PCE-PSUC en Espagne en 1937, le PCV au Vietnam en 1945, le SED en Allemagne en 1953, la SFIO en 1956 en Alg\u00e9rie, le PCC en Chine en 1968, le POUP en Pologne en 1971, le PCC en 1989\u2026<\/p>\n<p>Le socialisme dans un seul pays est impossible. Au fil du temps, les bureaucraties \u00e9tatiques ont c\u00e9d\u00e9 de plus en plus \u00e0 la pression \u00e9conomique, id\u00e9ologique, politique et militaire de l\u2019imp\u00e9rialisme dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, en Yougoslavie, en Hongrie, en Roumanie, en Pologne, en Allemagne\u2026 Dans les ann\u00e9es 1990, la r\u00e9introduction du capitalisme dans les deux principaux \u00c9tats ouvriers, la Russie et la Chine, y liquida la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de productions et transforma une partie de la caste bureaucratique usurpatrice en capitalistes. La bourgeoisie mondiale exploita au maximum cette d\u00e9faite de la classe ouvri\u00e8re mondiale, y compris sur le terrain id\u00e9ologique, en ajoutant de la confusion dans la conscience des masses assimilant la d\u00e9faite de la bureaucratie \u00e0 la d\u00e9faite du socialisme. In\u00e9vitablement, les partis r\u00e9formistes \u00e0 la remorque de leur bourgeoisie accentu\u00e8rent alors leur int\u00e9gration id\u00e9ologique et programmatique au capitalisme. La plupart des partis r\u00e9formistes ont abandonn\u00e9 toute r\u00e9f\u00e9rence au socialisme : voir, entre autres, le plan de juillet 2017 de Schulz (SPD), le manifeste de mai 2017 de Corbyn (Parti travailliste), le programme de d\u00e9cembre 2016 de M\u00e9lenchon (LFI). Le centrisme lui-m\u00eame, qui s\u2019aligne sur les appareils r\u00e9formistes, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9 sur la droite : des organisations ont disparu de la sc\u00e8ne politique, d\u2019autres ont pris leur distance avec la r\u00e9volution russe et le bolchevisme, l\u2019armement du peuple et la dictature du prol\u00e9tariat. <\/p>\n<p>La restauration du capitalisme en Russie et en Chine en 1992 par la bureaucratie stalinienne a annul\u00e9 aussi l\u2019opposition qui datait de la \u00ab<em> guerre froide <\/em>\u00bb entre les partis ouvriers-bourgeois qui servaient directement \u00ab<em> leur <\/em>\u00bb bourgeoisie et acceptaient l\u2019h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9rialiste am\u00e9ricaine (comme le PS-SFIO en France) et les partis \u00ab<em> marxistes-l\u00e9ninistes <\/em>\u00bb qui \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 la bourgeoisie mondiale indirectement, par leur d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des bureaucraties usurpatrices des \u00c9tats ouvriers d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s (comme le PCF en France). Elle a aussi estomp\u00e9 le clivage, parmi ces derniers, entre la minorit\u00e9 qui avait choisi les subventions et le soutien de la Chine et la majorit\u00e9 qui \u00e9tait rest\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 l\u2019URSS. <\/p>\n<p>La plupart des partis staliniens qui menaient la gu\u00e9rilla dans les campagnes ont d\u00e9sarm\u00e9 (dont les FARC de Colombie en 2016). Certains ont particip\u00e9 \u00e0 des gouvernements bourgeois (PCUN-M du N\u00e9pal en 2008-2009, en 2010-2013, en 2016) ou le font encore (FSLN du Nicaragua, SACP d\u2019Afrique du Sud).<\/p>\n<h3>XXIe si\u00e8cle : le r\u00e9formisme sans r\u00e9forme<\/h3>\n<p>Tous les partis r\u00e9formistes contemporains sont, selon le qualificatif de Daniel De Leon repris par L\u00e9nine, des \u00ab<em> partis ouvriers-bourgeois <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Le \u00ab<em> parti ouvrier bourgeois <\/em>\u00bb est in\u00e9vitable et typique dans tous les pays imp\u00e9rialistes. (L\u00e9nine, \u00ab<em> L\u2019Imp\u00e9rialisme et la scission du socialisme <\/em>\u00bb, octobre 1916, OEuvres, Progr\u00e8s, t. 23, p. 128)<\/quote><\/p>\n<p>Les partis r\u00e9formistes sont ouvriers par leur origine et les liens qu\u2019ils conservent avec la classe ouvri\u00e8re par l\u2019adh\u00e9sion directe, par les syndicats ou de mani\u00e8re plus distendue par les \u00e9lections ; bourgeois par leur programme, par leur politique. En effet, cette derni\u00e8re est d\u00e9cid\u00e9e par une bureaucratie, un appareil qui contr\u00f4le le parti, au lieu d\u2019\u00eatre au service du parti ouvrier. <\/p>\n<p><quote class='citations'>L\u2019existence d\u00e9termine la conscience. La bureaucratie ouvri\u00e8re est partie int\u00e9grante de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise\u2026 Les d\u00e9put\u00e9s jouissent d\u2019importants privil\u00e8ges. Les bureaucrates syndicaux re\u00e7oivent de hauts salaires. Tous sont encha\u00een\u00e9s \u00e0 leur bourgeoisie par des liens permanents, \u00e0 sa presse, \u00e0 ses entreprises dans lesquelles nombre de ces messieurs participent directement. (Trotsky, \u00ab<em> La 2e Internationale \u00e0 la veille de la nouvelle guerre <\/em>\u00bb, 29 juillet 1939, Contre le fascisme, Syllepse, p. 675)<\/quote><\/p>\n<p>Les bureaucrates syndicaux et politiques sont les agents de la bourgeoisie. Cela fait du parti une courroie de transmission de la classe dominante dans la classe ouvri\u00e8re, au lieu qu\u2019il serve les int\u00e9r\u00eats d\u2019ensemble des travailleuses et travailleurs contre la classe dominante. Autrement dit, les partis dits r\u00e9formistes ne sont pas des partis qui octroient des r\u00e9formes favorables aux travailleurs, comme ils le pr\u00e9tendent, mais des partis qui trahissent la classe ouvri\u00e8re. <\/p>\n<p>Quand des conqu\u00eates politiques et \u00e9conomiques ont \u00e9t\u00e9 obtenues \u00e0 l\u2019issue de la 2e Guerre mondiale, ce n\u2019est pas gr\u00e2ce aux partis ouvriers bourgeois et aux directions syndicales, c\u2019est \u00e0 cause de l\u2019armement du peuple en Gr\u00e8ce, en Italie et en France, \u00e0 la menace de la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne. Que les gouvernements soient dirig\u00e9s par des partis bourgeois ou des partis r\u00e9formistes est assez secondaire.<\/p>\n<p>Dans la p\u00e9riode suivante, celle des \u00ab<em> trente glorieuses <\/em>\u00bb, la bourgeoise des pays imp\u00e9rialistes a conc\u00e9d\u00e9 d\u2019autres avantages, gr\u00e2ce \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique et \u00e0 la surexploitation des prol\u00e9taires des pays domin\u00e9s, mais toujours sous la pression de la classe ouvri\u00e8re, de la jeunesse en formation, des minorit\u00e9s ethniques\u2026 Les partis r\u00e9formistes deviennent \u00ab<em> keyn\u00e9siens <\/em>\u00bb, mais il en est de m\u00eame des grands partis bourgeois \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Mais les acquis, s\u2019ils ne sont pas garantis par la prise du pouvoir par les producteurs, restent fragiles. Avec la baisse du taux de profit des ann\u00e9es 1960, la dislocation du syst\u00e8me mon\u00e9taire international de Bretton-Woods en 1971-1973, le retour de la crise mondiale de 1973, l\u2019inflation galopante\u2026 les bourgeoisies d\u00e9cident une contre-offensive facilit\u00e9e par le ch\u00f4mage de masse et justifi\u00e9e par l\u2019id\u00e9ologie du lib\u00e9ralisme. Les \u00e9conomistes n\u00e9o-classiques, les journalistes aux ordres et les politiciens bourgeois n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 nommer \u00ab<em> reformes <\/em>\u00bb, par antiphrase, les contre-r\u00e9formes, le d\u00e9mant\u00e8lement des acquis sociaux.<\/p>\n<p>Alors, les \u00ab<em> r\u00e9formistes <\/em>\u00bb, une fois de plus, ont montr\u00e9 qu\u2019ils ne d\u00e9fendent pas les int\u00e9r\u00eats des travailleurs et n\u2019appliquent pas le programme minimum. Face au ch\u00f4mage de masse et aux menaces de d\u00e9localisation, les bureaucraties syndicales se sont mises \u00e0 n\u00e9gocier les attaques contre les salari\u00e9s \u00e0 tous les niveaux, du site au pays entier. Alors, les partis r\u00e9formistes ont, quand ils allaient au pouvoir, privatis\u00e9, rogn\u00e9 les conqu\u00eates sociales, de mani\u00e8re gu\u00e8re diff\u00e9rente des gouvernements des partis bourgeois traditionnels. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Les opportunistes sociaux-d\u00e9mocrates ne connaissent qu\u2019une seule politique : celle de l\u2019adaptation passive. Dans les conditions du capitalisme d\u00e9cadent, il ne leur reste qu\u2019\u00e0 livrer une position apr\u00e8s l\u2019autre, \u00e0 r\u00e9duire leur programme d\u00e9j\u00e0 mis\u00e9rable, diminuer leurs revendications et m\u00eame y renoncer totalement, battre en retraite toujours plus loin\u2026 (4e Internationale, Manifeste, 1940, GMI, p. 25)<\/quote><\/p>\n<p>Les \u00ab<em> r\u00e9formistes <\/em>\u00bb se divisent, comme leur bourgeoisie, sur les accords r\u00e9gionaux (dont le plus avanc\u00e9 est l\u2019Union europ\u00e9enne), les trait\u00e9s de libre-\u00e9change, les migrations, les alliances militaires\u2026<\/p>\n<p><quote class='citations'>Au lendemain de la guerre, les travaillistes britanniques se soucient peu de l\u2019Europe et s\u2019appuient essentiellement sur leur empire colonial tout en lorgnant vers les \u00c9tats-Unis ; les socialistes allemands d\u00e9noncent d\u2019abord \u00e0 travers un discours fonci\u00e8rement nationaliste toute perspective europ\u00e9enne. (Michel Dreyfus, \u00ab<em> Les socialismes europ\u00e9ens de la fin de la Seconde Guerre mondiale \u00e0 la chute du socialisme r\u00e9el <\/em>\u00bb, Actuel Marx, 1er semestre 1998)<\/quote><\/p>\n<p>En outre, les dirigeants des partis politiques ouvriers bourgeois au lieu d\u2019\u00eatre d\u2019anciens ouvriers ou employ\u00e9s, sont de plus en plus recrut\u00e9s dans les m\u00eames \u00e9tablissements qui forment l\u2019\u00e9lite bourgeoise (par exemple, Blair sortait d\u2019Oxford, Hollande de l\u2019ENA\u2026). Les experts en communication y jouent un r\u00f4le grandissant, comme dans les partis bourgeois traditionnels. <\/p>\n<p>Comme les gouvernements des partis r\u00e9formistes appellent aussi \u00ab<em> r\u00e9formes <\/em>\u00bb les contre-r\u00e9formes pour redresser le taux de profit, ils se r\u00e9fugient derri\u00e8re la modernisation soci\u00e9tale (discrimination positive, droit \u00e0 l\u2019avortement, mariage homosexuel, etc.) qui, aussi progressiste soit-elle, n\u2019affecte pas la rentabilit\u00e9 du capital\u2026 et peut tout aussi bien \u00eatre men\u00e9e par des partis bourgeois. <\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, les liens avec la classe ouvri\u00e8re se sont souvent distendus. Certains passent du \u00ab<em> socialisme dans un seul pays <\/em>\u00bb au capitalisme dans un seul pays, rench\u00e9rissant dans le chauvinisme pour tenter de retrouver une audience \u00e9lectorale (KKE de Gr\u00e8ce, LFI de France\u2026) et d\u00e9signent comme ennemi principal l\u2019Union europ\u00e9enne. Mais ils brouillent les fronti\u00e8res de classe et jouent avec le feu.<\/p>\n<p><quote class='citations'>Chacune des d\u00e9clarations patriotiques de Blum, Zyromski, Thorez apporte de l\u2019eau au moulin du nationalisme et, en derni\u00e8re analyse, aide Hitler\u2026 Combattre le fascisme avec les armes du nationalisme n\u2019est rien d\u2019autre que de l\u2019huile jet\u00e9e sur le feu. (Trotsky, \u00ab<em> Qui d\u00e9fend l\u2019URSS ? Qui aide Hitler ? <\/em>\u00bb, 29 juillet 1935, Contre le fascisme, Syllepse, p. 487)<\/quote><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution du r\u00e9formisme (usure de la plupart des vieux partis ou \u00ab<em> populisme <\/em>\u00bb affich\u00e9 des nouveaux mouvements) estompe la diff\u00e9rence entre partis ouvriers et partis bourgeois. Elle facilite, faute d\u2019une alternative r\u00e9volutionnaire de type bolchevik, la mont\u00e9e des mouvements \u00e9cologistes, cl\u00e9ricaux, x\u00e9nophobes\u2026<\/p>\n<h3>Sans combat contre le r\u00e9formisme, pas de r\u00e9volution possible<\/h3>\n<p>Pourtant, bien des formations se r\u00e9clament aujourd\u2019hui de Marx, L\u00e9nine et Trotsky. Mais, au lieu d\u2019affronter les agences de la bourgeoisie et de tracer la voie de partis ouvriers r\u00e9volutionnaires et internationalistes, les courants interm\u00e9diaires, centristes, du mouvement ouvrier refusent, comme les gauchistes, de combattre les bureaucraties opportunistes et chauvines. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Les centristes rampent \u00e0 plat ventre devant les opportunistes, qui sont \u00e9trangers au prol\u00e9tariat en tant que classe, qui sont les serviteurs, les agents de la bourgeoisie, les v\u00e9hicules de son influence alors que, s\u2019il ne s\u2019affranchit pas d\u2019eux, le mouvement ouvrier restera un mouvement ouvrier bourgeois. (L\u00e9nine, \u00ab<em> L\u2019Imp\u00e9rialisme et la scission du socialisme <\/em>\u00bb, octobre 1916, OEuvres, Progr\u00e8s, t. 23, p. 123)<\/quote><\/p>\n<p>En pratique, les contrefa\u00e7ons du trotskysme et les mao\u00efstes d\u00e9froqu\u00e9s :<\/p>\n<p>\u2022s\u2019int\u00e8grent fr\u00e9quemment aux appareils corrompus des syndicats : un cas remarquable est celui de Jean-Paul Mercier, dirigeant national de LO \/ France et porte-parole de la CGT automobile, ce qui explique que LO ait particip\u00e9 avec le NPA et les POI au sabotage par les bureaucraties de la CGT et de FO du mouvement contre la loi travail du gouvernement PS-PRG en 2016.<\/p>\n<p><quote class='citations'>La politique que proposait la direction de la CGT correspondait au mouvement lui-m\u00eame, au niveau de la mobilisation. (Lutte de classe, juillet 2016)<\/quote><\/p>\n<p>\u2022cautionnent les tentatives de telle ou telle fraction des vieux partis ouvriers bourgeois de continuer \u00e0 duper les travailleuses et les travailleurs sous une nouvelle \u00e9tiquette (ERG au Danemark, IU en Espagne, PRC en Italie, DL en Allemagne, Syriza en Gr\u00e8ce, PSOL au Br\u00e9sil, Podemos en Espagne, LFI en France\u2026), <\/p>\n<p><quote class='citations'>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80, la r\u00e9volution ne fait plus partie des plans, c\u2019est la raison pour laquelle notre ami Daniel Bensa\u00efd a reconnu que nous entrions dans une \u00e9poque d\u2019\u00ab<em> \u00e9clipse strat\u00e9gique <\/em>\u00bb. Dans les ann\u00e9es 90, avec la chute du mur de Berlin, nous nous concevions essentiellement comme des militants en r\u00e9sistance. D\u2019une certaine mani\u00e8re, nous sommes pass\u00e9s du r\u00e9sistancialisme \u00e0 l\u2019anticapitalisme \u00e0 travers le mouvement altermondialiste et plus encore lorsqu\u2019a \u00e9clat\u00e9 la crise de 2008. En ce sens, je ne ressens pas le besoin de me d\u00e9finir comme r\u00e9volutionnaire. (Pastor, fondateur de l\u2019ex-LCR \/ Espagne aujourd\u2019hui membre de Podemos, \u00ab<em> Entrevue <\/em>\u00bb, Le Vent se l\u00e8ve, 21 ao\u00fbt 2017)<\/quote><\/p>\n<p>\u2022essaient de b\u00e2tir eux-m\u00eames de nouveaux partis r\u00e9formistes (PTB-PVDA en Belgique, PT-POI en France, TUSC en Grande-Bretagne, NPA en France, AAA-PBP en Irlande, LU en Grande-Bretagne, FIT en Argentine, BE au Portugal, AWP au Pakistan, SAlt aux \u00c9tats-Unis\u2026),<\/p>\n<p>\u2022rejoignent le nationalisme petit-bourgeois (SSP en Ecosse, CUP en Catalogne, QS au Qu\u00e9bec&#8230;) ou bourgeois (UCK au Kosovo, PKK en Turquie, PSUV au Venezuela, FP en Tunisie\u2026).<\/p>\n<p>\u00c0 la recherche \u00e9perdue de substituts \u00e0 la classe ouvri\u00e8re et de raccourcis \u00e0 la construction du parti r\u00e9volutionnaire, les pseudo-trotskystes contemporains combinent dans des proportions variables : <\/p>\n<ul>\n<li>la confiance dans l\u2019\u00c9tat bourgeois : capacit\u00e9 des \u00e9lections et des r\u00e9f\u00e9rendums de bouleverser la situation en faveur des travailleurs, appels \u00e0 l\u2019ONU pour des interventions militaires \u00ab<em> humanitaires <\/em>\u00bb, demande de lois et de mesures contre les fascistes, soutien aux policiers (DSM en Afrique du Sud, SPEW et SAp en Grande-Bretagne, LO et GlC en France, etc.), <\/li>\n<li>la version moderne de \u00ab<em> le mouvement est tout, le but n\u2019est rien <\/em>\u00bb (Bernstein) avec l\u2019addition \u00ab<em> des luttes <\/em>\u00bb, la superposition de \u00ab<em> mouvements <\/em>\u00bb de toutes sortes sans r\u00e9volution, qui laissent intacts l\u2019exploitation capitaliste et l\u2019\u00c9tat bourgeois, <\/li>\n<p><em><\/p>\n<li>\u00ab<em> l\u2019antilib\u00e9ralisme <\/em>\u00bb keyn\u00e9sien, \u00e9tatiste et protectionniste, jusqu\u2019\u00e0 refuser la libert\u00e9 de circulation et d\u2019\u00e9tablissement des r\u00e9fugi\u00e9s, des travailleurs et des \u00e9tudiants (SL aux \u00c9tats-Unis, SPEW en Grande-Bretagne, etc.)<\/li>\n<p><\/em><\/p>\n<li>la capitulation devant les bureaucraties syndicales y compris quand elles n\u00e9gocient des attaques contre les salari\u00e9s, le soutien \u00e0 leurs diversions comme les \u00ab<em> journ\u00e9es d\u2019action <\/em>\u00bb,<\/li>\n<li>un \u00ab<em> anti-imp\u00e9rialisme <\/em>\u00bb mythifi\u00e9 que certains \u00e9tendent aux nouveaux d\u00e9magogues latino-am\u00e9ricains (Chavez-Maduro, Morales\u2026), aux despotes arabes sanglants vendus \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme russe (comme Al-Assad fils) ou aux islamo-fascistes qui \u00e9crasent toute organisation ouvri\u00e8re et qui pers\u00e9cutent les minorit\u00e9s (jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9senter Al-Qaida\/Al-Nosra\/Fatah-al-Cham comme menant une \u00ab<em> r\u00e9volution <\/em>\u00bb en Syrie). <\/li>\n<\/ul>\n<p>Aux classes sociales, au mouvement ouvrier et \u00e0 ses divisions cristallis\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque du d\u00e9clin capitaliste sont substitu\u00e9es des cat\u00e9gories journalistiques et superficielles : \u00ab<em> la gauche <\/em>\u00bb (qui m\u00e9lange all\u00e8grement la bourgeoisie, la petite-bourgeoisie et le prol\u00e9tariat) ; \u00ab<em> un parti radical <\/em>\u00bb membre de \u00ab<em> la gauche radicale <\/em>\u00bb (une notion \u00e9lastique qui englobait hier Tsipras et Varoufakis et aujourd\u2019hui s\u2019\u00e9tend au cacique du Parti d\u00e9mocrate Sanders et au r\u00e9formiste de Sa Majest\u00e9 Corbyn) ; un \u00ab<em> parti utile <\/em>\u00bb selon la nouvelle terminologie de la \u00ab<em> 4e Internationale <\/em>\u00bb pabliste (mais \u00ab<em> utile <\/em>\u00bb \u00e0 quelle classe ?)\u2026<\/p>\n<p><quote class='citations'>Notre compr\u00e9hension du r\u00f4le et des t\u00e2ches de la Quatri\u00e8me Internationale au niveau national est que notre but est de construire des partis utiles pour la lutte de classes. (CEI, \u00ab<em> R\u00f4les et t\u00e2ches de la 4e Internationale <\/em>\u00bb, Inprecor, mai 2017)<\/quote><\/p>\n<p><quote class='citations'>Des partis utiles ont exist\u00e9 et existent encore bel et bien\u2026 Peut-on nier que l\u2019existence du PYD au Kurdistan de Syrie a \u00e9t\u00e9 un facteur cl\u00e9 dans la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance kurde, symbolis\u00e9e par la bataille de Koban\u00e9 ? L\u2019exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire est en effet trop complexe pour n\u2019autoriser qu\u2019une seule synth\u00e8se int\u00e9grale et ne s\u2019incarner que dans un seul parti. Ce pluralisme r\u00e9volutionnaire peut s\u2019exprimer de diverses mani\u00e8res (pluralit\u00e9 de partis, coalition permanente, courants au sein d\u2019un parti), mais il n\u2019est pas passager \u2013 il est l\u00e0 pour durer. (Rousset, \u00ab<em> R\u00e9flexions sur la question du parti <\/em>\u00bb, Inprecor, mai 2017)<\/quote><\/p>\n<p>Pour combattre les complices syndicaux des exploiteurs \u00e9conomiques du prol\u00e9tariat, pour combattre ses exploiteurs politiques comme Hollande, M\u00e9lenchon, Bachelet, Tsipras, Corbyn, S\u00e1nchez, Iglesias, Di Rupo, Mertens, etc. il ne suffit pas de les d\u00e9noncer. Il faut d\u00e9montrer aux masses, qui apprennent avant tout par l\u2019exp\u00e9rience, que les dirigeants actuels doivent \u00eatre chang\u00e9s, que des conseils doivent na\u00eetre et qu\u2019une internationale ouvri\u00e8re r\u00e9volutionnaire doit \u00eatre b\u00e2tie. Cela impose : <\/p>\n<ul>\n<li>exceptionnellement, l\u2019entr\u00e9e dans un parti centriste ou r\u00e9formiste,<\/li>\n<li>parfois, le mot d\u2019ordre de \u00ab<em> parti ouvrier <\/em>\u00bb (l\u00e0 o\u00f9 il existe des syndicats de masse mais pas de parti politique ouvrier), <\/li>\n<li>\u00e9ventuellement, le vote pour les candidats r\u00e9formistes quand les communistes ne peuvent avoir de candidat\/e (sans jamais faire croire qu\u2019une victoire \u00e9lectorale pourrait am\u00e9liorer la situation des exploit\u00e9s), <\/li>\n<li>souvent, le mot d\u2019ordre de \u00ab<em> gouvernement ouvrier <\/em>\u00bb ou des variantes adapt\u00e9es au pays, mais toujours bas\u00e9s sur la rupture avec la bourgeoisie,<\/li>\n<li>fr\u00e9quemment, des tactiques de front unique ouvrier, <\/li>\n<li>toujours, un combat pied \u00e0 pied dans les syndicats de masse contre leurs directions.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Reste que la condition de toute politique communiste envers le \u00ab<em> r\u00e9formisme <\/em>\u00bb (syndical et politique) est de l\u2019analyser pour ce qu\u2019il est, une trahison, et de comprendre sa racine sociale, la corruption des appareils des organisations ouvri\u00e8res de masse par les exploiteurs et leur transformation en bureaucraties qui sont des relais de la classe dominante au sein de la classe ouvri\u00e8re. <\/p>\n<p><quote class='citations'>Pr\u00eats \u00e0 collaborer avec toutes les organisations, groupes, fractions qui \u00e9voluent r\u00e9ellement du r\u00e9formisme ou du stalinisme vers la politique du marxisme r\u00e9volutionnaire, nous d\u00e9clarons en m\u00eame temps que la nouvelle internationale ne peut permettre aucune tol\u00e9rance envers le r\u00e9formisme et le centrisme. (Opposition de gauche de l\u2019IC, OSP \/ Pays-Bas, RSP \/ Pays-Bas, SAP \/ Allemagne, \u00ab<em> D\u00e9claration des quatre pour une nouvelle internationale <\/em>\u00bb, 1er septembre 1933, Les Congr\u00e8s de la 4e Internationale, La Br\u00e8che, t. 1, p. 100)<\/quote>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les partis r\u00e9formistes qui rient et ceux qui pleurent Jean-Luc M\u00e9lenchon, l\u2019ancien ministre PS et le fondateur en 2016 de la France insoumise (LFI), esp\u00e9rait, \u00e0 la veille de la&#8230; <a href=\"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/vieux-ou-nouveau-le-reformisme-trahit\/\">Read more &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-533","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/533","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=533"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/533\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":534,"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/533\/revisions\/534"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revolucionpermanente.com\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=533"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}